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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106389

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106389

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantARVIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juillet 2021 et 19 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 février 2020 par laquelle le maire d'Ivry-sur-Seine a fixé au 23 avril 2018 la date de consolidation de son état de santé suite à son accident de trajet du 23 février 2016, a fixé son incapacité permanente partielle globale au taux de 10 %, et a refusé de prendre en charge au titre de l'accident de trajet imputable au service ses arrêts de travail et soins à compter du 22 avril 2018, ensemble la décision implicite née le 4 mai 2021 par laquelle cette autorité a rejeté son recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Ivry-sur-Seine de prendre en charge ses arrêts de travail et soins postérieurs au 22 avril 2018 ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Ivry-sur-Seine la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision du 3 février 2020 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'aucun spécialiste en rhumatologie n'était présent lors de la réunion de la commission de réforme du 20 janvier 2020, que le médecin de prévention n'était pas informé de cette réunion et qu'il n'a transmis aucun rapport aux membres de la commission ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que son état de santé n'était pas consolidé à la date du 23 avril 2018 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la consolidation de son état de santé ne faisait pas obstacle à la poursuite de la prise en charge de ses arrêts de travail et soins, due au titre de son accident de trajet.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2022, la commune d'Ivry-sur-Seine, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés et demande à ce que soient substitués à la motivation de la décision du 3 février 2020, les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et de l'article 17 du décret pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux.

Par une ordonnance du 20 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été reportée au 21 novembre 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la fonction publique territoriale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo rapporteure,

- et les conclusions de M. Florian Gauthier-Ameil, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, titulaire du grade d'adjoint technique territorial, a exercé les fonctions de gardien de parc municipal au sein de la commune d'Ivry-sur-Seine. Suite à l'accident de la voie publique dont il a été victime le 23 février 2016 au cours d'un trajet professionnel, M. A a fait l'objet d'un arrêt de travail. Par une décision du 21 octobre 2016, le maire d'Ivry-sur-Seine a reconnu l'imputabilité au service de cet accident de trajet. Après avoir repris ses fonctions à temps partiel thérapeutique le 7 juin 2018, M. A a de nouveau fait l'objet d'un arrêt de travail à compter du 10 septembre 2018. Le 8 avril 2018, la commission de réforme a rendu un avis favorable à la fixation de la date de consolidation de son état de santé au 23 avril 2018 avec un taux d'incapacité partielle permanente de 5 % sur le plan rhumatologique et de 5 % sur le plan psychique et à la prise en charge au titre de l'accident de trajet des arrêts de travail et soins postérieurs à cette date de consolidation. A nouveau saisie par la commune, la commission de réforme a rendu un avis le 20 janvier 2020, reprenant les termes de son précédent avis concernant la date de consolidation et les taux d'incapacité partielle permanente, mais préconisant la prise en charge au titre de l'accident de trajet des arrêts de travail et soins jusqu'au 22 avril 2018 seulement. Par une décision du 3 février 2020, le maire d'Ivry-sur-Seine a suivi cet avis du 20 janvier 2020 et a refusé de prendre en charge au titre de l'accident de trajet les arrêts de travails et soins postérieurs au 22 avril 2018. Par un courrier du 3 mars 2021, reçu le 4 mars 2021, M. A a saisi le maire d'Ivry-sur-Seine d'un recours gracieux contre cette décision, implicitement rejeté. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de la décision du 3 février 2020, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux née le 4 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions attaquées prises dans leur ensemble :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes de l'article L. 411-5 du même code : " La décision rejetant un recours administratif dirigé contre une décision soumise à obligation de motivation en application des articles L. 211-2 et L. 211-3 est motivée lorsque cette obligation n'a pas été satisfaite au stade de la décision initiale () ".

3. Il ressort des termes de la décision du 3 février 2020 que le maire d'Ivry-sur-Seine n'a assorti sa motivation en fait d'aucun visa et d'aucune mention des dispositions légales et règlementaires applicables à la situation de M. A. La décision contestée ne peut ainsi être regardée comme permettant à l'intéressé de prendre connaissance des considérations de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision du 3 février 2020, ainsi que, par voie de conséquence, la décision implicite de rejet de son recours gracieux, sont entachées d'illégalité.

4. Lorsque le juge, saisi d'un moyen en ce sens, constate qu'une décision administrative est insuffisamment motivée, l'administration ne peut utilement lui demander de procéder à une substitution de motifs, laquelle ne saurait, en tout état de cause, remédier au vice de forme résultant de l'insuffisance de motivation. Il s'ensuit que la commune d'Ivry-sur-Seine ne peut utilement soutenir, par voie de substitution de motifs, que les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et de l'article 17 du décret pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux constituent le fondement de sa décision du 3 février 2020, et donc de sa décision implicite née le 4 mai 2021 rejetant le recours gracieux de M. A.

En ce qui concerne la légalité des décisions en tant qu'elles portent refus de prise en charge des arrêts et soins à partir du 23 avril 2018 :

5. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite ".

6. Lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à un accident imputable au service, le bénéfice des dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 est subordonné non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain, mais non nécessairement exclusif, avec l'accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions.

7. Pour refuser de prendre en charge les arrêts de travail et soins de M. A postérieurement au 22 avril 2018, le maire d'Ivry-sur-Seine a suivi l'avis de la commission de réforme du 20 janvier 2020 préconisant d'arrêter la prise en charge des arrêts et soins à partir de la date de consolidation de son état de santé pouvant être fixée au 23 avril 2018. Toutefois, en vertu des dispositions précitées, le maire d'Ivry-sur-Seine ne pouvait mettre fin au bénéfice des dispositions précitées sur le seul motif tiré de la consolidation de l'état de santé de M. A, laquelle ne doit pas être assimilée à sa guérison mais seulement à la stabilisation de son état de santé, sans rechercher si les troubles dont il souffrait après cette date présentaient toujours un lien direct et certain avec l'accident de trajet du 23 février 2016. Par suite, la décision du 3 février 2020 est, au surplus de ce qui a été dit au point 3, entachée d'une erreur de droit.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 février 2020, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux née le 4 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / () ".

10. L'annulation de la décision du 3 février 2020, ensemble la décision implicite née le 4 mai 2021 rejetant le recours gracieux, implique seulement, eu égard aux motifs d'annulation retenus, que la commune d'Ivry-sur-Seine réexamine la situation de M. A. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à la commune d'Ivry-sur-Seine d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune d'Ivry-sur-Seine une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. Ces mêmes dispositions font, en revanche, obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Ivry-sur-Seine demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire d'Ivry-sur-Seine du 3 février 2020 et la décision implicite née le 4 mai 2021 par laquelle il a rejeté le recours gracieux de M. A, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de la commune d'Ivry-sur-Seine de réexaminer la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est mis à la charge de la commune de la commune d'Ivry-sur-Seine une somme de 1 500 euros à verser à M. A, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Ivry-sur-Seine, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune d'Ivry-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 février 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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