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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106542

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106542

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantCAZENAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 juillet 2021 et 29 juin 2022, M. B A, représenté par Me Cazenave, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé de quitter le territoire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Cazenave, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie tant au regard des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'article L. 313-14 ;

- la fraude n'est pas établie ;

- la décision de refus de délivrance de titre de séjour en litige méconnaît l'article L. 313-11 alinéa 2 bis du même code ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision obligeant de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de délivrance de titre de séjour ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 16 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, déclarant être né le 27 octobre 2002 à Doala (Côte d'Ivoire) et entré en France le 31 mai 2017, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 313-11 2° bis du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 9 avril 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a opposé un refus à cette demande, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 2° bis A l'étranger dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entrant dans les prévisions de l'article L. 311-3, qui a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance et sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée ".

3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement des dispositions citées au point précédent, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 313-11 alinéa 2 bis du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". En outre, aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, recodifié à l'article L. 811-2: " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

6. Pour opposer un refus à la demande présentée par M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de Seine-et-Marne s'est notamment fondé sur la falsification de l'acte de naissance produit par l'intéressé à l'appui de sa demande, pour justifier son identité. A la demande des services préfectoraux, la direction centrale de la Police aux Frontières a, le 21 janvier 2021, estimé, dans le cadre d'un contrôle de cohérence minimal l'" acte irrecevable " au motif que ne figuraient pas les mentions des profession et domicile des parents déclarés. Or, d'une part, le préfet ne conteste pas la valeur probante de l'extrait du registre des actes de l'état civil de la commune de Daloa pour l'année 2002 délivré le 28 septembre 2021 dont les mentions des profession et domicile des parents de l'intéressé sont corroborées par celles portées sur la copie intégrale de son acte de naissance, délivrée le 29 septembre 2021, documents revêtus de la signature et de l'identité des officiers d'état civil certifiant de la copie conforme et de la secrétaire générale de préfecture, légalisées par le conseiller chargé des affaires consulaires du consulat général de Côte d'Ivoire en France le 9 novembre 2021 ainsi que des timbres officiels correspondant à la taxe municipale acquittée. En outre, l'état civil du requérant, tel qu'il résulte de ces actes précités est corroboré par les mentions figurant sur le passeport établi sous couvert des services de la Police aux Frontières, le 15 octobre 2020. Dans ces conditions, le préfet ne pouvait se fonder sur le motif tiré de la fraude de l'acte de naissance de M. A, pour opposer un refus à sa demande de délivrance de titre de séjour.

7. D'autre part, il n'est pas contesté que l'intéressé, entré sur le territoire français, mineur a, dans le cadre de sa prise en charge par les services de l'Aide sociale à l'enfance à compter du 10 juillet 2017, fait l'objet d'un placement au sein de la fondation d'Auteuil Claire d'Assise jusqu'au 27 octobre 2020, et, depuis cette date, par l'association Relais Jeunes. Scolarisé en classe de 3ème UPEAA, il a obtenu un certificat d'apprentissage professionnel Chaudronnerie, en juin 2020 et a poursuivi, à la date de l'arrêté attaqué, ses études en vue d'obtenir un baccalauréat professionnel dans le même secteur d'activité. Eu égard au caractère réel et sérieux de la formation ainsi suivie par le requérant, de son insertion notable dans la société française, telle qu'elle résulte du rapport social positif, établi par l'animatrice socio-éducative des Relais-Jeunes et à la nature des liens avec sa famille restée en Côte d'Ivoire, qui n'est pas remise en cause par l'administration, le préfet de Seine-et-Marne, en refusant de délivrer un titre de séjour à M A, a méconnu les dispositions de l'article L.313-11 2° bis du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par voie de conséquence, l'illégalité de cette décision emporte celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 p. 100 par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 16 juin 2021. Il n'allègue pas avoir engagé d'autres frais que ceux partiellement pris en charge à ce titre. D'autre part, l'avocat de M. A n'a pas demandé que lui soit versée par l'Etat la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait bénéficié de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) à rembourser à M. A la part des frais exposés par lui, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 9 avril 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de délivrer à M. A, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 3 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera la part des frais exposés par lui, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par la décision du 16 juin 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 5. : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Mentfakh, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2022.

La présidente,

M.LOPA-DUFRÉNOT

L'assesseure,

S. LECONTELa greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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