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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106599

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106599

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantQUINQUIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Quinquis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 30 juin 2021 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers a ordonné son placement à l'isolement à compter du 12 juillet 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Quinquis en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle est justifiée par des considérations disciplinaires en faisant suite à une sanction de vingt jours de placement en quartier disciplinaire en méconnaissance de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale ; elle répond également à une logique de gestion de la détention et d'affectation des détenus ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle se fonde uniquement sur son motif d'écrou ou sur son comportement sans que ces éléments ne suffisent pour établir l'existence d'un risque avéré pour la sécurité des personnes et de l'ordre interne au sein de l'environnement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que le régime de l'isolement est susceptible d'altérer son état de santé physique et psychique et l'expose à un traitement inhumain et dégradant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 4 août 2022 à midi, par ordonnance du 7 juillet 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénitentiaire ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Issard,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, détenu au centre de détention de Meaux-Chauconin-Neufmontiers, demande l'annulation de la décision en date du 30 juin 2021 du directeur du centre pénitentiaire ordonnant son placement à l'isolement pour une durée de trois mois à compter du 12 juillet 2021.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes, de l'article 18 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance. ". Et aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. / () ".

3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 septembre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, devenue sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision de placement à l'isolement a été signée par Mme C D, directrice des services pénitentiaires, à qui le chef de l'établissement pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers a donné délégation à cet effet par un arrêté du 21 juin 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 22 juin 2021.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La décision est motivée. Elle est notifiée sans délai à la personne détenue par le chef d'établissement. ".

6. La décision attaquée, qui vise les articles R. 57-7-62 à R. 57-7-78 du code de procédure pénale, énonce les considérations de fait au regard desquelles elle a été prise " compte tenu des atteintes à la sécurité de l'établissement et des personnels, en particulier les incidents ayant marqué le parcours pénitentiaire du requérant depuis sa mise sous écrou ". Ces mentions sont de nature à mettre en mesure M. A de discuter utilement les motifs de précaution et de sécurité ayant fondé la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. "

8. Ces dispositions n'interdisent pas à l'administration, pour apprécier s'il y a lieu de prendre une mesure de placement à l'isolement ou de prolongation d'une telle mesure, de prendre en considération, comme elle l'a fait en l'espèce, des faits susceptibles de recevoir la qualification d'une faute disciplinaire ou ayant donné lieu effectivement à des sanctions disciplinaires. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle est fondée sur des incidents de nature disciplinaire, doit être écarté.

9. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la décision de le placer à l'isolement répond à une logique de gestion de la détention et de l'affectation des détenus, il ne le démontre pas.

10. En cinquième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des motifs de précaution et de sécurité invoqués.

11. Pour prononcer le placement à l'isolement de M. A, le garde des sceaux, ministre de la justice, s'est fondé sur le potentiel avéré de passage à des actes violents de l'intéressé, en mentionnant notamment son comportement menaçant et virulent à l'égard du personnel, les quatre sanctions dont il a fait l'objet en l'espace d'un an et son refus de partager sa cellule avec un codétenu, éléments dont la matérialité est établie par les comptes-rendus des conseils de discipline des 8 mars et 23 juin 2021 et les observations recueillies le 23 mars 2021 à 8 h 03, le 10 juin 2021 à 13 h 35, le 11 juin 2021 à 11 h 21, puis le 25 juin 2021 à 12 h 34. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Eu égard à la vulnérabilité des détenus et à leur situation d'entière dépendance vis-à-vis de l'administration, il appartient aux directeurs des établissements pénitentiaires, en leur qualité de chefs de service, de prendre les mesures propres à protéger leur vie ainsi qu'à leur éviter tout traitement inhumain ou dégradant afin de garantir le respect effectif des exigences découlant des principes rappelés notamment par les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard à la nature d'une mesure de placement d'office à l'isolement et à l'importance de ses effets sur la situation du détenu qu'elle concerne, l'administration pénitentiaire doit veiller, à tout moment de son exécution, à ce qu'elle n'ait pas pour effet, eu égard notamment à sa durée et à l'état de santé physique et psychique de l'intéressé, de créer un danger pour sa vie ou de l'exposer à être soumis à un traitement inhumain ou dégradant.

14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait présenté, avant l'intervention de la décision attaquée, des signes cliniques révélant un état de santé incompatible avec son placement à l'isolement. En outre, le requérant ne démontre pas en quoi ses conditions d'isolement constitueraient en elles-mêmes un traitement inhumain et dégradant. De plus, l'isolement d'un détenu n'est pas caractérisé par un isolement complet, le détenu conservant son droit à l'information, aux visites, à la correspondance, à la promenade quotidienne et à l'exercice du culte. Ces conditions de détention, limitées dans leur durée, ne peuvent pas être regardées comme un traitement inhumain et dégradant au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. A n'est, ainsi, pas fondé à soutenir que son placement à l'isolement méconnaîtrait ces stipulations.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2: La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. B A, à Me Quinquis et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée au directeur du centre de détention de Meaux-Chauconin-Neufmontiers.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

C. ISSARD

La présidente,

I. BILLANDON La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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