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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106470

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106470

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106470
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantTOURNIQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2021 et 19 avril 2024, M. A B, représenté par Me Tourniquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de Chelles du 19 novembre 2020 en tant qu'il l'a placé en congé pour maladie ordinaire, rémunéré à plein traitement du 3 juin 2015 au 2 septembre 2015 et à demi-traitement du 3 septembre 2015 au 2 juin 2016, et en tant qu'il l'a placé à compter du 3 juin 2016 en disponibilité d'office pour raison de santé dans l'attente d'un poste aménagé ;

2°) d'enjoindre à la commune de Chelles de régulariser sa situation et de rétablir rétroactivement ses droits en matière de rémunération et d'avancement, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Chelles la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché du vice d'incompétence ;

- la décision portant placement en congé de maladie ordinaire a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que l'avis de la commission de réforme a été rendu sans la présence d'un médecin spécialiste de sa pathologie et que l'ensemble des pièces médicales n'ont pas été transmises à ses membres ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de droit dès lors que la seule consolidation de la maladie ne justifie pas la cessation du congé de maladie imputable au service et que la commune était tenue de procéder à son reclassement ;

- la décision portant placement en disponibilité d'office pour raison de santé a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la commune s'est abstenue de saisir le comité médical pour avis ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la commune était tenue de mettre en œuvre la procédure de reclassement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 juin 2022 et 15 mai 2024, présentés par Me Hourcabie, la commune de Chelles, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête, à titre principal, est irrecevable dès lors qu'elle ne mentionne pas le domicile du défendeur et qu'elle a été présentée après l'expiration du délai de recours contentieux ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 30 mai 2024 à midi.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo, rapporteure,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- les observations de Me Tourniquet, représentant le requérant et celles de Me Rouikha, se substituant à Me Hourcabie, représentant la commune de Chelles.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, titulaire du grade d'agent de maîtrise principal, est affecté au sein de la commune de Chelles depuis 1982, où il a occupé des fonctions de jardinier et de jardinier paysagiste. En décembre 2012, il a subi une intervention chirurgicale de la main droite et a été placé en arrêt de travail pour motif médical. Par un arrêté du 3 juillet 2013, le maire de Chelles a reconnu l'imputabilité au service de la maladie de M. B. Le 9 janvier 2014, M. B a fait l'objet d'une expertise médicale concluant à la consolidation de son état de santé à cette même date et fixant un taux d'incapacité permanente partielle de 10%. Une contre-expertise a été réalisée le 25 juillet 2014, à la demande de l'intéressé, concluant à l'absence de lien entre la pathologie de M. B et le service, du fait de l'existence d'une pathologie antérieure évoluant pour son propre compte, et à la guérison avec retour à l'état antérieur au 9 janvier 2014. Le 2 décembre 2014, la commission de réforme a repris les termes des conclusions de cette deuxième expertise et s'est prononcée en faveur de l'aptitude de M. B à l'exercice de ses fonctions sur un poste aménagé. Par une décision du 17 février 2014, puis par un arrêté du 19 juin 2015, le maire de Chelles a informé M. B de son placement en congé de maladie ordinaire à compter du 9 janvier 2014. L'intéressé a contesté la décision du 17 février 2014 devant le tribunal, qui l'a annulée par un jugement du 29 mars 2018 rendu dans l'instance n° 1502887, au motif qu'elle avait été prise par une autorité incompétente, et a enjoint à la commune de réexaminer la situation de l'intéressé. Par un arrêté du 2 septembre 2015, le maire de Chelles a décidé le placement en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 9 janvier 2015 et jusqu'au 8 janvier 2016, renouvelé par un arrêté du 18 mai 2016. En exécution du jugement du tribunal du 29 mars 2018, le maire de Chelles a pris un nouvel arrêté en date du 19 novembre 2020, retirant les arrêtés des 19 juin 2015, 2 septembre 2015 et 18 janvier 2016. Cette nouvelle décision prononçait en outre le placement de M. B en congé pour maladie professionnelle du 9 janvier 2014 au 3 juin 2015, en congé pour maladie ordinaire à compter du 3 juin 2015 rémunéré à plein traitement durant les trois premiers mois, puis à mi-traitement du 3 septembre 2015 au 2 juin 2016, et enfin en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 3 juin 2016 dans l'attente d'un poste aménagé. L'intéressé a repris ses fonctions sur un poste " d'agent de maîtrise espaces verts " le 7 novembre 2016. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 19 novembre 2020, en tant qu'il prononce son placement en congé de maladie ordinaire à compter du 3 juin 2015, avec réduction de traitement à compter du 3 septembre 2015 et son placement en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 3 juin 2016.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. () ". Cette prescription, s'agissant du domicile des parties défenderesses, vise seulement à faciliter la mise en œuvre du caractère contradictoire de la procédure. Par suite, le défaut de mention du domicile du défendeur n'est pas une cause d'irrecevabilité de la requête et la fin de non-recevoir opposée par la commune de Chelles doit être écartée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

4. La commune de Chelles fait valoir que la requête de M. B est tardive dès lors que l'arrêté attaqué du 19 novembre 2020 a été adressé à l'intéressé par voie postale le 7 décembre 2020, soit plus de deux mois avant l'introduction de sa requête le 7 juillet 2022. Pour l'établir, elle se borne à produire une copie de l'arrêté, portant la mention manuscrite " posté le 7 décembre 2020 " et n'établit pas ainsi avoir régulièrement notifié la décision attaquée alors que M. B soutient pour sa part qu'il a pris connaissance de l'arrêté attaqué lors de la consultation de son dossier administratif le 19 mai 2021. Dès lors que la commune ne produit aucune pièce permettant d'établir que M. B aurait eu connaissance de la décision avant cette date, celle-ci constitue le point de départ du délai de recours contentieux prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Par suite, la requête introduite le 7 juillet 2022 n'est pas tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant placement en congé de maladie ordinaire du 3 juin 2015 au 2 juin 2016 :

5. Aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. /()/ ".

6. Il ressort des pièces du dossier que pour décider le placement en congé de maladie ordinaire de M. B à compter du 3 juin 2015, la commune de Chelles s'est fondée sur l'avis du 2 juin 2015 rendu par la commission de réforme, défavorable à la prolongation des arrêts de travail pour motif médical de l'intéressé à compter du 9 janvier 2015, date de la guérison avec retour à l'état antérieur et retenant un taux d'incapacité permanente partielle de 15%, non imputable au service, en se référant aux conclusions de l'expertise réalisée le 25 juillet 2024. M. B soutient que la commission de réforme n'a pas eu connaissance des autres pièces médicales, et notamment de l'expertise réalisée par un autre praticien le 9 janvier 2014. Il ressort des pièces du dossier que ce médecin spécialiste concluait à la consolidation de l'état de santé de M. B au 9 janvier 2014, et non à sa guérison, et à l'incapacité totale et définitive de l'intéressé à l'exercice de ses fonctions. Cette pièce, de nature à éclairer l'avis des membres de la commission de réforme, devait nécessairement être portée à leur connaissance. Si la commune soutient que, malgré l'absence de mention de cette expertise dans l'avis, la commission disposait nécessairement de celle-ci, elle ne produit aucune pièce permettant de l'établir. Dans ces conditions, M. B, qui a été privé d'une garantie, est fondé à soutenir que la décision de placement en congé de maladie ordinaire a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision portant placement de M. B en congé de maladie ordinaire du 3 juin 2015 au 2 juin 2016, que cette décision est entachée d'illégalité et doit être annulée.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant placement en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 3 juin 2016 :

8. Aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors applicable : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. /()/. La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57 ". Aux termes de l'article 2 de l'article 57 de la même loi : " Le fonctionnaire en activité a droit : /()/ 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions ". Et aux termes de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa version applicable au litige : " Le comité médical est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les questions médicales soulevées par l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation. Il est consulté obligatoirement pour : /()/ f) La mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement ; /()/ ".

9. Il résulte de ces dispositions que l'autorité territoriale ne peut, en principe, prononcer la mise en disponibilité d'office pour raison de santé qu'après avoir recueilli l'avis du comité médical. Dans l'attente de l'avis, il appartient à l'autorité territoriale, qui est tenue de placer les fonctionnaires soumis à son autorité dans une position statutaire régulière, de prendre, à titre provisoire, une décision plaçant le fonctionnaire dans l'une des positions prévues par son statut.

10. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre l'arrêté du 19 novembre 2020, portant notamment placement en disponibilité d'office de M. B à compter du 3 juin 2016, le maire de Chelles s'est fondé sur l'avis du comité médical du 25 août 2015, favorable à sa mise en disponibilité à compter du 9 janvier 2015 jusqu'au 8 janvier 2016. Il résulte toutefois des dispositions précitées qu'il appartenait à cette autorité de prendre, à titre provisoire, une décision de placement en disponibilité d'office afin de placer M. B dans une position statutaire régulière pour la période postérieure au 2 juin 2016, date de la fin de son congé de maladie ordinaire, mais qu'elle ne pouvait se dispenser de saisir à nouveau le comité médical pour avis. Dès lors, M. B, qui a été privé d'une garantie, est fondé à soutenir que la décision de placement en disponibilité d'office à compter du 3 juin 2016 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision portant placement en disponibilité d'office de M. B à compter du 3 juin 2016, que cette décision est entachée d'illégalité et doit être annulée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 novembre 2020, en tant qu'il le place en congé de maladie ordinaire du 3 juin 2015 au 2 juin 2016, rémunéré à mi-traitement à compter du 3 septembre 2015, et en disponibilité d'office pour raison de santé dans l'attente d'un poste aménagé à compter du 3 juin 2016.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. L'annulation de l'arrêté du 19 novembre 2020, en tant qu'il place M. B en congé de maladie ordinaire du 3 juin 2015 au 2 juin 2016, rémunéré à mi-traitement à compter du 3 septembre 2015, et en disponibilité d'office pour raison de santé dans l'attente d'un poste aménagé à compter du 3 juin 2016 implique seulement, eu égard aux motifs d'annulation et seul susceptible d'être retenu, que la commune de Chelles réexamine la situation de M. B et prenne une nouvelle décision relative à sa position administrative durant la période du 3 juin 2015 jusqu'à sa reprise le 7 novembre 2016. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à la commune de Chelles d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Chelles une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Chelles demande au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Chelles du 19 novembre 2020 est annulé en tant qu'il porte placement de M. B en congé de maladie ordinaire du 3 juin 2015 au 2 juin 2016, rémunéré mi-traitement à compter du 3 septembre 2015, et en disponibilité d'office pour raison de santé dans l'attente d'un poste aménagé à compter du 3 juin 2016.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Chelles de réexaminer la situation de M. B et de prendre une nouvelle décision concernant sa position administrative durant la période du 3 juin 2015 jusqu'à sa reprise le 7 novembre 2016, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est mis à la charge de la commune de la commune de Chelles une somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de la commune de Chelles sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Chelles.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

L. LE GRALL

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

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