jeudi 8 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2106074 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | HENRY-WEISSGERBER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 21 juin 2021 et 21 juin 2022, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ainsi qu'une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte.
M. A soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision portant refus de séjour :
* méconnaît un droit individuel c'est-à-dire un droit subjectif en application d'un recours de pleine juridiction ;
* est entachée d'un défaut de motivation ;
* méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation au regard du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre un refus de séjour qui n'existe pas et, d'autre part, de la substitution de base de légale de l'obligation de quitter le territoire français du 1° vers le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- et les observations de Me Henry-Weissgerber, représentant M. A, absent, qui :
* conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
* soutient, en outre, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français le défaut d'examen sérieux, l'erreur de droit eu égard au 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la violation du 9°de l'article L. 611-3 du même code ;
* et soutient que les décisions portant refus d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français sont illégales par voie de conséquences de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 12h52.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, né le 17 janvier 1995 à Oujda (Royaume du Maroc), est entré en France pour la dernière fois le 30 septembre 2019 muni d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de type C valable du 9 septembre au 24 octobre 2019. L'intéressé a été interpellé le 26 mai 2021 et placé le jour même en garde à vue pour des faits de menaces réitérées de crimes contre des personnes. Par arrêté du 27 mai 2021, le préfet de Seine-et-Marne a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai en application des 1°, 5° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 27 mai 2021.
Sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision refusant le séjour :
2. Si M. A demande l'annulation d'une décision lui refusant le séjour et présente des moyens y afférents, il est constant que le préfet de Seine-et-Marne n'a prononcé à son encontre aucun refus de séjour, se fondant uniquement sur son entrée irrégulière, le caractère de menace à l'ordre public que constitue son comportement et un travail irrégulier soit sur les 1°, 5° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, ces conclusions et moyens sont dirigées contre une décision qui n'existe pas et ces conclusions sont donc irrecevables et ces moyens écartés.
Sur les autres décisions en litige :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. (). ".
4. En premier lieu, il ressort des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le préfet de Seine-et-Marne a fondé sa décision notamment sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier que M. A justifie d'un passeport revêtu d'un visa Schengen portant un tampon d'entrée en dernier lieu à l'aéroport de Paris-Orly le 30 septembre 2019. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. A trouve son fondement légal dans les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées aux dispositions du 1° du même article, dès lors que cette substitution de base légale, faite par le magistrat désigné à l'audience en l'absence du requérant pourtant régulièrement averti de la date de l'audience, ne prive l'intéressé d'aucune garantie.
5. En deuxième lieu, M. A soutient que le préfet de Seine-et-Marne a entaché sa décision l'obligeant à quitter le territoire français d'un défaut d'examen sérieux dès lors que ce dernier affirme qu'il n'est pas rentré régulièrement en France. Si, en défense, le préfet de Seine-et-Marne affirme, sans au demeurant le justifier, n'avoir jamais trouvé l'existence d'un visa délivré à l'intéressé dans la base de données des visas et en avoir conclu qu'il est entré irrégulièrement en France, fondant alors la mesure litigieuse sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'est pas contesté en défense que les deux visas apposés sur le passeport mis au dossier de la requête sont vrais, justifiant d'ailleurs ainsi la substitution de base légale à laquelle il a été procédé au point précédent, notant d'ailleurs que l'arrêté indique le prénom " Zakaria " mais le mémoire en défense celui de " Zakariae " et la requête, le passeport et d'autres pièces celui de " Zakariae ". En tout état de cause, cette erreur est sans incidence sur la légalité de la décision querellée dès lors que le préfet aurait nécessairement pris la même décision prise sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en sorte que cette erreur ne peut être, en l'espèce, constitutive d'un défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé. Le moyen doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la menace à l'ordre public que constituerait son comportement. À cet égard, si l'intéressé a été placé en garde à vue pour des faits de menaces réitérées de crimes contre des personnes, le préfet en défense n'apporte aucun élément sur les suites données à cette garde à vue ni sur d'éventuels faits antérieurs. En conséquence, en l'état du dossier, le comportement de l'intéressé ne saurait constituer une menace à l'ordre public et le préfet ne pouvait donc se fonder sur les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, cette annulation ne peut emporter à elle-seule l'annulation de la décision litigieuse dès lors qu'elle est également fondée sur les 2° et 6° de l'article L. 611-1 précité qui ne sont pas contestés.
7. En quatrième lieu, le 9° de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage d'éloigner un étranger du territoire national, de vérifier que cette décision ne peut avoir de conséquences exceptionnelles sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait une éventuelle interruption des traitements suivis en France. Lorsque cette interruption risque d'avoir des conséquences exceptionnelles sur la santé de l'intéressé, il appartient alors à cette autorité de démontrer qu'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays de renvoi.
8. M. A soutient souffrir d'une maladie psychiatrique sévère rendant impossible son éloignement. Toutefois, s'il ressort des deux documents médicaux produits, corroborés par la teneur du procès-verbal d'audition retraçant des propos particulièrement peu cohérents, que l'intéressé a été hospitalisé d'office dès le 27 mai 2021, il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier la nature et la gravité des risques qu'entraînerait une éventuelle interruption des traitements suivis en France. Dans ces conditions, l'intéressé n'apporte aucun élément permettant de considérer qu'il entre dans les prévisions des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces dispositions doit être écarté.
9. En dernier lieu, si M. A soutient que la décision en litige emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle au regard de sa situation familiale, il n'apporte aucun élément en ce sens. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
10. Enfin lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé : G. CLa greffière,
Signé : Y. Sadli
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Y. Sadli
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026