mardi 23 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2106304 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TIGOKI IYA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juillet 2021, M. A I, représenté par Me Éric Tigoki, avocat, demande au tribunal :
1°/ de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°/ d'annuler l'arrêté du 30 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
3°/ d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°/ de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
5°/ de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des frais irrépétibles et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est affectée d'une erreur de droit, la préfète s'étant à tort cru en situation de compétence liée ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, la préfète s'étant à tort estimée en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il n'est pas un citoyen de l'Union européenne ni membre de sa famille ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, la préfète s'étant à tort estimée en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. H E, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. /(). ". Eu égard à l'urgence à statuer, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de M. I tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les autres conclusions :
2. M. A I, ressortissant malien né le 7 novembre 1988, demande l'annulation de l'arrêté du 30 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
3. Par un arrêté n° 2021/663 du 1er mars 2021 de la préfète du Val-de-Marne, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. C G, attaché, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, Mme D B, au sein de la direction des migrations et de l'intégration, a reçu délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme J F, directrice des migrations et de l'intégration, et de Mme B, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, détermination du délai de départ volontaire, interdiction de retour sur le territoire français et fixation du pays de destination. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mmes F et B n'auraient pas été simultanément absentes ou empêchées à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen d'incompétence doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. L'arrêté du 30 juin 2021 de la préfète du Val-de-Marne comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. I entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. Il ressort de cette motivation et des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne s'est livrée à un examen particulier de la situation de M. I. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé être écarté.
7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ".
8. Si M. I allègue être entré en France le 1er janvier 2017, il ne l'établit pas et ne démontre pas l'avoir fait dans des conditions régulières. En outre, il s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il se trouvait donc dans le cas où la préfète du Val-de-Marne a pu légalement décider de l'éloigner du territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 (1°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en édictant la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. I, la préfète du Val-de-Marne aurait estimé être en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Si M. I se prévaut de ce qu'il réside en France depuis près de cinq années à la date de la décision attaquée, sans en justifier d'ailleurs, et qu'il exerce une activité salariée, au demeurant illégalement, il est célibataire et sans charge de famille en France et ne justifie pas des liens familiaux anciens, stables et intenses qu'il allègue. Il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, le Mali, où il a vécu plus d'un quart de siècle. Dès lors, compte tenu de la durée et des autres conditions de son séjour en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait en prenant la décision attaquée porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations, mentionnées au point 10, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; /(). ".
13. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. I, au motif qu'il n'a pas justifié être entré régulièrement en France et n'a pas demandé de titre de séjour, et afin qu'il se conformât à l'obligation de quitter le territoire français, la préfète du Val-de-Marne aurait estimé être en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
14. Comme il est exposé au point 8, le requérant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Pour ce motif, la préfète du Val-de-Marne a pu légalement décider, par une décision qui est suffisamment motivée, que ce ressortissant étranger fût obligé de quitter sans délai le territoire français, sans qu'y fassent obstacle les circonstances que l'intéressé est inconnu des services de police, que sa présence en France ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, qu'il vit en France depuis près de cinq ans et qu'il y travaille. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
16. Si M. I soutient à juste titre que l'arrêté attaqué prononce à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français, laquelle ne concerne que les citoyens de l'Union européenne et les membres de leur famille mentionnés aux articles L. 251-1 et L. 251-4 à L. 251-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort explicitement de l'arrêté attaqué, qui ne visent d'ailleurs pas ces articles, qu'il est fondé sur les dispositions des articles L. 612-6, qu'il vise et cite, et L. 612-10, qu'il vise, et qu'ainsi la préfète du Val-de-Marne a entendu en réalité imposer à l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
17. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en interdisant à M. I de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans, la préfète du Val-de-Marne aurait estimé être en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
18. Comme il est exposé au point 14, aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. I pour se conformer à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. Par suite, compte tenu des motifs exposés au point 11, la préfète du Val-de-Marne a pu légalement, et en l'absence de circonstances humanitaires établies, décider, par une décision qui est suffisamment motivée, de lui interdire de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
19. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les décisions distinctes supprimant tout délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ne sont pas privée de base légale.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. I doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761- 1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : M. I est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. I est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A I et à la préfète du Val-de-Marne.
Jugement rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2022.
Le premier vice-président,
Signé : B. GUEVEL
La greffière,
Signé : F. DARLY
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026