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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106632

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106632

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106632
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL ROCHE BOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 juillet 2021, 23 juillet 2021, 12 avril 2022 et 11 février 2023, la SCI " Les violettes ", représentée par la SELARL Roche Bousquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2021 par lequel le maire de Vitry-sur-Seine a, au nom de l'Etat, retiré la décision implicite de non-opposition à déclaration préalable et formé opposition à celle-ci pour des travaux de ravalement et de modification de façades sur un immeuble situé 35-37 avenue Rouget de Lisle ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vitry-sur-Seine une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme et est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que la construction sur laquelle porte la déclaration préalable est achevée depuis plus de dix ans et a été réalisée avec un permis de construire ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que l'ensemble des motifs de refus envisagés ne lui a pas été communiqué dans le cadre de la procédure préalable au retrait de la décision implicite de non-opposition à déclaration préalable et qu'elle a ainsi été privée d'une garantie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2021, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI " Les violettes " ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, la commune de Vitry-sur-Seine, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SCI " Les violettes " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI " Les violettes " ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Duhamel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI " Les violettes ", qui a fait l'acquisition le 18 mai 2006 d'un immeuble situé 35-37 avenue Rouget de Lisle a déposé, le 5 mars 2021, en mairie de Vitry-sur-Seine, une déclaration préalable portant sur des travaux de ravalement et de modification de façades de cet immeuble. En l'absence de réponse dans le délai d'un mois suivant la date de dépôt de la demande, une décision implicite de non-opposition à cette déclaration préalable est née le 6 avril 2021. Après avoir adressé le 14 avril 2021 un courrier à la SCI " Les violettes " l'invitant à présenter ses observations sur un éventuel retrait de cette décision implicite, le maire de Vitry-sur-Seine a, par un arrêté du 24 juin 2021, retiré, au nom de l'Etat, la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable née le 6 avril 2021 et formé opposition à cette déclaration préalable. La SCI " Les violettes " demande au tribunal d'annuler cet arrêté

Sur les conclusions aux fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-32 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au présent litige " Le permis de construire est périmé si les constructions ne sont pas entreprises dans le délai de deux ans à compter de la notification visée à l'article R. 421-34 ou de la délivrance tacite du permis de construire. Il en est de même si les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme dans sa version applicable : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme./ Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables :/ () 5° Lorsque la construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis (). ". Il résulte de ces dispositions que peuvent bénéficier de la prescription administrative définie par cet article les travaux réalisés, depuis plus de dix ans, lors de la construction primitive ou à l'occasion des modifications apportées à celle-ci, sous réserve qu'ils n'aient pas été réalisés sans permis de construire alors que celui-ci était requis en vertu des prescriptions légales alors applicables. Ne peuvent donc bénéficier de cette prescription les travaux réalisés sans déclaration préalable alors que celle-ci était requise.

4. Enfin, lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle est tenue de la rejeter et d'inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments qui doivent être soumis à son autorisation. Cette invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.

5. Il est constant que l'immeuble existant, et pour lequel la déclaration préalable a été déposée le 5 mars 2021, a bénéficié le 16 août 1989 d'un permis de construire. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'un procès-verbal d'infraction, dressé le 4 octobre 2013 par un agent assermenté de la commune de Vitry-sur-Seine, qu'à cette dernière date, des travaux étaient en cours de réalisation sur une construction inachevée et que des travaux d'aménagements et d'adjonctions étaient également effectués sans avoir fait l'objet d'une autorisation d'urbanisme alors qu'une telle autorisation était requise. Il s'ensuit, qu'en application de l'article R. 421-32 du code de l'urbanisme précité, le permis de construire initial étant devenu caduc à la date de réalisation de ces travaux, ceux-ci devaient donner lieu à un nouveau permis de construire s'agissant tant de ceux destinés à assurer l'achèvement des travaux que de ceux portant sur les aménagements et adjonctions.

6. Si la SCI " Les violettes " soutient que la déclaration préalable qu'elle a déposée le 5 mai 2021 porte sur l'ensemble des éléments modifiés ou construits sans autorisation et qu'elle prévoit même une mise en conformité de la construction par la dépose des huisseries au premier étage, elle n'apporte au soutien de son allégation aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé. En particulier, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment du dossier de déclaration préalable, que ces travaux étaient au nombre de ceux envisagés. Par ailleurs, et alors même que les travaux étaient achevés depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué, la société requérante ne saurait utilement faire valoir, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, qu'elle bénéficiait de la prescription administrative définie à l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme dès lors que ces travaux ont été réalisés sans le permis de construire requis puisque celui obtenu en 1989 était devenu caduc. Il suit de là que c'est à bon droit que le maire de Vitry-sur-Seine s'est opposé à la déclaration préalable de travaux présentée par la société requérante en raison de leur irrégularité, celui-ci se trouvant alors en situation de compétence liée. Par suite, la SCI " Les violettes " n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

7. En second lieu, la SCI " Les violettes " soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que l'ensemble des motifs de refus envisagés ne lui a pas été communiqué dans le cadre de la procédure préalable au retrait de la décision implicite de non-opposition à déclaration préalable et qu'elle a ainsi été privée d'une garantie. Alors qu'au surplus, le moyen manque en fait dès lors qu'il résulte du courrier du 14 avril 2021 du maire de Vitry-sur-Seine, qu'elle a bien été invitée à présenter ses observations sur l'ensemble des irrégularités relevées dans l'arrêté attaqué, à savoir sur les circonstances que " la construction a () été achevée alors même que le permis de construire était périmé [et que] divers travaux sur cette construction ont été depuis entrepris sans nouvelles demandes d'autorisation d'urbanisme ", il est, en tout état de cause, inopérant dès lors, ainsi qu'il a été dit au point précédent que l'autorité administrative était en situation de compétence liée pour s'opposer aux travaux dont il s'agit.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCI " Les violettes " doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de de la commune de Vitry-sur-Seine, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la SCI " Les violettes ", au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI " Les violettes " la somme demandée par la commune de Vitry-sur-Seine, au même titre.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de la SCI " Les violettes " est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vitry-sur-Seine au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI " Les violettes ", à la préfète du Val-de-Marne et à la commune de Vitry-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. A , président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

Le rapporteur,

B. DUHAMEL

Le président,

M. ALa greffière,

G. AUMOND

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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