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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106945

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106945

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2021, Mme B C épouse A, représentée par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable 10 ans sur le fondement des dispositions de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien modifié dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable 1 an sur le fondement des dispositions du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié ou des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et personnalisé ;

- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts dès lors que sa communauté de vie avec son époux est réelle ;

- elle méconnaît les stipulations du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien modifié dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier de ces dispositions ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier de ces dispositions ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier de ces dispositions ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

La préfète du Val-de-Marne, à qui la présente procédure a été communiquée, n'a pas présenté d'observations, mais a transmis un mémoire en production de pièces le 2 août 2022.

Un mémoire, présenté pour Mme C a été enregistré le 5 mai 2023 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacote,

- et les observations de Me Milly, substituant Me Weinberg, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, épouse A, ressortissante algérienne née le 28 février 1982 à Iferhounene (Algérie), qui est entrée en France le 12 juin 2015 munie d'un visa de court séjour valable jusqu'au 24 juillet 2015, a obtenu la délivrance d'un certificat de résidence algérien valable du 3 mai 2019 au 2 mai 2020, en qualité de conjointe d'un ressortissant français. L'intéressée a sollicité le 26 août 2020 le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée de validité de 10 ans. Par un arrêté du 24 juin 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Mme C épouse A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français tiré du défaut de motivation :

2. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " I. - L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l''article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision portant refus de titre de séjour de Mme C comporte l'indication des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de titre de séjour, suffisante. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'obligation de quitter le territoire français vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à son fondement et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation de fait distincte que la décision refusant à Mme C la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'un défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de Mme C. A cet égard, la circonstance qu'elle aurait produit à l'appui de sa demande de délivrance de titre de séjour un nombre conséquent de documents attestant de la vie commune avec son époux, ce qui ne ressort pas des pièces du dossier, ne saurait révéler un défaut d'examen alors que la préfète du Val-de-Marne a considéré que tel n'était pas le cas. En outre, la circonstance que son frère, de nationalité française, et sa sœur, de nationalité algérienne, ainsi que d'autres membres de sa famille résideraient en France ne saurait révéler un défaut d'examen sur sa situation dès lors qu'elle n'établit pas plus avoir porté cette information à la connaissance des services chargés de l'instruction de sa demande. Enfin la circonstance que la décision contestée mentionne le nom de jeune fille de l'intéressée et non son nom marital est sans influence sur sa légalité.

5. En deuxième lieu, en se bornant à produire un document faisant état d'une adresse commune, principalement à Vitry-sur-Seine, avec son époux de nationalité française avec lequel elle est mariée depuis le 11 août 2018, ainsi que quelques contrats de travail à durée déterminée et quelques documents relatifs à ces emplois, alors qu'au demeurant certains de ces documents indiquent une autre adresse à Nancy, quelques documents bancaires ou de l'assurance maladie dont certains indiquent également une autre adresse à Nancy, quelques factures d'électricité, un avis d'impôt sur les revenus au titre de l'année 2018 et 2019 et une attestation d'hébergement peu circonstanciée de M. A ou des témoignages également peu circonstanciés faisant état d'une adresse à Paris, alors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport de l'enquête de police du 2 juin 2021 que la boîte aux lettres de l'adresse à laquelle la requérante allègue vivre avec son époux porte le nom de " A et Souffou " et qu'une femme du nom de Fatima Souffou, accompagnée de deux enfants en bas âge a indiqué aux enquêteurs ne pas connaître la requérante et vivre depuis longtemps avec M. A avec qui elle a eu des enfants, ne permettent pas de soutenir qu'en retenant qu'elle verse peu de documents permettant d'établir une communauté de vie avec M. A et en se fondant sur le rapport d'enquête précité, la préfète du Val-de-Marne a fondé sa décision sur des faits matériellement inexacts.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; () ". Aux termes de l'article 6 du même accord : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux () ".

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que la communauté de vie de Mme C avec M. A n'est pas établie. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation.

8. En quatrième lieu, aux termes l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () ; / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. En se bornant à soutenir qu'elle réside en France depuis 6 ans et que son frère et son neveu de nationalité française ainsi qu'une sœur titulaire d'une carte de résidence y résident également alors que la communauté de vie avec son époux n'est pas établie, qu'elle ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière et qu'il ressort ainsi des pièces du dossier qu'elle est sans charge de famille sur le territoire français mais n'affirme pas être dépourvue d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié et ces moyens doivent être écartés.

10. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Ces dispositions, qui sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

11. Il résulte des considérations qui précèdent sur les conditions de séjour sur le sol français de la requérante, ainsi que sa situation familiale et personnelle, qu'elle ne peut se prévaloir d'aucune circonstance humanitaire, ni d'aucun motif exceptionnel établissant que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Compte-tenu des circonstances énoncées aux points 5 et 9 de la présente décision, Mme C ne saurait soutenir que la décision contestée méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant, ainsi qu'il vient d'être dit, pas illégale, Mme C n'est pas fondée à invoquer le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

Le rapporteur,

J.-N. LACOTE

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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