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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106276

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106276

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantLEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2021, M. B A, représenté par Me Lévy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à titre principal, au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 200 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, vingt jours après la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la délivrance de son titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour, sous astreinte du même montant, vingt jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa demande ;

3°) d'enjoindre à titre subsidiaire, au préfet de Seine-et-Marne de saisir la commission du titre de séjour, sous astreinte de 200 euros par jour de retard dans un délai de vingt jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- en se référant à sa seule situation familiale, le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- celle-ci est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 1er juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 23 juin 2023 à 12 h 00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié par l'avenant du 25 février 2008 relatif à la liste des emplois susceptibles de permettre la délivrance d'un titre salarié au bénéfice des ressortissants sénégalais ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lopa Dufrénot.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais, née le 22 novembre 1975 à Tambacounda (Sénégal), est entré selon ses déclarations en France le 1er janvier 2010. Le 28 juin 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au regard des dispositions des articles L. 312-2, L 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er avril 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

3. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué a été signé par le préfet de Seine-et-Marne et mentionne le prénom, le nom et la qualité de celui-ci. D'autre part, la signature de ce dernier, sur la décision précitée, est suffisamment lisible, conformément aux exigences posées par les dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré des vices de forme dont serait entaché l'arrêté attaqué est infondé et ne peut qu'être écarter.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. Il ressort de l'examen des termes de la décision attaquée que celle-ci comporte, de manière détaillée, l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, notamment sur les éléments tenant à la situation personnelle de M. A, de sorte que la décision litigieuse n'est pas entachée d'un défaut de motivation ni en droit ni en fait comme le soutient le requérant ; que par suite, le moyen doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. D'une part, il résulte des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet de Seine-et-Marne a apprécié la situation de M. A, au regard notamment de ses attaches familiales et privées. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard de l'appréciation portée sur le droit au respect de sa vie privée doit être écarté.

8. D'autre part, il est constant que M. A est présent de manière habituelle sur le territoire français depuis au moins 2012. Or, il n'est pas contesté que le requérant célibataire, et sans charge de famille en France, n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Sénégal où résident notamment ses parents et son épouse, pays d'origine qu'il a quitté à l'âge de trente-sept ans. En outre, il ressort des pièces du dossier, constituées de relevés bancaires mentionnant des mouvements de compte par retrait au guichet d'établissements bancaires et des bulletins de salaire que, alors même qu'il se prévaut de la présence de son frère en France et fait preuve d'un commencement d'intégration professionnelle, M. A qui n'a pas constitué le centre de ses intérêts personnels en France, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas établie et doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas porté sur les conséquences de la décision en cause une appréciation manifestement erronée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

9. D'une part, il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux précisés au point 8 du présent jugement, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dispose que : " Personne ne peut infliger à quiconque des blessures ou des tortures. Même en détention, la dignité humaine doit être respectée. ".

11. En se bornant à soutenir qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il sera porté atteinte à sa vie, M. A n'apporte aucune précision permettant au tribunal d'apprécier le bien-fondé de ce moyen, notamment l'existence des menaces personnelle et directe alléguées. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité, ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 1er avril 2021 par lequel le préfet du Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Seine-et-Marne et Me Lévy.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

La présidente rapporteure,

M. LOPA DUFRENOT

L'assesseure la plus ancienne,

S. LECONTELa greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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