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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106952

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106952

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDEAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 juillet 2021 et le 29 décembre 2022, Mme A C, représentée par Me Déat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a procédé au retrait de son titre de séjour, a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 12 436, 64 euros en réparations des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison des non renouvellements fautifs de ses récépissés puis de son titre de séjour ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 000 euros au titre des frais d'avocat qu'elle a dû exposer pour être assistée et conseillée dans ses démarches auprès de la préfecture ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi à raison de la gestion fautive de son dossier par les services de la préfecture ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux et personnalisé ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle n'a commis aucune fraude ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ces illégalités sont constitutives d'une faute dont elle est fondée à demander la réparation ;

- l'Etat a commis une faute dans la gestion de son dossier ;

- ces fautes lui ont causé un préjudice patrimonial tiré de la perte de revenus qui peut être évalué à la somme de 12 436, 64 euros, des frais d'avocat dans le cadre de l'instruction de son dossier qui peut être évalué à la somme de 2 000 euros et un préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 5 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 30 juillet 2021, Mme C déclare se désister de ses conclusions indemnitaires.

La préfète du Val-de-Marne, à qui la présente procédure a été communiquée, n'a pas présenté d'observations, mais a transmis un mémoire en production de pièces le 10 août 2021.

Par une ordonnance du 3 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mars 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacote,

- et les observations de Me Déart, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1974 à Berkane (Maroc), est entrée sur le territoire français le 1er mai 2012 munie d'un visa de long séjour en qualité de conjointe de français. Elle a obtenu un titre de séjour en cette qualité valable en dernier lieu du 14 avril 2017 jusqu'au 12 avril 2019. Par un arrêté du 22 juin 2021, la préfète du Val-de-Marne a procédé au retrait de son titre de séjour, a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Par sa requête, Mme C demande au tribunal, d'une part, l'annulation de cet arrêté et, d'autre part, la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 12 436, 64 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison des non renouvellements fautifs de ses récépissés puis de son titre de séjour, une somme de 2 000 euros au titre des frais d'avocat qu'elle a dû exposer pour être assistée et conseillée dans ses démarches auprès de la préfecture et une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi à raison de la gestion fautive de son dossier par les services de la préfecture.

Sur les conclusions à fin de désistement :

2. Par un mémoire enregistré le 30 juillet 2021, Mme C déclare se désister des conclusions indemnitaires de sa requête. Ce désistement est pur et simple. Dès lors, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme C, la préfète du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressée. A cet égard, ni la circonstance que les services chargés de l'instruction de sa demande lui auraient demandé à plusieurs reprises les mêmes documents ni le délai d'instruction de sa demande ne sauraient caractériser un défaut d'examen de sa situation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. ". Le préfet peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, pour retirer à tout moment une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude. Il appartient cependant à l'administration, et non au requérant dont la bonne foi se présume, d'apporter la preuve de la fraude.

5. Il ressort des pièces du dossier que pour procéder au retrait du titre de séjour de la requérante en sa qualité de conjointe de français valable du 14 avril 2017 jusqu'au 12 avril 2019, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur la circonstance que la communauté de vie entre les deux époux avait cessé avant que la requérante ne retire son titre de séjour à la préfecture le 12 mai 2017 sans en informer les services chargés de l'instruction de son dossier. La décision contestée se fonde en particulier sur un jugement de divorce du 22 février 2018 du tribunal de première instance de Berkane qui indique que l'intéressée a été chassée du domicile conjugal par son époux le 18 mars 2017 et que ce dernier a cessé de l'entretenir depuis lors. Mme C soutient qu'elle n'a quitté son domicile conjugal que le 26 septembre 2017 à la suite de violences exercées par son époux. A l'appui de ces allégations, Mme C produit divers documents adressés à elle et son époux conjointement, à savoir une facture d'électricité du mois de juillet 2017, un courrier d'un opérateur d'énergie d'août 2017, un courrier de Pôle emploi du 22 juin 2017 adressé à la requérante. Outre que ces documents, peu nombreux, qui attestent seulement de la domiciliation déclarée de Mme C et son ex-époux, ne suffisent pas à démontrer une communauté de vie, leur caractère probant est insuffisant au regard des termes de la décision de justice dont se prévaut la préfète. Toutefois, l'intéressée établit par les pièces qu'elle verse au dossier qu'elle s'est rendue au Maroc avec son ex-époux au mois d'août 2017 pour assister au mariage de sa sœur. En outre, Mme C produit une attestation du 7 novembre 2017 d'une assistante socio-éducative indiquant que, le 18 septembre 2017, elle a sollicité le centre médico-social pour organiser son départ du domicile conjugal à la suite de violences subies de la part de son ex-époux. Elle produit par ailleurs une plainte déposée le 26 septembre 2017 au commissariat de police de Valence contre son ex-époux dans laquelle elle indique vouloir quitter son domicile conjugal, ainsi qu'une attestation d'une animatrice du centre médico-social qui indique que l'intéressée est séparée de son mari depuis le 26 septembre 2017 à la suite de violences conjugales. Enfin, l'intéressée produit une autre attestation d'une bénévole du centre qui indique avoir vu le 22 septembre 2017 l'intéressée dans le bureau de l'assistante sociale, en larmes, que l'assistante sociale a appelé la sœur de l'intéressée pour qu'elle l'accueille et lui a conseillé de partir au plus vite du domicile conjugal. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier, en leur état, que la communauté de vie entre les deux époux avait cessé le 18 mars 2017. Dès lors, la préfète du Val-de-Marne n'établit pas, alors qu'il lui revenait de le faire, que Mme C aurait eu recours à des manœuvres frauduleuses pour entrer en possession de son titre de séjour. Il résulte ce qui précède que Mme C est fondée à soutenir qu'en procédant au retrait de son titre de séjour valable du 14 avril 2017 jusqu'au 12 avril 2019, la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur d'appréciation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Mme C se borne à soutenir qu'elle réside depuis le 1er mai 2012 en France où réside une sœur titulaire d'une carte de résident. Si Mme C allègue être en concubinage avec un ressortissant marocain titulaire d'une carte de résident, elle ne l'établit pas en se bornant à produire la copie d'une carte de résident d'un dénommé Ayad Fare. Par suite, l'intéressée, sans charge de famille sur le territoire français, qui n'établit pas être démunie d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans et qui ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle stable et inscrite dans la durée, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ne peut en conséquence qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a procédé au retrait de son titre de séjour, a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / () ".

10. Eu égard au motif d'annulation retenu et alors que la communauté de vie entre Mme C et son époux n'existe plus à la date du présent jugement, l'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de Mme C soit réexaminée. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement d'instance des conclusions indemnitaires de la requête de Mme C.

Article 2 : L'arrêté du 22 juin 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a procédé au retrait du titre de séjour de Mme C, a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de Mme C dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 4 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

Le rapporteur,

J.-N. LACOTE

La présidente,

C. LEDAMOISEL

La greffière,

H. BOURDAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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