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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106053

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106053

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPAPAZIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 23 juin 2021 et le 22 mai 2022, Mme D G, représentée par Me Catherine Papazian, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en vue du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est affecté d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est dépourvu de base légale dès lors que l'intéressé bénéficiait du droit de se maintenir en France, en l'absence de notification de la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et du fait d'un recours pendant devant la cour nationale du droit d'asile ;

- elle est affectée d'une erreur de droit ;

- il méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est affecté d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Un mémoire en production de pièces, enregistré le 7 juin 2022, a été versé à l'instance pour la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis Avocats.

Vu les autres pièces du dossier :

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F A, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique, après présentation du rapport de M. A, les observations de Me Rahmouni avocat, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés. La requérante n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. /(). ". Dans la mesure où Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/005487 du 18 août 2021, ses conclusions tendant à l'octroi de cette aide à titre provisoire sont privées d'objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions en annulation :

2. Mme G, ressortissante arménienne née le 19 décembre 1988, demande l'annulation de l'arrêté du 4 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

3. L'arrêté du 4 juin 2021 en litige est signé de Mme K C, attachée, cheffe du pôle asile au sein de la direction des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation par arrêté n° 2021/663 du 1er mars 2021 de la préfète du Val-de-Marne, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme H E, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en particulier les obligations de quitter le territoire français prises sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les décisions relatives au délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme H E n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen d'incompétence doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; /(). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. L'arrêté du 4 juin 2021 comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont Mme G entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra ", produit par la préfète du Val-de-Marne, que la demande d'asile présentée par Mme G a été rejetée par une décision du 19 avril 2021 du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, notifiée le 12 mai 2021. Si la requérante a formé un recours à l'encontre de cette décision, ledit recours a été enregistré le 2 août 2021, soit au-delà du délai légal d'un mois. Ce recours a, au demeurant, été rejeté comme irrecevable pour absence d'éléments sérieux par une ordonnance du 30 septembre 2021 de la cour nationale du droit d'asile, notifiée le 7 octobre 2021. Dès lors, la requérante, qui avait perdu le droit de se maintenir sur le territoire français le 12 mai 2021, n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (). Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

9. Mme G n'établit pas la réalité de risques actuels et réels auxquels elle serait personnellement exposée en cas de retour en Arménie, en se bornant à faire état d'agressions perpétrées et de menaces proférées à l'encontre de M. J, époux de Mme I, lesquels sont, jusqu'à plus ample informé, étrangers à la situation de la requérante. Celle-ci est, au demeurant, déboutée du droit d'asile comme il est exposé au point 7. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions mentionnées au point 8 doivent être écartés.

10. Pour les motifs exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de Mme G doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme G tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D G et à la préfète du Val-de-Marne.

Jugement rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le premier vice-président, La greffière

Signé : B. A Signé : M. B

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne, et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. B

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