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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106610

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106610

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET TAITHE PANASSAC ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juillet 2021 et le 9 juin 2022, M. A C, représenté par Me Aumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 janvier 2021 par laquelle le maire de Nanteuil-lès-Meaux s'est opposé à sa déclaration préalable à fin d'aménagement de deux logements dans une construction existante, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Nanteuil-lès-Meaux, à titre principal, de lui délivrer une décision de non-opposition à déclaration préalable et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Nanteuil-lès-Meaux une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit dès lors que les travaux réalisés ne sont pas soumis à déclaration préalable ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que c'est à tort que le maire de Nanteuil-lès-Meaux s'est fondé sur les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme alors que la commune est couverte par un plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que c'est à tort que le maire de la commune a considéré qu'il y a une mauvaise visibilité pour les véhicules sortants due à l'accès existant positionné entre deux fronts bâtis et qu'il y a un risque de conflit de circulation et d'augmentation des risques d'accidents du fait de la multiplication des entrées et sorties à cet endroit alors que la configuration des lieux et les équipements urbains de signalisation réduisent le trafic à proximité immédiate de la sortie de son terrain, préservent la sécurité des piétons, assurent une bonne visibilité et assurent la prévention de tout accident ou conflit de circulation ;

- il est illégal dès lors qu'il a pour conséquence de priver le requérant de son droit d'accès à sa propriété ainsi qu'à la voie publique sans rechercher si un aménagement léger permettait de faire droit à sa demande ;

- la demande de substitution de motifs doit être écartée dès lors que, d'une part, la déclaration de travaux est déclarative et qu'en cas d'inconformité des travaux réalisés avec ceux qui ont été déclarés, il appartiendra à la commune de faire application des dispositions des articles L. 480-1 et suivants du code de l'urbanisme et, d'autre part, il est possible de manœuvrer pour sortir des emplacements de stationnement.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2022, la commune de Nanteuil-lès-Meaux, représentée par Me Taithe, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté dès lors qu'une déclaration préalable est requise en application du a) de l'article R. 421-17 du code de l'urbanisme ;

- le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté dès lors qu'il a été fait application des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme et non pas de celles du règlement national d'urbanisme ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté dès lors que l'entrée et le passage mesurent environ 3 mètres et que les voitures ne peuvent pas se croiser alors que le portail se situe à proximité immédiate d'un carrefour, avec une courbe et un passage piéton, sur une rue très passante qui constitue un axe important de circulation ;

- le moyen tiré de l'atteinte à la liberté d'accéder à sa propriété doit être écarté dès lors qu'il ne s'agit pas en l'espèce de la création d'un accès à la voie publique ;

- elle sollicite une substitution de motifs sur le fondement des dispositions de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que l'opposition à la déclaration préalable de travaux repose sur différents motifs liés à l'inexistence de six places de stationnement et au caractère inutilisable des places de stationnement identifiées.

Par lettre du 29 avril 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 6 juin 2022.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 31 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc, conseillère,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- et les observations de Me Dispot, représentant M. C, et de Me Taithe, représentant la commune de Nanteuil-lès-Meaux.

Une note en délibéré présentée pour la commune de Nanteuil-lès-Meaux, par Me Taithe, a été enregistrée le 21 avril 2023 et n'a pas été communiquée.

Une note en délibéré présentée pour M. C, par Me Aumont, a été enregistrée le 21 avril 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 13 janvier 2021, le maire de Nanteuil-lès-Meaux s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 24 décembre 2020 par M. C en vue de l'aménagement de deux logements dans une construction existante sur un terrain situé 4 rue Jean Barraud à Nanteuil-lès-Meaux. Par un courrier du 11 mars 2021, M. C a exercé à l'encontre de cette décision un recours gracieux, qui a été implicitement rejeté par le maire de la commune. Par la présente instance, il demande l'annulation de cet arrêté et de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux conditions de desserte et d'accès des terrains : " - Pour être constructible un terrain doit avoir accès à une voie publique ou privée, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur fonds voisins ou éventuellement obtenu par application de l'article 682 du Code Civil qui permet à un propriétaire d'obtenir des accès adaptés à l'utilisation de son terrain. / Les caractéristiques des accès doivent permettre de satisfaire aux règles minimales de desserte : défense contre l'incendie, protection civile, brancardage, ramassage des ordures ménagères, et de façon plus générale respecter les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme. / Les accès sur les voies publiques doivent être aménagés en fonction de l'importance du trafic sur celles-ci de façon à assurer la sécurité de la circulation générale, et celle des usagers des accès. / () ". Aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ".

3. Il ressort de l'arrêté attaqué qu'un refus a été opposé au requérant au motif que le projet ne satisfait pas aux dispositions de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que l'accès existant ne permet pas une bonne visibilité de la circulation routière et piétonne sur la voie existante, que la multiplication des entrées et sorties à cet endroit risque de générer des conflits de circulation et d'augmenter les risques d'accidents. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'accès existant apparaît suffisamment large pour desservir le terrain d'assiette et permettre aux véhicules d'accéder aux places de stationnement, qu'aucun obstacle à la visibilité n'est identifié pour accéder à la voie publique sans augmenter le risque d'accident et que l'accès préexistant s'ouvre sur un trottoir permettant aux véhicules de stationner avant de s'insérer sur la voie publique sur laquelle la vitesse de circulation est limitée à 30 km/heure et régulée par des feux de circulation. Dans ces conditions, cet accès ne compromet pas la sécurité de la circulation générale, ni celle des usagers des accès. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être accueilli.

4. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

5. Aux termes de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme : " () / Dimensions minimales des places de stationnement : places normales : 5, 00 m x 2,50 m / B de stationnement : pour les constructions collectives à usage d'habitation : () 2 places de stationnement pour les autres logements. / () ".

6. La commune de Nanteuil-lès-Meaux soutient que la décision contestée pouvait être également fondée sur la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet du requérant de création de deux logements T2 et T3 implique la création de 4 places de stationnement qui doivent chacune mesurer 5 mètres de longueur et au moins 2,5 mètres de largeur, conformément aux dispositions de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme et que les places de stationnement prévues par le projet sont en réalité inutilisables du fait d'un nombre excessif de manœuvres pour s'y garer ou en sortir. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les places de stationnement prévues par le projet du requérant seraient rendues inutilisables du fait des manœuvres nécessaires pour y accéder, alors même que les dispositions de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme se bornent uniquement à prévoir le nombre et les dimensions des places de stationnement exigées. Par suite, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motif demandée par la commune de Nanteuil-lès-Meaux.

7. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme (), la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation (), en l'état du dossier ". Pour l'application de ces dispositions, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2021 et de la décision implicite de rejet du recours gracieux exercé par le requérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 13 janvier 2021 du maire de Nanteuil-lès-Meaux et la décision implicite de rejet du recours gracieux exercé par le requérant sont annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

10. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement.

11. Il y a lieu, en application du principe rappelé au point 10, d'enjoindre au maire de Nanteuil-lès-Meaux de délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, une décision de non-opposition à la déclaration déposée le 24 décembre 2020 par le requérant.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme demandée par la commune de Nanteuil-lès-Meaux. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Nanteuil-lès-Meaux la somme de 1 500 euros à verser à M. C au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 janvier 2021 du maire de Nanteuil-lès-Meaux et la décision implicite de rejet du recours gracieux sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Nanteuil-lès-Meaux de délivrer à M. C une décision de non-opposition à sa déclaration déposée le 24 décembre 2020 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : La commune de Nanteuil-lès-Meaux versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Nanteuil-lès-Meaux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Nanteuil-lès-Meaux.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

T. BLANCLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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