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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106794

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106794

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantBOUKHELOUA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2021, M. A C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 18 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 25 août 2020 et a considéré que les arrêts de travail du 27 août 2020 au 7 février 2021 relevaient de la maladie ordinaire.

Il soutient que :

- les avis médicaux ont diagnostiqué un épuisement professionnel ou " burn-out " ;

- les troubles ayant justifié ses arrêts de travail trouvent leur origine dans un harcèlement moral subi de la part de sa supérieure hiérarchique directe et de ses deux collègues ;

- il a été confronté à une surcharge de travail pendant la crise sanitaire liée à la pandémie de la covid-19.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2022, le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne, représenté par son directeur en exercice, représenté par Me Boukheloua, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 juin 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique,

- et les observations de Me Boukheloua, représentant le centre hospitalier du

Sud Seine-et-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, aide-soignant et titulaire du brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport, spécialité " animation sociale ", a été affecté, à compter du mois de mai 2019, au sein de l'établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Nelly Cop du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne pour y exercer les fonctions d'animateur. Le 25 août 2020, il a déclaré avoir été victime d'un accident survenu le jour même sur le lieu d'exercice de ses fonctions. Par une décision du 18 juin 2021, le directeur du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident et a considéré que les arrêts de travail du 27 août 2020 au 7 février 2021 relevaient de la maladie ordinaire. M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction issue de l'ordonnance du 19 janvier 2017 entrée en vigueur le 16 mai 2020 : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. (). / II. - Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / (). / IV. - Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / (). / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article 47-8 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction alors applicable : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. / Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. Il est déterminé par le conseil médical compte tenu du barème indicatif d'invalidité annexé au décret pris en application du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite ". L'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale dispose que : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ".

3. M. C, en renseignant, le 25 août 2020, le formulaire de déclaration d'accident de travail, a demandé la reconnaissance d'imputabilité au service de son état de santé résultant de ce que " [sa] hiérarchie [ne lui] a jamais laissé aucune chance de () démarrer une nouvelle carrière dans un nouveau service sans aucun soutien. Au fur et à mesure, elles [l]'ont détruits. Cette hiérarchie n'a eu de cesse de [lui] hurler dessus en [le] traitant de fainéant, de profiteur et autres. Cette hiérarchie ne s'est jamais posé une seule fois la question que peut-être [il] avait des qualités, non [s]a hiérarchie (Mme D) [l]'a affaibli (), de fait ainsi que [s]es collègues. C'est destructeur et à ce jour [il est] dans l'incapacité d'exercer [s]on travail d'animateur ". A cette occasion, la supérieure hiérarchique directe de M. C, qui a complété le volet du formulaire d'accident de travail sous la rubrique " A compléter par le supérieur hiérarchique direct ", précise que " M. C [l]'a informé qu'il avait rendez-vous avec () psychologue du travail le 25 août 2020 à 11 h 30. A l'issue de cet entretien, M. C [l]'a informé que la psychologue a diagnostiqué un " burn-out ". M. C manifeste depuis plus d'un an un certain malaise au sein du service animation. Les causes sont liées aux dysfonctionnements du service animation et de son organisation ".

4. D'une part, un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un accident, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce. Constitue un accident de service, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

5. A supposer que M. C ait entendu se placer sur le terrain de l'accident de service en portant à la connaissance du tribunal " les procédures pour faire reconnaître l'accident de service dont [il est] victime ", l'argumentation qu'il soumet à l'appréciation du tribunal ainsi que les pièces qu'il a produites dont, notamment, la déclaration d'accident du travail évoquée au point 3. du présent jugement, le certificat médical initial du 27 août 2020 cochant la case " accident du travail " et l'attestation de la psychologue du 16 novembre 2020, requérant le médecin expert " pour la qualification en accident du travail ce qui arrive à M. C ", ne font mention d'aucune circonstance qui se serait produite à une date déterminée, soit le 25 août 2020, de nature à démontrer qu'il aurait été victime d'un accident sur le lieu d'exercice de ses fonctions. A cet égard, ainsi que l'indique le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne en défense et dans la décision contestée, l'expert psychiatre agréé, qui a relevé, à l'issue de l'examen de M. C, le 18 novembre 2020, que ce dernier " décrit en fait un conflit professionnel évoluant depuis le début de ses nouvelles fonctions " et que " le jour de l'accident de travail [il n'a] pas retrouvé dans son récit des faits rapportés d'évènements nouveau aigu pouvant être détaché de ce conflit ", a conclu qu'il n'a " retrouvé au cours de [l']examen aucun élément permettant de caractériser un accident du travail ". Il suit de là que les faits déclarés par M. C le 25 août 2020 ne constituent pas un accident de service.

6. D'autre part, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

7. Il résulte des dispositions combinées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale et de celles précitées de l'article 47-8 du décret du 14 mars 1986 que la maladie d'un fonctionnaire ne figurant pas sur le tableau des maladies professionnelles peut néanmoins être reconnue comme une maladie professionnelle à condition qu'elle soit essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente partielle de 25 % au moins.

