jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2106686 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2021, Mme A B, représentée par Me David, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 8 juillet 2021 de la cheffe d'établissement du centre pénitentiaire du Sud-Francilien en tant qu'elle a décidé la mise en place d'un parloir avec un dispositif de séparation (hygiaphone) entre elle et son compagnon détenu ;
3°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire, sans délai, à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de rétablir son droit de visite sans aucun dispositif de séparation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser, sous réserve de son admission à l'aide juridictionnelle, à Me David, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
- elle a été édictée au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et en l'absence d'information de la commission d'application des peines;
- elle se fonde sur des faits qui ne sont pas établis, est entachée d'erreur dans la qualification juridique des faits ainsi que d'erreur d'appréciation eu égard au défaut de matérialité des faits en cause ;
- elle est entachée d'erreurs de droit, eu égard aux articles R. 57-8-10 et R. 57-8-12 du code de procédure pénale ainsi que 38 de la loi du 24 novembre 2009 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la sanction présente un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Issard, rapporteure,
- et les conclusions de M. Florian Gauthier-Ameil, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B s'est vu délivrer un permis afin de rendre visite à son compagnon, détenu au sein du centre pénitentiaire du Sud-Francilien. Par un courrier du 2 juin 2021, la directrice du centre pénitentiaire du Sud-Francilien a informé Mme B de son intention de suspendre son permis de visite, ainsi que de la suspension de celui-ci à titre conservatoire à compter du même jour, dans l'attente d'une décision définitive. Par une décision du 10 juin 2021, la même autorité a suspendu ce permis pour une période de six mois à compter du 2 juin 2021. Cette dernière décision a été suspendue par une ordonnance du juge des référés du tribunal n° 2105778. Par courrier du 8 juillet 2021, Mme B a été informée de la réactivation de son permis de visite à compter du lendemain et de la mise en place d'un parloir avec un dispositif de séparation (hygiaphone) dans le cadre des visites de l'intéressée à son compagnon. La requérante demande l'annulation de cette dernière décision en tant qu'elle met en place un parloir doté d'un hygiaphone dans le cadre de ses visites.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. "
3. Mme B ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale par la décision du 22 septembre 2021 susvisée du bureau d'aide juridictionnelle, il n'y a plus lieu d'admettre à titre provisoire l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Tout d'abord, aux termes des dispositions de l'article R. 57-8-12 du code de procédure pénale, désormais codifiées à l'article R. 341-13 du code pénitentiaire : " Les visites se déroulent dans un parloir ne comportant pas de dispositif de séparation. Toutefois, le chef d'établissement peut décider que les visites auront lieu dans un parloir avec un tel dispositif : / 1° S'il existe des raisons sérieuses de redouter un incident ; / 2° En cas d'incident survenu au cours d'une visite antérieure ; / 3° A la demande du visiteur ou de la personne visitée. () ".
5. Ensuite, il résulte de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration que doivent être motivées les décisions administratives individuelles défavorables qui restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". Ces dispositions exigent que Mme B ait été mise à même, préalablement à l'édiction de la mesure de police en litige, de présenter ses observations à l'autorité compétente.
6. Au cas particulier, il n'est pas contesté que la décision en litige, relative à l'organisation des visites rendues par Mme B à son compagnon détenu au sein d'un parloir comportant un dispositif de séparation de type hygiaphone, n'a été précédée d'aucune procédure contradictoire destinée à recueillir les observations de Mme B quant à l'édiction d'une telle mesure. Il n'est, en outre, pas invoqué en défense une quelconque circonstance justifiant qu'il ait été dérogé à cette obligation, notamment pas une situation d'urgence, alors au demeurant qu'il était loisible à l'administration de différer la réactivation du permis de visite de Mme B pour la durée nécessaire au respect d'une procédure contradictoire préalable. La requérante est en conséquence fondée à soutenir que la décision contestée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions visées au point précédent. Alors que ce faisant, Mme B n'a pas bénéficié de la possibilité de présenter ses observations sur le déroulement des visites à son compagnon au sein de parloirs comportant un dispositif de séparation, décision qui n'a pas le même objet que la décision antérieure du 10 juin 2021, la requérante est fondée à soutenir qu'elle a été privée d'une garantie, en sorte que la décision attaquée est entachée d'illégalité.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision de la cheffe d'établissement du centre pénitentiaire Sud francilien du 8 juillet 2021.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement mais nécessairement, par application des dispositions précitées, d'enjoindre à l'administration pénitentiaire, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, de réexaminer la situation de Mme B, relative aux modalités d'exercice de ses droits de visite à son compagnon, dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il résulte des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative que l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner la partie perdante à lui verser la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait pas eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
11. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me David renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme B.
Article 2 : La décision de la cheffe d'établissement du centre pénitentiaire Sud francilien du 8 juillet 2021 est annulée en tant qu'elle porte sur la mise en place d'un parloir avec un dispositif de séparation (hygiaphone) dans le cadre des visites de Mme B à son compagnon.
Article 3 : Il est enjoint à l'administration pénitentiaire, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, de réexaminer la situation de Mme B, relative aux modalités d'exercice de ses droits de visite à son compagnon, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat (garde des sceaux, ministre de la justice) versera à Me David une somme de 1 200 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me David.
Copie en sera adressée au centre pénitentiaire du Sud-Francilien.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Issard, conseillère,
Mme Bourrel Jalon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 novembre 2024.
La rapporteure,
C. ISSARD
La présidente,
I. BILLANDON La greffière,
C. TRÉMOUREUX
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026