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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106996

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106996

lundi 23 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106996
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMATOUANDOU MASSENGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juin 2021 au greffe du tribunal administratif de Montreuil et le 6 juillet 2021 au greffe du présent tribunal, complétée le 6 décembre 2022, M. B G A, représenté par Me Matouandou Massengo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 18 juin 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter sans délai et a fixé le pays de renvoi, ainsi que celle par laquelle a été prononcée une interdiction de retour pour une durée de deux ans,

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer sous astreinte et dans un délai fixé par le tribunal une autorisation provisoire de séjour le temps de cet examen, et de procéder sans délai à l'effacement de son inscription du fichier du système d'information Schengen,

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme de 1.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que cette décision a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée, et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 7 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 25 septembre 2020 rejetant le recours formé par M. A le 15 juin 2020 contre la décision en date du 31 janvier 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande d'asile ;

- l'ordonnance de la présidente désignée de la Cour nationale du droit d'asile en date du 15 juin 2021 rejetant le recours formé par M. A le 28 avril 2021 contre la décision en date du 5 mars 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait déclaré irrecevable sa demande de réexamen de sa demande d'asile ;

- l'ordonnance du président du tribunal administratif de Montreuil en date du 22 juin 2021 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M. A, au motif de la domiciliation postale de l'intéressé à Créteil (Val-de-Marne), à l'association France Terre d'Asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 8 décembre 2022, en présence de Mme Ledrin, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu les observations de Me Matouandou Massengo, représentant M. A, requérant, absent, qui maintient ses conclusions.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, dûment convoqué, n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B G A, ressortissant sénégalais né le 13 décembre 1985 à Dakar, entré en France le 16 novembre 2018 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée en dernier lieu le 15 juin 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. En application du b) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son droit au maintien sur le territoire a pris fin à la date du 5 mars 2021. Interpellé le 18 juin 2021 pour des faits de vente à la sauvette, il a fait l'objet, le même jour, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour pour une durée de deux ans. Il a contesté la légalité de cette décision devant le tribunal administratif de Rennes, par une requête enregistrée le 18 juin 2021, qui a été transmise au présent tribunal en raison de la domiciliation postale de l'intéressé à Créteil, à l'association France Terre d'Asile, sous le numéro 2U29357.

2. D'une part, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ()". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () " . Aux termes enfin de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1191 du 18 mai 2021, régulièrement publié le 19 mai 2021 au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à Madame F E, attachée d'administration de l'Etat, adjointe au chef du bureau de l'éloignement à la direction des étrangers et des naturalisations de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, qui a signé l'arrêté attaqué, délégation à l'effet notamment de signer toutes les décisions entrant dans le cadre des attributions de son bureau, parmi lesquelles figurent les obligations de quitter le territoire français et les décisions qui les accompagnent. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision contestée du 19 juin 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé a vu son droit au maintien sur le territoire français cesser à la date du 18 mars 2021, qu'il n'avait sollicité aucune délivrance d'un titre de séjour et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige, en toutes ses décisions, doit être écarté.

6. En troisième lieu, si l'intéressé soutient que la décision du préfet porte une atteinte grave et manifestement disproportionnée à sa situation personnelle, il n'apporte à l'appui de ses dires aucun élément permettant de juger du bien-fondé de ce moyen qui ne pourra donc qu'être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 18 juin 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français ainsi que celles qui l'accompagnent, lui refusant un délai de départ, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour pour une durée de deux ans qui ne sont pas dépourvues de base légale.

8. Par suite, la requête de M. A sera donc rejetée dans l'ensemble de ses composantes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B G A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé M. C

La greffière,

Signé M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. D

2106996

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