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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106784

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106784

mercredi 17 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106784
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPAPANTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée sous le numéro 2106784 au greffe du Tribunal le 12 juillet 2021, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, de lui délivrer une carte de séjour temporaire " salarié ", dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de séjour :

* sont entachées d'incompétence ;

* sont insuffisamment motivées ;

* méconnaissent le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* sont entachées d'une erreur de droit au motif de la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ouvre le droit à un étranger de formuler une demande de titre de séjour auprès de l'administration

* violent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* violent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* violent l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* violent l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination :

* est entachée d'incompétence ;

* méconnaît les articles 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

* est entachée d'incompétence ;

* est insuffisamment motivée ;

* méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 27 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Papanti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français " dans un délai de 30 jours sans délai ", a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans ;

2°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois ainsi que de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pour la durée de cet examen une autorisation provisoire de séjour, et ce sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est entachée d'incompétence ;

* est entachée d'un défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation ;

* méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* méconnait l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

* est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination :

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et/ou de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

* viole les articles 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

* est insuffisamment motivée ;

* méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* est entachée d'un défaut d'information complète quant à l'enregistrement aux fins de non admission.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. B A, représenté par Me Papanti, a communiqué des pièces enregistrées le 7 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen ;

- les observations de Me Schaeffer, substituant Me Papanti représentant M. A, qui :

* conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

* abandonne les conclusions et moyens dirigés contre un refus de séjour qui n'existe pas ;

* abandonne les moyens tirés de la violation des articles L. 435-1, L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- M. A qui indique avoir beaucoup travaillé dans un camp militaire et au presbytère puisqu'il est prêcheur. Il a des enfants qu'il pouvait aider tant qu'il pouvait travailler en France ce qu'il ne peut plus faire depuis la mesure d'éloignement et ses enfants ne peuvent plus aller à l'école actuellement.

Le préfet de l'Essonne n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h27.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais, né le 11 octobre 1980 à Kinshasa (République démocratique du Congo), entré en France le 28 décembre 2014 selon le relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " produit en défense, a sollicité l'asile qui lui a été refusé par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 29 février 2016 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 3 juillet 2017 et a sollicité le réexamen de sa demande d'asile qui a été rejeté par une décision du directeur général de l'Ofpra du 17 mars 207 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une décision de la CNDA du 21 septembre 2016. L'intéressé a été interpellé le 6 juillet 2021 dans le cadre d'un contrôle d'identité et a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par arrêté du 6 juillet 2021, préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 6 juillet 2021.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. (). ".

