mardi 23 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2106331 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ROQUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2021, des pièces complémentaires enregistrées le 3 juillet 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 4 novembre 2021, Mme G A, représentée par Me Laurence Roques, demande au tribunal :
1°/ d'annuler l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé tout délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°/ d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de quatre mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente de la décision prise à l'issue de cet examen, une autorisation provisoire de séjour ;
3°/ de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il présente un défaut de motivation ;
- il est affecté d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- il méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait la circulaire du 24 novembre 2009 et la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- il viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans sont privées de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui a présenté un mémoire en production de pièces, enregistré le 4 juillet 2022 et communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. F D, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendues au cours de l'audience publique, après présentation du rapport de M. D, les observations de Me Carles, avocat, substituant Me Roques, pour Mme A, présente à l'audience, qui confirme les conclusions de sa requête par les mêmes moyens qu'elle développe, et celles de Me El Asaad, avocate, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G A, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1977, demande l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / (). ". Dans la mesure où Mme A, qui a déclaré être entrée en France le 6 juin 2017, n'établit pas l'avoir fait dans des conditions régulières tenant notamment aux ressources et à l'hébergement requis et qu'il est constant qu'elle n'est pas titulaire d'un titre de séjour qu'elle n'a d'ailleurs pas sollicité, elle se trouvait dans le cas où la préfète du Val-de-Marne a pu légalement décider de l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 (1°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
3. Par un arrêté n° 2021/663 du 1er mars 2021 de la préfète du Val-de-Marne, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme C B, attachée, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, au sein de la direction des migrations et de l'intégration, a reçu délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme H E, directrice des migrations et de l'intégration, notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour sur le territoire français et fixation du pays de destination des mesures d'éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen d'incompétence doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont Mme A entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. Il ressort de cette motivation ainsi que des autres pièces du dossier qu'avant de prendre l'arrêté contesté, la préfète du Val-de-Marne s'est livrée à un examen circonstancié de la situation de Mme A, laquelle a pu formuler des observations lors de son audition de police le 28 juin 2021, à l'aune des informations portées à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Mme A se prévaut de ce qu'elle réside en France depuis 2017, qu'elle vit avec son compagnon disposant d'une carte de résident de dix années en cours de validité, qu'elle aide celui-ci, en situation de handicap après un accident, dans l'accomplissement des gestes de la vie quotidienne, qu'elle exerce depuis août 2019 une activité de pâtissière dans une boulangerie à la satisfaction de son employeur et qu'elle a en France un enfant et trois frères dont deux sont de nationalité française. Toutefois, elle n'établit pas vivre effectivement avec son compagnon, ses allégations étant sur ce point fortement contestées par le préfet défendeur qui fait état de l'existence de deux domiciles différents et de ce que l'intéressée a déclaré lors de son audition être venue en France pour travailler sans faire allusion à un compagnonnage, ni ne démontre d'ailleurs que sa présence auprès de ce tiers serait indispensable. En outre, elle dispose d'attaches familiales fortes au Maroc où vit l'un de ses deux enfants et où elle a vécu plus de quarante ans. Enfin, il est constant qu'elle travaille illégalement sur le territoire français et qu'elle n'a pas sollicité de titre de séjour en qualité de salariée alors que son employeur soutient ses démarches de régularisation. Dès lors, compte tenu de la durée et des autres conditions de son séjour en France, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait en prenant la décision attaquée porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. Pour les motifs exposés au point 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme A doit être écarté.
10. A défaut de justifier qu'elle devait se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle était légalement protégée de l'éloignement.
11. Mme A ne peut pas utilement se prévaloir des termes de la circulaire du 24 novembre 2009 et de la circulaire du 28 novembre 2012 qui, ne comportant pas de dispositions impératives, mentionnent des orientations générales destinées à permettre l'exercice par les préfets de leur pouvoir de régularisation.
12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (). ".
13. Comme il est exposé au point 2, Mme A ne peut justifier être entrée régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Pour ce motif, la préfète du Val-de-Marne a pu légalement décider, par une décision qui est suffisamment motivée, que cette ressortissante étrangère fût obligée de quitter sans délai le territoire français, sans qu'y fassent obstacle les circonstances que l'intéressée n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ni que sa présence en France ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, qu'elle vit en France depuis près de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué et qu'elle y travaille. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
14. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les décisions distinctes du même jour supprimant tout délai de départ volontaire et fixant le pays de destination ne sont pas privées de base légale.
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
16. Comme il est exposé au point 13, aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à Mme A pour se conformer à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. Par suite, et compte tenu des motifs exposés au point 8, la préfète du Val-de-Marne a pu légalement, et en l'absence de circonstances humanitaires établies, décider, par une décision qui est suffisamment motivée, de lui interdire de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
17. En l'absence d'illégalité établie de la décision du portant obligation de quitter le territoire français, la décision distincte du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans n'est pas privée de base légale.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction de réexamen et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et à la préfète du Val-de-Marne.
Jugement rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2022.
Le premier vice-président,
Signé : B. GUEVEL
La greffière,
Signé : F. DARLY
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026