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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106947

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106947

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSAURAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2021, Mme A E, représentée par Me Sauray, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2021 par lequel la Préfecture du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la Préfecture du Val-de-Marne de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Mme E soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence, le signataire ayant excédé ses pouvoirs en jugeant de la communauté de vie et de l'exercice de l'autorité parentale ;

- elle est entachée d'une erreur de visa et d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les articles L. 423-7 et L.423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la filiation de l'enfant est établie à son égard et que le père de l'enfant qui est français contribue à son entretien et à son éducation ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de son insertion professionnelle en France et de sa situation personnelle et familiale ;

- méconnaît les articles L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de sa situation personnelle et familiale ;

- méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L.311-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard de son intégration personnelle en France et de la violence qui règne en Haïti ;

- méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la décision met en doute la contribution du père à l'entretien et à l'éducation de l'enfant au regard de la différence d'âge entre les parents et de la reconnaissance anticipée de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu des conséquences d'une exceptionnelle gravité du refus de titre de séjour sur sa situation ;

- est entachée d'une erreur de fait quant à la présence en France de membres de sa famille.

La préfète du Val-de-Marne, à laquelle la requête a été communiquée, n'a pas présenté d'observations en défense.

Par ordonnance du 26 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 26 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante haïtienne née le 25 décembre 1994 à Aquin (Haïti), est entrée en France le 1er décembre 2019 munie d'un visa de court séjour et a sollicité le 20 avril 2021 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 27 mai 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021/660 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Val-de-Marne du même jour, Mme F H, sous-préfète de L'Haÿ-les-Roses, signataire de l'arrêté en litige, a reçu délégation du préfet du Val-de-Marne à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles, décisions engageant les crédits de l'Etat et documents relevant des attributions de l'État dans l'arrondissement de L'Haÿ-les-Roses", à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas celle prononcée en l'espèce par l'acte contesté. Par ailleurs, si le caractère contradictoire de la procédure fait en principe obstacle à ce que le juge se fonde sur des pièces qui n'auraient pas été préalablement communiquées à chacune des parties, le tribunal peut toutefois en l'espèce se fonder régulièrement sur l'arrêté précité, bien qu'il n'ait été produit ni par la défense, ni été communiqué aux parties, dès lors qu'il s'agit d'un acte réglementaire et régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne le même jour et qu'il est librement accessible et consultable, notamment sur le site Internet de la préfecture. En outre, le requérant ne saurait utilement soutenir que le signataire de l'acte a excédé les pouvoirs qui lui sont dévolus dès lors qu'il n'a pas statué sur les modalités d'exercice de l'autorité parentale ou sur la vie commune mais a simplement porté une appréciation sur les faits de l'espèce au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". La décision contestée portant refus de séjour est intervenue en réponse à la demande de Mme E tendant à l'obtention d'un titre de séjour présentée le 20 avril 2021, elle n'est ainsi pas fondée à invoquer à son profit le bénéfice des dispositions précitées. En outre, la circonstance que les services préfectoraux aient commis une erreur dans l'un des visas de la décision, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de visa et de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

4. En troisième lieu, la requérante ne peut se prévaloir utilement des dispositions de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, qui ont été abrogées par l'ordonnance du 23 octobre 2015 relatives aux dispositions législatives du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, l'arrêté contesté vise les dispositions de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la convention internationale des droits de l'enfant ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision comporte, en outre, les considérations de faits qui en constitue le fondement, conformément aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

6. En cinquième lieu, il résulte des dispositions précitées que l'étranger, père ou mère d'un enfant qui a la nationalité française pour être né en France et avoir été reconnu par l'un de ses parents de nationalité française, ne peut bénéficier d'un titre de séjour au regard de sa seule qualité de parent étranger d'un enfant français que s'il démontre que le géniteur français de l'enfant contribue à l'éducation et à l'entretien de ce dernier.

7. Au cas particulier, il ressort des pièces du dossier que Mme E est mère d'un enfant né en France le 20 juin 2020, reconnu de manière anticipée le 12 mars 2020 par M. G C, de nationalité française, cette reconnaissance ayant été réitérée lors de la naissance de l'enfant. La requérante fait valoir que le père de l'enfant participe à l'entretien et l'éducation de sa fille et, en particulier qu'il se déplace pour voir l'enfant toutes les semaines, qu'il s'occupe d'elle et participe financièrement à son éducation. Pour autant, elle ne produit qu'une attestation de M. C datée du 18 juin 2021 indiquant laconiquement s'occuper bien de sa fille et verser une pension alimentaire de 130 euros par mois pour les soins de l'enfant ainsi que le justificatif de deux ordres de virement à son nom respectivement d'un montant de 129 et 100 euros et en date des 22 mai et 17 juin 2021. Elle verse également au dossier 3 tickets de caisse en date du mois d'octobre 2020 et des 21 novembre et 21 décembre 2020 pour l'achat de lait infantile pour un montant moyen de 38 euros. Cette attestation et ces versements, ne sont toutefois pas suffisants en l'absence de précision sur les ressources du père pour établir qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. En outre, les attestations produites par Mme E, dont la rédaction est extrêmement concise, ne sont pas suffisantes, à elles-seules, pour établir le lien de parenté allégué avec Mme B E, MM. Chily Laurenard, Marvin E et Steeve E et l'existence de relations personnelles et familiales avec celle-ci. Elle ne justifie, également, que d'un contrat de travail à durée déterminée conclu en février 2021 et renouvelé jusqu'en juillet 2021 pour un emploi d'aide cuisinière. Il ne résulte pas de ces éléments que la décision attaquée aurait méconnu son droit à mener une vie familiale et personnelle, alors que l'intéressée séjournait en France depuis un an et demi à la date de la décision attaquée, ne vit pas avec le père de l'enfant et ne justifie pas d'une insertion familiale ou professionnelle particulière. Par ailleurs, en l'absence d'élément de nature à établir l'existence d'un lien affectif avec son père, la décision querellée ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, qui était âgé de moins d'un an à la date de la décision attaquée et n'était pas scolarisé. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait méconnu les dispositions des articles L.423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à supposer ce moyen ait été soutenu, qu'elle aurait commis une erreur d'appréciation.

8. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". L'article L.435-1 du même code dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, la préfète du Val-de-Marne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Elle n'a pas méconnu non plus les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celle de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant. En outre, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 311-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont abrogées depuis le 1er mai 2021.

10. En sixième lieu, le moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision, qui par elle-même n'implique pas le retour de l'intéressée dans son pays d'origine.

11. En septième lieu, en l'absence de précision sur le texte ou le principe qui aurait été méconnu, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

12. En huitième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'erreur de fait n'est pas établie concernant la présence de membre de la famille de la requérante en France. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. En neuvième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et à la Préfecture du Val-de-Marne.

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote , conseiller,

Lu en audience publique le 20 octobre 2022.

Le rapporteur,

S. D

Le président,

S. DEWAILLY La greffière,

H. BOURDAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière

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