4. D'autre part, le 9° de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage d'éloigner un étranger du territoire national, de vérifier que cette décision ne peut avoir de conséquences exceptionnelles sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait une éventuelle interruption des traitements suivis en France. Lorsque cette interruption risque d'avoir des conséquences exceptionnelles sur la santé de l'intéressé, il appartient alors à cette autorité de démontrer qu'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays de renvoi. M. A soutient bénéficier d'un suivi médical stable et intense depuis son arrivée en France en raison d'un syndrome de stress post-traumatique nécessitant des soins. Il produit un certificat médical du 3 février 2021 indiquant qu'il souffre d'" un syndrome dépressif majeur qui nécessite une prise en charge spécialisée par un psychiatre et d'autre part un syndrome psycho-traumatique massif avec des intrusions de la pensée par des images de scènes de sévices passées qui se répètent nuit après nuit dans des cauchemars et dans des flash-back la journée ", que le traitement administré " évite son effondrement ", qu'une " prise en charge psychologique hebdomadaire au centre lui apporte également un soutien et lui offre un lieu de parole indispensable ", que " l'ensemble de la prise en charge médicale et psychologique eu égard à sa dévastation suite aux violences vécues, sont indispensables à sa survie " et que " tout arrêt de son traitement ainsi que de son suivi psychologique auraient des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour sa santé " et enfin qu'une " telle prise en charge pluri disciplinaire médico psychologique n'est pas disponible dans son pays d'origine " en sorte qu'il " est absolument nécessaire qu'il demeure en France pour la poursuite de ses soins et pour sa santé physique et psychologique ". Un autre certificat médical d'une psychologue clinicienne, en date du 17 décembre 2020, affirme suivre l'intéressé depuis le mois de juin 2017 et que ce dernier " s'investit dans son espace thérapeutique en espérant trouver les forces nécessaires pour traverser encore cette épreuve d'exil où son parcours de vie, marqué par la violence, la mort et les persécutions dans son pays, n'est pas reconnu ". Un autre certificat médical du 11 décembre 2020 d'un psychiatre certifie qu'il est suivi depuis trois ans pour un " état dépressif majeur associé à un syndrome de stress post-traumatique " et que la " mise en place d'un traitement régulier depuis trois années a permis une amélioration des symptômes mais l'état anxiodépressif reste présent avec une inquiétude et des ruminations sur sa situation " et qu'il est " indispensable [qu'il] puisse continuer à bénéficier de la prise en charge psychiatrique ". Enfin, une dernière attestation de suivi d'une psychologue confirme les autres documents médicaux précitées. Si ce dernier document est postérieur à la décision en litige, il démontre une permanence de l'état de santé de l'intéressé. En défense, le préfet de l'Essonne soutient que le requérant " ne produit dans sa requête aucun certificat médical récent permettant de justifier de son état de santé actuel " ajoutant qu'il " a déposé le 20 février 2018 une demande de titre de séjour pour soins et que sa demande a fait l'objet d'un refus de l'OFII le 8 octobre 2018 " et qu'il " n'établit pas, par des éléments probants, être dans l'impossibilité d'être suivi médicalement dans son pays d'origine. ". Premièrement, contrairement à ce qu'affirme le préfet en défense, M. A produit des documents médicaux récents par rapport à la date de la décision attaquée. Deuxièmement, ces mêmes documents décrivent sa maladie, son traitement et ses conséquences tant en terme de suivi que de défaut de suivi. Troisièmement, la circonstance qu'il est fait l'objet d'un " refus " du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est sans incidence sur l'analyse qui doit être faite au sens des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il présente des éléments nouveaux mais elle constitue un élément parmi d'autre dans ladite analyse. Enfin, et alors que les documents produits ne remettent pas en cause les conclusions du collège de médecins de l'Office de 2018 selon lesquelles l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, les documents référencés produits par M. A, non contredits par la pétition de principe opposée en défense, permettent d'estimer que le système de santé ne permette pas de prendre en charge les maladies psychiatriques d'une certaine gravité notamment en l'absence d'institution spécialisée dans de telles pathologies. Ces éléments sont confirmés par diverses publications librement accessibles comme le rapport République démocratique du Congo : accès à des soins psychiatriques de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (Osar) du 28 février 2022 ou encore l'étude Intégration de la santé mentale dans les services de soins de santé primaires en République démocratique du Congo publié dans la revue Santé Publique 2021/1 (Vol. 33), pages 77 à 87, disponible sur le site Internet " cairn.info ". Dans ces conditions, par les documents produits, il y a lieu de considérer que M. A entre dans les prévisions du 9° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, le préfet de l'Essonne a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées du 9° de l'article 611-3. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français attaquée a été prise à la suite d'une procédure irrégulière en application des dispositions précités du 9° de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, par conséquent, entachée d'illégalité.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 juillet 2021 par laquelle le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

7. Les motifs de l'annulation par le présent jugement de la décision portant obligation de quitter le territoire français pour méconnaissance des dispositions du 9° de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile implique nécessairement que le préfet de l'Essonne saisisse le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la situation de M. A en lien avec ce dernier. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

9. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

10. Enfin, les annulations prononcées n'impliquent aucune autre injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a obligé M. B A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la situation de M. B A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 6 juillet 2021 ci-dessus annulée.

Article 4 : L'État (préfet de l'Essonne) versera à M. B A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : G. C

La greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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