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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106565

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106565

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPOUGET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2021, M. H A, représenté par Me Pouget, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation personnelle et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les moyens communs aux décisions distinctes :

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et viole les articles l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle viole l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est affectée d'erreur de droit en ce que l'autorité préfectorale s'est estimé liée par les décisions de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides et de la cour nationale du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Deux mémoires en production de pièces, enregistrés le 23 mars 2023, ont été versés à l'instance pour la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis Avocats.

Vu les autres pièces du dossier :

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E B, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de M. B et les observations de Me Jacquard, avocat, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de la République de Guinée, né le 10 octobre 1990 à Conakry, demande l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".

Quant aux moyens communs aux décisions distinctes :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; /(). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'arrêté du 17 juin 2021 de la préfète du Val-de-Marne comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. A entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. Il ressort de cette motivation ainsi que des autres pièces du dossier qu'avant de prendre l'arrêté contesté, la préfète du Val-de-Marne s'est livrée à un examen circonstancié de la situation de M. A à l'aune des informations portées à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doit être écarté.

Quant à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. L'arrêté du 17 juin 2021 en litige est signé de Mme G C, attachée, cheffe du pôle asile au sein de la direction des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation par arrêté n° 2021/1836 du 28 mai 2021 de la préfète du Val-de-Marne, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en particulier les obligations de quitter le territoire français et les décisions relatives au délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F D n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen d'incompétence doit être écarté

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, M. A est célibataire et sans charge de famille en France et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, la République de Guinée où il a vécu la majeure partie de son existence. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations, mentionnées au point 7, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et, en tout état de cause, de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle doit également être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ()/ ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; /(). ".

10. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra ", produit par la préfète du Val-de-Marne, que la demande d'asile présentée par M. A a été rejetée par une décision du 16 septembre 2019 du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, notifiée le 23 septembre 2019 et confirmée par une décision du 31 août 2020 de la cour nationale du droit d'asile, notifiée le 15 septembre 2020. Si l'intéressé a présenté deux demandes de réexamen elles ont été rejetées comme irrecevables en particulier par la cour nationale du droit d'asile qui les a rejetées par voie d'ordonnances. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il bénéficiait, à la date de l'arrêté attaqué du 17 juin 2021, du droit de se maintenir sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles, mentionnés au point 9, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne se serait estimée liée par les décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et de la cour nationale du droit d'asile rejetant successivement la demande d'asile présentée par M. A et son recours dirigé à l'encontre de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

Quant à la décision fixant le pays de destination :

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (). Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

13. M. A n'établit pas la réalité de risques actuels et réels auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour en République de Guinée, en se bornant à faire état, sans en justifier qu'il y aurait été militant politique, et qu'il a quitté son pays compte tenu des persécutions croissantes rencontrées dans son pays d'origine en raison de ses opinions politiques. Il est, au demeurant, débouté du droit d'asile comme il est exposé au point 10. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions mentionnées au point 12 doivent être écartés.

14. En l'absence d'illégalité établie de la décision du 17 juin 2021 portant obligation de quitter le territoire français, la décision distincte du même jour fixant le pays de destination n'est pas privée de base légale.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

Le premier vice-président, La greffière

Signé : B. GUEVEL Signé : L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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