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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106778

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106778

mercredi 21 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106778
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juin 2021 au greffe du tribunal administratif de Versailles et le 12 juillet 2021 au greffe du présent tribunal, complétée le 30 juin 2021, M. D A C demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 24 juin 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et a prononcé une interdiction de circulation pour une durée de un an.

Il soutient que la décision a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle a été prise sans qu'il ait été entendu, qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle méconnait son droit à une vie privée et familiale normale car il vit en France depuis 2005 avec l'ensemble de sa famille et qu'il n'a plus d'attaches dans son pays, le Portugal.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 8 septembre 2022, en présence de Mme Aumond, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Langagne, représentant M. A C, requérant, absent, qui rappelle que le requérant, ressortissant communautaire, n'a fait l'objet d'aucune condamnations ni incarcération et qui soutient que le préfet des Hauts-de-Seine n'apporte aucune preuve des faits qui lui sont reprochés.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A C, ressortissant portugais né le 19 mai 1983 à Lisbonne, a été interpellé le 23 juin 2021 à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) pour des faits d'ivresse sur la voie publique et d'exhibition sexuelle, ayant été surpris en train d'uriner au voisinage d'un restaurant. Il a été auditionné par les forces de l'ordre le lendemain. Le préfet des Hauts-de-Seine a pris à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français le 24 juin 2021 et l'a placé en rétention au centre de rétention administrative de Palaiseau (Essonne). Il en a été libéré le 26 juin 2021. Par une requête enregistrée le 25 juin 2021 au greffe du tribunal administratif de Versailles, il avait demandé l'annulation de la décision du 24 juin 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai. Cette requête a été transmise au greffe du présent tribunal par une ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Versailles du 12 juillet 2021 en raison du domicile déclaré de l'intéressé à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).

2. Aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : 1° Des citoyens de l'Union européenne, tels que définis à l'article L. 200-2 ; () ".Aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;(). L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

3. Pour motiver sa décision, le préfet des Hauts-de-Seine a retenu que l'intéressé avait fait l'objet depuis 2009 de quatorze interpellations pour des faits d'exhibition sexuelle, rébellion, vols à l'étalage, violences conjugales, destructions de biens privés, outrage et violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, violence en état d'ivresse, vols avec armes blanches et port d'armes prohibées et a considéré que son comportement le faisait rentrer dans le champ du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Toutefois, à l'appui de ses affirmations, le préfet des Hauts-de-Seine ne produit aucune décision de l'autorité judiciaire ayant abouti, eu égard au nombre et à l'importance déclarée des faits reprochés à M. A C et s'étant déroulés sur une période de douze ans, à une incarcération ou même à une condamnation, constatant la matérialité des faits reprochés et d'en déduire que son comportement constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

5. Par suite, et faute de précisions en ce sens, le requérant est fondé à soutenir que la décision en cause est entachée d'une erreur de droit et à demander son annulation, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 24 juin 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a fait obligation à M. D A C de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et a prononcé une interdiction de circulation pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : M. B

La greffière,

Signé : G. Aumond

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Aumond

N°2106778

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