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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106332

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106332

mardi 23 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLARROQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2021, Mme E, représentée par Me Camille Larroque, avocate, demande au tribunal :

1°/ de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°/ d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays d'éloignement ;

3°/ d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du 30ème jour suivant la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer son dossier dans un délai d'un mois à compter de la notification du même jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard ;

4°/ de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Camille Larroque sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme de correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les décisions distinctes contestées :

- leur notification par voie postale n'a pas pour effet de faire courir le délai de recours contentieux ;

- ces décisions sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elle sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant estimé à tort en situation de compétence liée ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette situation sur la situation de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle viole les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B A, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. /(). ". Dans la mesure où Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 202l/005582 du 18 août 2021, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont privées d'objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions en annulation :

2. Mme E, ressortissante nigériane née le 12 mars 1975, demande l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays d'éloignement.

3. L'arrêté du 13 novembre 2020 du préfet de Seine-et-Marne est signé de M. Cyrille Le Vély, secrétaire général de la préfecture, qui a reçu délégation par arrêté n° 20/BC/134 du 22 septembre 2020 du préfet de Seine-et-Marne, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français et les décisions relatives au délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen d'incompétence doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. L'arrêté du 13 novembre 2020 du préfet de Seine-et-Marne comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont Mme E entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. Il ressort de cette motivation ainsi que des autres pièces du dossier qu'avant de prendre l'arrêté contesté, le préfet de Seine-et-Marne s'est livré à un examen circonstancié de la situation de Mme E à l'aune des informations portées à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressée doit être écarté.

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 511-1, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I.- L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () ; 6° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 743-1 et L. 743-2 , à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Lorsque, dans l'hypothèse mentionnée à l'article L. 311-6, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la mesure peut être prise sur le seul fondement du présent 6° ;/ (). ". Aux termes de l'article L. 743-1, alors en vigueur, du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'office, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la cour statuent. ".

8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra ", produit par le préfet de Seine-et-Marne, que la demande d'asile présentée par Mme E a été rejetée par une décision du 6 août 2020 du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, notifiée le 11 août 2020 et non contestée. Ainsi, l'intéressée avait perdu à cette date, et en tout cas à la date de la décision contestée, le droit de se maintenir en France à défaut d'avoir formé un recours contre la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides auprès de la cour nationale du droit d'asile. Elle se trouvait dans le cas où le préfet de Seine-et-Marne a pu légalement l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 511-1 (6°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions, mentionnés au point 7, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne aurait estimé être lié par la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant la demande d'asile de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Si Mme E se prévaut de ce qu'elle réside en France depuis près de deux années, il ressort des pièces du dossier que son époux et leurs enfants résident au Nigéria. La requérante ne justifie pas de liens familiaux intenses, stables et anciens sur le territoire français. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait en prenant la décision attaquée porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations, mentionnées au point 10, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Pour les motifs exposés au point 11, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de ce qu'elle serait protégée de l'éloignement en tant qu'elle devrait se voir délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais l'article L. 423-23 allégué du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Pour les motifs exposés aux points 11 et 12, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressée doit être écarté.

14. Aux termes des dispositions de l'article L. 511-1, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " II.- (). Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français : () ; 3° S'il existe un risque que l'étranger se soustraie à cette obligation. Ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; f) Si l'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au deuxième alinéa de l'article L. 611-3, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 513-4, L. 513-5, L. 552-4, L. 561-1, L. 561-2 et L. 742-2 ; /(). ".

15. A défaut de justifier d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision distincte refusant de lui accorder un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 513-2, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (). Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

17. La requérante n'établit pas la réalité de risques actuels et réels auxquels elle serait personnellement exposée en cas de retour au Nigéria. Elle est au demeurant déboutée du droit d'asile comme il est dit au point 8. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions mentionnées au point 16 doivent être écartés.

18. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les décisions relatives au délai de départ volontaire et au pays de destination ne sont pas dépourvues de base légale.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par Mme E doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme E tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E et au préfet de Seine-et-Marne.

Jugement rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2022.

Le premier vice-président,

Signé : B. GUEVEL

La greffière,

Signé : F. DARLY

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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