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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106303

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106303

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGOUJON LUCILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 juillet 2021, le président du tribunal administratif de Versailles a renvoyé au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête de M. A.

Par cette requête, enregistrée le 22 juin 2021 au greffe de tribunal administratif de Versailles, M. B A, représenté par Me Goujon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 avril 2021 par laquelle l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil avec effet au 18 novembre 2019 ou, à défaut, qu'il soit enjoint de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de dix euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée de défaut de contradictoire dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas eu un entretien de vulnérabilité avant la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

- elle méconnaît l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il conteste avoir refusé d'embarquer ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Lalande, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sierra-léonais né en 1995, indique avoir présenté le

18 février 2019 une demande d'asile. Sa demande d'asile a été placée sous procédure dite " Dublin ". Le 18 novembre 2019, l'OFII a suspendu au requérant le bénéfice les conditions matérielles d'accueil. Depuis lors, M. A a présenté une demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 16 avril 2021, l'OFII lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur (). 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. () ". Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article

L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Sans préjudice de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, en cas de refus ou d'abandon de l'hébergement proposé en application du premier alinéa du présent article, le demandeur d'asile ne peut être hébergé dans un établissement mentionné au 8° du I de l'article L. 312-1 du même code et à l'article L. 322-1 dudit code ou bénéficier de l'application de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation. Après avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, un décret en Conseil d'Etat détermine les informations qui doivent être fournies par l'Office français de l'immigration et de l'intégration au service intégré d'accueil et d'orientation pour la mise en œuvre du troisième alinéa du présent article. ".

3. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du

29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

4. En premier lieu, la décision contestée vise les articles L. 744-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que le requérant a été déclaré en fuite après avoir refusé d'embarquer, et qu'il ne justifie pas d'un facteur particulier de vulnérabilité. Ainsi rédigée, la décision contestée est suffisamment motivée, et le moyen tiré de son absence de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.

5. En deuxième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été mis à même de faire valoir ses observations préalablement à l'édiction de la décision, il ne résulte pas des dispositions précitées que la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil soit soumise à une procédure contradictoire dès lors qu'il s'agit d'une décision prise sur demande de l'intéressé. Par suite, le moyen soulevé tiré du non-respect du principe du contradictoire doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié, lors de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, d'un entretien de vulnérabilité à l'issue duquel le requérant a déclaré qu'il ne suivait pas de traitement, qu'il n'était pas suivi médicalement, et qu'il était hébergé par un ami. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'évaluation de la vulnérabilité de M. A ne peut être accueilli.

7. En quatrième lieu, M. A soutient que la décision méconnaît l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il conteste avoir refusé d'embarquer. Il ajoute que la décision est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du document établi par les services de la police de l'air et des frontières, que, le 18 septembre 2019, le requérant a refusé d'embarquer pour le vol à destination de Munich, à 10h35, et qu'en l'absence de moyen de coercition, l'intéressé a été laissé libre. D'autre part, alors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que le rétablissement des conditions matérielles d'accueil n'est, même à la suite de l'enregistrement de la demande d'asile en procédure normale, aucunement de plein droit, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu légalement considérer que M. A, qui était alors âgé de 26 ans, et qui a indiqué lors de son entretien d'évaluation de sa vulnérabilité qu'il était hébergé chez un ami à Grigny (Essonne), ne démontrait pas être dans une situation justifiant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision méconnaîtrait l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Goujon et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

D. LALANDE L'assesseur le plus ancien,

M. DUMAS

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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