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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106691

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106691

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 11 juin 2021 par laquelle l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil après l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le versement de l'allocation de demande d'asile dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 Juillet 1991, son conseil étant autorisée à en poursuivre directement le recouvrement.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'une motivation insuffisante ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, compte tenu de l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à sa dignité humaine ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle est fondée uniquement sur sa non-présentation aux autorités pendant la procédure Dublin.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du conseil établissant les critères et mécanisme de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des Etats membres par un ressortissant d'un pays tiers ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rehman-Fawcett,

- les conclusions de M. Lacote, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 25 août 1995 à Koumare Fara (Mali), a sollicité l'asile en France le 18 juillet 2018 et a été placé en procédure Dublin. Par arrêté du 18 septembre 2018, le préfet du Val-de-Marne a prononcé son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par jugement n° 1900207 du 25 janvier 2019, le magistrat désigné du tribunal a rejeté la requête de M. A tendant à obtenir l'annulation de cet arrêté. Par décision du 19 novembre 2018, le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. A l'expiration de son délai de transfert, M. B s'est présenté à la préfecture du Val-de-Marne le 4 février 2021 et s'est vu remettre une attestation de demande d'asile en procédure normale. Par décision du 11 juin 2021, le directeur territorial de Créteil de l'OFII a rejeté la demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. B demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 18 août 2021, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a statué sur la demande de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur (CESEDA) : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente, en personne, à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'État responsable (). Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". L'article L. 742-1 du même code prévoit que : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'État responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet État. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1 mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'État responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet État ". L'article L. 744-1 du même code dispose que les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile " sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du CESEDA dans sa rédaction résultant de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile (). La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

4. Si les termes de l'article L. 744-8 du CESEDA ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

5. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.

6. En premier lieu, la décision contestée indique que l'intéressé avait accepté les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées le 18 juillet 2018 et que celles-ci ont été suspendues à la suite de la décision précitée du 19 novembre 2018 sur le fondement des articles L. 744-1 et L. 744-8 du CESEDA et précise que l'intéressé n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités et notamment qu'il a été absent aux convocations des 3 et 8 octobre 2018. Enfin, cette décision mentionne, d'une part, que les motifs que le requérant invoque ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'offre de prise en charge de l'OFII et, d'autre part, indique qu'un entretien de vulnérabilité a eu lieu 10 mai 2021. Dès lors, cette décision est suffisamment motivée en droit et en fait.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel, sérieux et approfondi de la situation de l'intéressé, notamment au regard de sa vulnérabilité dont il est constant qu'elle a été examinée le 18 juillet 2018, après l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure Dublin, ainsi que lors d'un entretien de vulnérabilité le 10 mai 2021, après l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, compte tenu de l'absence de prise en considération de la vulnérabilité du requérant doit être écarté.

8. En troisième lieu, la seule circonstance que M. B, qui a fait l'objet d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil le 19 novembre 2018, ait ultérieurement été autorisé à déposer une demande d'asile en France, n'a pas pour conséquence le rétablissement de plein droit du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'intéressé, célibataire, né en 1995, n'établit pas être dans une situation de vulnérabilité particulière dès lors qu'il se borne seulement à indiquer qu'il est sans ressources et sans hébergement, alors qu'il a attendu plus de deux ans entre la décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, période pendant laquelle le délai de transfert aux autorités espagnoles, responsables initialement de l'examen de sa demande d'asile, a expiré, sans qu'aucun motif légitime justifiant l'absence de respect des obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ne soit évoqué. A cet égard, il n'apporte aucune explication aux faits qu'il ne s'est pas présenté à deux convocations à la préfecture les 3 et 8 octobre 2018. En tout état de cause, la demande d'asile du requérant a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 23 décembre 2021. Il n'établit ainsi pas que la décision en cause serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation, ni par voie de conséquence, qu'elle porte atteinte à sa dignité humaine.

9. En quatrième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. () 4. Les États membres peuvent déterminer les sanctions applicables en cas de manquement grave au règlement des centres d'hébergement ainsi que de comportement particulièrement violent. 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1,2,3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivés. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".

10. Si le requérant invoque ces dispositions en soutenant qu'elles ont été méconnues dès lors que ses conditions matérielles d'accueil ont été suspendues uniquement au motif qu'il ne se serait pas présenté à certains rendez-vous lorsque sa demande d'asile a été enregistrée, il résulte des termes-même de ces dispositions qu'elles portent sur les décisions portant retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et non, comme en l'espèce, sur celles portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, après une décision de retrait antérieure. Dans ces conditions, il ne saurait se prévaloir des dispositions de cette directive pour contester la décision contestée.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ghaleh-Marzban, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

La présidente,

S. GHALEH-MARZBAN

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le

concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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