8. Aux termes de la déclaration d'accident de travail rappelée au point 3. du présent jugement, M. C doit être regardé comme sollicitant la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle, caractérisée par un syndrome de type " burn-out ", résultant du comportement de sa hiérarchie à son égard à compter de son affectation en 2019 au sein de l'EHPAD Nelly Cop. A ce titre, M. C soutient que les avis médicaux ont diagnostiqué un épuisement professionnel ou " burn-out ", que les troubles qui ont justifié ses arrêts de travail trouvent leur origine dans un harcèlement moral subi de la part de sa supérieure hiérarchique directe et de ses deux collègues et qu'il a été confronté à une surcharge de travail pendant la crise sanitaire liée à la pandémie de la covid-19. A l'appui de son argumentation, M. C indique que, dès son arrivée dans le service, ses relations ont été difficiles avec sa supérieure hiérarchique directe ainsi qu'avec les deux autres animatrices de l'EHPAD, que sa supérieure a rédigé un rapport lui reprochant implicitement d'avoir été recruté par la directrice de l'établissement, et produit, à l'appui de son argumentation, l'attestation de la psychologue qui le suit ainsi que deux témoignages de collègues confirmant les difficultés rencontrées avec la hiérarchie et la difficile " cohabitation " avec les deux animatrices en place depuis des années. En outre, M. C précise que l'absence d'une de ses collègues, à compter du mois d'août 2019, a eu pour conséquence d'ajouter à ses fonctions d'animateur des tâches administratives telles que la gestion quotidienne des courriels de la direction, le nettoyage de l'office et du bureau du service en raison du protocole Covid, et la gestion des commandes de la cafétéria et des produits d'hygiène, et que ces tâches l'ont obligé à de fréquents déplacements au sein de l'établissement. Cette situation s'est prolongée, ainsi que le rapporte M. C, qui produit les plannings d'animation du mois de février 2020, de la période courant du mois d'avril au mois de juin 2020 et du mois d'août 2020, avec le placement en arrêt maladie de son autre collègue, au début de la pandémie, au cours de laquelle il a dû créer des animations au chevet des résidents confinés dans leurs chambres et prendre en charge seul, en sa qualité d'animateur, les résidents des deux bâtiments. A l'appui de ses allégations, il produit la déclaration d'accident de travail complétée par sa nouvelle supérieure hiérarchique, qui souligne que " M. C manifeste depuis plus d'un an un certain malaise au sein du service animation. Les causes sont liées aux dysfonctionnements du service animation et de son organisation ". En défense, le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne, qui, au demeurant, ne produit aucun élément, conteste que l'intéressé ait été victime d'une surcharge de travail et de harcèlement moral en se prévalant notamment de la circonstance, qui ressortirait de l'attestation établie par la psychologue qui assure le suivi de M. C, que " Mme D () a cherché, en l'orientant vers le psychologue de travail, à l'aider à retrouver une certaine sérénité grâce à un accompagnement. Il est difficile de voir dans une telle attitude humaine une quelconque volonté de lui nuire ". Une telle conclusion à l'égard de Mme D ne peut, toutefois, s'inférer de la seule attestation de la psychologue, datée du 16 novembre 2020, alors qu'il n'est pas contesté que la nouvelle supérieure hiérarchique directe de M. C, qui a succédé à Mme D, est arrivée dans le service au 1er septembre 2019.

9. Il ressort des pièces du dossier que le praticien hospitalier du centre

médico-psychologique de Dammarie-Les-Lys, médecin agréé, qui a examiné M. C le 20 avril 2021, souligne l'absence d'antécédent psychiatrique, et conclu que " l'arrêt maladie () relève () d'une maladie professionnelle " et que " les symptômes sont imputables au service " au vu des " dires " de M. C selon lesquels " il a présenté un épisode dépressif majeur réactionnel () à ses conditions de travail qui telles qu'il les décrit présentaient des risques psychosociaux bien établis ". L'expert psychiatre agréé, qui a également relevé, dans son rapport du 18 novembre 2020, l'absence d'état antérieur, a conclu que " les troubles qu'il allègue peuvent être effectivement rapportés à ses conditions de travail ". Toutefois, alors que la pathologie dont souffre M. C ne figure pas dans le tableau des maladies professionnelles annexé à l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, ainsi que l'expert psychiatre l'a indiqué, dans ses conclusions du 18 novembre 2020, en précisant que les troubles invoqués " compte tenu de leur nature et de leur symptomatologie, n'entrent pas dans les critères permettant de définir une maladie professionnelle ", le praticien hospitalier, médecin agréé, et, en tout état de cause, le psychiatre agréé ne font aucunement état d'une incapacité permanente partielle, M. C indiquant, par ailleurs, avoir repris l'exercice de ses fonctions dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique, dont il ne justifie, au demeurant, pas.

10. Il suit de là, et en tout état de cause, à supposer même que les faits invoqués par M. C puissent être regardés comme constitutifs d'un harcèlement moral et caractériser une surcharge de travail, le directeur du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne a pu, à l'appui de l'avis défavorable émis le 20 juin 2021 de la commission de réforme départementale, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de reconnaître l'imputabilité au service de l'état de santé de M. C.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 25 août 2020 et a considéré que les arrêts de travail du 27 août 2020 au 7 février 2021 relevaient de la maladie ordinaire. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions aux fins d'annulation de cette décision.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

F. B

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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