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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106793

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106793

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBAHIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juillet 2021 et 4 mars 2022, M. A C, représenté par Me Bahic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 19 mai 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de l'assigner à résidence ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de l'assigner à résidence et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier de ces dispositions ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier de ces dispositions ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

La préfète du Val-de-Marne, à qui la présente procédure a été communiquée, n'a pas présenté d'observations.

Par une ordonnance du 8 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 mai 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacote, conseiller rapporteur,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bahic, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant malien né le 16 août 1964 à Kayes (Mali) a fait l'objet, le 30 septembre 2013, d'un arrêté d'expulsion. Par courrier du 13 mars 2021, reçu le 19 mars suivant, M. C a demandé à la préfète du Val-de-Marne son assignation à résidence sur le fondement des articles L. 523-3 et L. 524-4 devenu L. 731-4 et L. 731-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 19 mai 2021. M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais de recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

3. Si M. C soutient que la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande d'assignation à résidence n'est pas motivée, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait demandé la communication des motifs de cette décision en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen doit, par suite et en tout état de cause, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'expulsion non exécutée lorsque son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.".

5. M. C soutient qu'il souffre d'hypertension artérielle et d'une cardiopathie hypertrophique et que les traitements nécessaires au traitement de ces pathologies ne sont pas disponibles dans son pays d'origine. M. C produit un certificat médical du docteur B du 25 février 2022, postérieur à la décision contestée, la légalité s'appréciant à la date de son édiction, qui indique que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge et un suivi médical rapproché, qu'il a été hospitalisé aux soins intensifs de cardiologie de l'hôpital Bichat du 14 au 15 février 2022 pour un angor instable révélant une lésion significative coronaire de l'artère circonflexe ayant nécessité une angioplastie avec implantation d'un stent actif et que, par ailleurs, il souffre d'une hypertension artérielle mal contrôlée compliquée de cardiopathie hypertrophique en cours d'exploration et qu'en raison de ces explorations complémentaires et de la nécessité de l'adaptation de son traitement un retour au Mali " semble actuellement déraisonnable ". Toutefois, la cardiopathie hypertrophique dont souffre l'intéressé est postérieure à la décision contestée dont la légalité s'apprécie à la date de son édiction. En outre, le document produit par l'intéressé n'indique pas quel type de traitements adapté à son état de santé ne serait pas disponible dans son pays d'origine, ni les raisons pour lesquelles il ne pourrait en bénéficier. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est vu prescrire le 10 novembre 2020 les spécialités Irbesartan/Hydrochlorothiazide 300/12.5mg, Rosuvastatine 5mg, Nicardipine LM 50 mg, Atenolol 50 mg, cette ordonnance n'est pas contemporaine de la décision contestée, l'intéressé reconnaissant en outre dans son mémoire que ces spécialités sont commercialisées dans son pays d'origine. D'autre part, il allègue qu'il est astreint désormais à la prise d'autres spécialités que sont le Kardegic 75mg, le Brilique 90mg, l'Inexium 20 mg, l'Atorvastatine 80 mg, l'Eupressiyl 60 mg, l'Hyperium 1 mg, le Natispray 0,3 mg et que les spécialités Kardégic, Brilique, Inexium, Eupressyl, Hyperium, et Natispray ne figurent pas sur la liste des médicaments essentiels du Mali et que seul l'acide acétylsalicylique, substance active du Kardegic figure sur cette liste. Toutefois, l'ordonnance prescrivant les médicaments précités, datée du 15 février 2022 est postérieure à la décision contestée dont la légalité s'apprécie, ainsi qu'il a été dit, à la date de son édiction. Au demeurant, M. C n'établit pas, par les pièces qu'il verse à l'instance, qu'il ne pourrait accéder dans son pays d'origine à un traitement approprié, en accédant à ces mêmes médicaments sous forme générique contenant le même principe actif, ou encore à d'autre molécules adaptées alors que l'ordonnance du 15 février 2022 n'indique pas que ces médicaments ne seraient pas substituables. Enfin, en se bornant à indiquer que le Mali est en proie à un conflit armé en citant plusieurs sources publiques, dont un rapport annuel 2018 de l'Organisation Mondiale de la Santé concernant le Mali qui indique que " les principaux indicateurs de santé demeurent préoccupants " et " les conditions d'hygiène sont précaires ", une étude de 2014, non contemporaine de la décision contestée, qui indique que les médecins maliens sont mal formés et peu informés sur l'hypertension artérielle et que l'accès au traitement est très coûteux, le requérant n'établit pas, par ces seuls documents de portée générale et dont le contenu ne fait d'ailleurs ni état d'une inexistence des traitements du requérant au Mali ni de leur impossible accès à la population de ce pays, qu'il n'y aurait pas un accès effectif. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 731-4 précité.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arête d'expulsion dont a fait l'objet M. C, devenu l'article L. 631-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arête d'expulsion dont a fait l'objet M. C, devenu l'article L. 631-2 de ce code : " Ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'expulsion que si cette mesure constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que les dispositions de l'article L. 521-3 n'y fassent pas obstacle : / 1° L'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an () ". Aux termes de l'article L. 731-5 du même code : " L'autorité administrative peut, à titre probatoire et exceptionnel, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'expulsion édictée en application de l'article L. 631-2 ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté d'expulsion prononcé à l'encontre de M. C le 30 septembre 2013 est fondé sur les dispositions de l'article L. 521-1 précité. Par suite, M. C ne saurait utilement soutenir que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 631-2 précité. La circonstance, à la supposer établie, qu'à la date de l'arrêté d'expulsion il était père d'un enfant français mineur résidant en France et pour lequel il contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation est à cet égard sans influence.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. C soutient que la décision refusant son assignation à résidence porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation. Toutefois, les conséquences de l'éloignement du territoire français sur la vie privée et familiale de M. C résultent de la mesure d'expulsion dont il a fait l'objet et non de la décision contestée par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande d'une mesure d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision contestée. Pour la même raison, il ne peut utilement soutenir, en se bornant à se prévaloir de la même situation, que la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 mai 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande d'assignation à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le rapporteur,

J.-N. LACOTE

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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