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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106895

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106895

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la Préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la Préfète du Val-de-Marne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est crue liée par l'avis de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît les articles L.435-1, L.423-23, L.313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

La Préfète du Val-de-Marne, à qui la présente procédure a été communiquée, n'a pas présenté d'observation.

Par ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 octobre 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais né le 15 juillet 1986 à Brazzaville (République du Congo), est entré sur le territoire français le 19 mai 2009, sous couvert d'un visa de court séjour-voyage d'affaires, après avoir été maintenu dès son arrivée en zone d'attente suite à une décision de refus d'admission sur le territoire national du directeur de la police de l'Air et des frontières. Le juge des référés du tribunal administratif de Pontoise a rejeté, le 21 mai 2009, le recours formé par l'intéressé contre la décision portant refus d'admission sur le territoire français. La cour d'appel de Paris a infirmé, le 27 mai 2009, l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal de grande instance de Bobigny du 24 mai 2009 autorisant le maintien en zone d'attente pour une durée de 8 jours sans prolongation de celle-ci, en lui rappelant l'obligation de quitter le territoire à laquelle il était soumis, en l'absence d'obtention d'une autorisation provisoire de séjour ou d'un récépissé de carte de séjour et de demande d'asile, en application des dispositions de l'article L.224-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable. L'intéressé a bénéficié d'un titre de séjour valable du 14 mars 2011 au 13 mars 2012, en raison de son état de santé. Le 8 janvier 2020, il dépose une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 devenu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au titre de la circulaire du 28 novembre 2012. La commission du titre de séjour a émis le 11 février 2021, un avis défavorable à sa demande de titre de séjour. Par arrêté du 29 juin 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, Mme D E, sous-préfète de l'arrondissement de l'Haÿ-les-Roses, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète du Val-de-Marne par arrêté n° 2021/660 en date du 1er mars 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour, notamment à l'effet de signer les " décisions () relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de l'Haÿ-les-Roses ", à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, si le caractère contradictoire de la procédure fait en principe obstacle à ce que le juge se fonde sur des pièces qui n'auraient pas été préalablement communiquées à chacune des parties, le tribunal peut toutefois en l'espèce se fonder régulièrement sur l'arrêté précité du 1er mars 2021, bien qu'il n'ait ni été produit par la défense, ni été communiqué aux parties, dès lors qu'il s'agit d'un acte réglementaire et régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Seine-et-Marne le 1er mars 2021 et qu'il est librement accessible et consultable, notamment sur le site Internet de la préfecture. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " I. - L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l''article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

4. M. B soutient que la décision attaquée est insuffisamment motivée dès lors que la préfète se serait exclusivement fondée sur l'avis de la commission du titre de séjour, sans véritablement étudier sa situation particulière et en particulier la promesse d'embauche délivrée le 13 janvier 2020 ainsi que les attaches familiales et sociales en France. Toutefois, la décision attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables en l'espèce. Elle précise également l'âge et la nationalité du requérant ainsi que la date et les conditions de son entrée sur le territoire national, l'obtention par celui-ci d'un titre de séjour le 14 mars 2011 d'une durée d'un an pour raisons médicales, le dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour en janvier 2020 au titre de l'admission exceptionnelle au séjour ainsi que la durée de sa présence en France et ses conditions de vie sur le territoire national. Il ne ressort pas, en outre, des termes de la décision que si la préfète fait état de l'avis de la commission du titre de séjour mentionnant notamment l'existence d'une promesse d'embauche, elle se soit exclusivement fondée sur cet avis. En tout état de cause, le respect de l'exigence de motivation d'une décision, qui relève de la légalité externe de la décision, s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus par la préfète. Ainsi, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire serait entachée d'un défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée, qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire national, la préfète du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des motifs de l'arrêté attaqué que la préfète du Val-de-Marne se soit estimée liée par l'avis de la commission du titre de séjour. Après avoir rappelé la teneur de cet avis, la préfète indique que M. B est célibataire sans charge de famille, que s'il mentionne un oncle en situation régulière chez lequel il est hébergé, il ne justifie par pour autant de l'intensité de ses liens, il ne démontre pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident sa mère, ses sœurs et sa fille née en janvier 2009 et où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète, en prenant l'arrêté attaqué, s'est crue en situation de compétence liée au regard de l'avis de la commission du titre de séjour et a méconnu l'étendue de sa compétence. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend depuis le 1er mai 2021 les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. M. B se prévaut de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité de ses liens en France dans la mesure où il réside régulièrement en France depuis 12 ans, qu'il réside chez son oncle, qui dispose d'une carte de résident de dix ans, qu'une grande partie de sa famille réside en France et notamment son oncle et sa femme ainsi que son cousin et des neveux, qui sont en situation régulière. Il se prévaut également de ses qualifications et de son expérience professionnelle en France et en particulier de la promesse d'embauche en date du 13 janvier 2020 établie par la société Hygiène concept pour un contrat à durée indéterminée à temps complet. Il expose également ne pas constituer une menace à l'ordre public. S'il n'est pas contesté par la préfecture que l'intéressé réside en France depuis douze ans, la seule production de la copie des titres de séjour et des cartes d'identité de personnes qu'il présente comme étant son oncle, sa tante, sa belle-sœur ainsi que ses cousins, cousines et neveux, sans produire aucun justificatif des liens de parenté qu'il invoque, est insuffisante pour établir l'intensité des liens familiaux et affectifs en France. En outre, il ne conteste pas disposer de famille proche au Mali, en l'espèce sa mère, ses sœurs et sa fille née en janvier 2009, ainsi que relevé par la préfète dans sa décision. Par ailleurs, il justifie avoir travaillé dans le cadre d'un contrat de travail à durée déterminée à temps partiel en qualité d'agent de service pour la société française de service groupe entre les mois de juin 2011 et août 2012, puis dans le cadre d'un contrat à durée déterminée de sept jours, entre les 20 et 27 avril 2013, en qualité de plongeur à temps partiel et pour la SARL Hygiène Concept entre les mois de septembre 2015 et d'octobre 2016 dans le cadre d'un emploi à temps partiel en qualité d'agent de service. Toutefois, ces expériences professionnelles d'une durée cumulée d'un peu plus de deux années ne témoignent ni d'une stabilité professionnelle, ni de l'acquisition de compétences particulières au cours de ses douze ans de présence en France, sans que la production d'une promesse d'embauche du 13 janvier 2020, demeurée sans effet du fait de la présence irrégulière en France de l'intéressé ne puisse témoigner d'une insertion professionnelle particulière. Par suite, et alors que les décisions attaquées ne sont pas fondées sur l'atteinte à l'ordre public, M. B n'établit pas que la préfète du Val-de-Marne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les dispositions précitées des articles L 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a repris à la date de la décision attaquée, les dispositions de l'ancien article L. 313-11 7° ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a repris depuis le 1er mai 2021 les dispositions de l'article L. 313-14 du code précité : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

10. Les circonstances exposées par M. B au point 8 ci-dessus ne sauraient suffire à constituer au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, seul applicable à la date de la décision attaquée et qui a repris les anciennes dispositions de l'article L. 313-14 du code précité, des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

11. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 8 qu'il n'est pas établi que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la Préfecture du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote , conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

La rapporteure,

S. C

Le président,

S. DEWAILLY La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

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