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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107036

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107036

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2021, M. C A, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2021 par lequel le préfet de Seine-et Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour " salarié " dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, subsidiairement, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions d'astreinte et de délai ;

4°) de mettre à la charge de l'État (préfecture de Seine-et-Marne) la somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Seze, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

M. A soutient que l'arrêté attaqué:

- est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- méconnaît l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée à la préfecture de Seine-et-Marne qui n'a pas produit d'observations.

Par ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 octobre 2022 à midi.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2021.

Par ordonnance n° 2107042 du 11 août 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Melun, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du préfet de Seine-et-Marne en date du 24 juin 2021 et a enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer et de statuer sur la demande de titre présentée par M. A, dans un délai de deux mois à compter de la présente ordonnance, après lui avoir délivré sans délai une autorisation provisoire de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme D a été entendue en son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant malien né le 18 juillet 2002 à Kokofata (Mali), est entré en France, selon ses déclaration en mars 2018. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance en tant que mineur étranger isolé à compter du 1er mars 2019 jusqu'à sa majorité. Il a sollicité en mars 2020 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L.313-15, devenu L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 22 juillet 2020, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par jugement du 6 novembre 2020, le tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du préfet de police de B en date du 22 juillet 2020 et a enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation. Par arrêté du 24 juin 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 18 août 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. A. Par suite, cette demande est devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant alors notamment qu'il n'est ni établi, ni même allégué que l'intéressé aurait transmis au préfet la promesse d'embauche de la société Logisur en date du 18 juin 2021 et l'attestation d'inscription à l'Institut Némo datée du 10 juin 2021, qui étaient très récentes à la date de la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

6. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

7. Il ressort des éléments du dossier que M. A est entré seul sur le territoire national courant mai 2018, à l'âge de 15 ans et dix mois, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance par jugement du juge des enfants du tribunal pour enfants de B en date du 28 février 2019 à compter du 1er mars 2019, alors qu'il était âgé de 16 ans et huit mois, jusqu'à sa majorité. Il a ensuite bénéficié d'un contrat jeune majeur jusqu'au 31 août 2020. Toutefois, s'il produit un contrat d'apprentissage pour l'obtention d'un certificat d'apprentissage professionnel de boulanger en date du 1er octobre 2019, M. A n'établit pas avoir poursuivi jusqu'à son terme cette formation. Par ailleurs, il a été intégré au pôle de mobilisation de la mission locale Nord-Est 77 du 20 décembre 2019 au 15 janvier 2021, afin d'être accompagné dans la définition d'un projet professionnel et a été orienté vers l'école de la deuxième chance de Seine-et-Marne, où il est entré en formation le 20 décembre 2019. M. A produit une attestation de compétences acquises établie le 2 juillet 2021 pour l'école de la deuxième chance pour le suivi d'un parcours de formation en alternance du 20 décembre 2019 au 15 janvier 2021, correspondant à 1085 heures de formation à l'école et à un mois de stage dans une entreprise de logistique. Cependant,

il ne produit pas les compétences qu'il aurait validé au cours de cette formation, qui au regard des éléments produits s'analyse comme plutôt en une remise à niveau scolaire et en une aide à l'intégration professionnelle de sorte qu'elle ne peut être considérée, eu égard à son objet, comme une formation professionnelle qualifiante au sens des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De même, la participation à un atelier de cuisine organisé par l'AFPA entre les 24 et 28 février 2020, qui s'inscrit dans ce processus d'intégration professionnelle, ne répond pas aux exigences posées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, à la date du 24 juin 2021, il justifiait uniquement avoir rempli le 6 avril 2021 un dossier de candidature pour suivre une formation en logistique au sein de l'établissement Campus Promotrans et disposer d'une promesse d'embauche, à compter du 21 juin 2021 de la société Logisur en tant qu'apprenti agent polyvalent sous réserve de l'établissement d'un contrat de travail, des résultats de la visite d'information et de prévention obligatoire et d'une attestation d'inscription au sein de l'Institut Nemo sous réserve d'un contrat professionnel, en vue de préparer la formation d'agent magasinier. Il ne justifiait donc pas du suivi d'une formation professionnelle qualifiante depuis six mois à la date de la décision attaquée, quand bien même postérieurement au 24 juin 2021, le directeur de l'institut Némo atteste que l'intéressé demeure inscrit au sein de son établissement mais que sa formation n'avait pu débuter faute d'autorisation de travail. En outre, si l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet quatre jours seulement après avoir atteint son dix-huitième anniversaire, a été annulée en novembre 2020 et si sa demande de titre de séjour formulée courant mars 2020 n'avait pu être traitée en raison de la crise sanitaire, force est de constater, qu'il ne justifiait pas à ces dates d'une formation qualifiante au sens des dispositions précitées. Par suite, et nonobstant le caractère positif du rapport éducatif établi le 29 avril 2019 dans le cadre de son suivi par l'aide sociale à l'enfance, le préfet de Seine-et-Marne était fondé à lui refuser la délivrance du titre de séjour sollicité sur ce fondement.

8. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A justifie d'une présence sur le territoire national depuis le mois de mai 2018, alors qu'il était âgé de 15 ans et 10 mois et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, durant sa minorité, entre le 1er mars 2019 et sa majorité, puis dans le cadre d'un contrat jeune majeur, jusqu'en août 2020. Toutefois, ainsi qu'il ressort des éléments développés au point 7, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière en France. En outre, M. A est célibataire et sans attache familiale en France alors qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attache dans son pays d'origine où réside encore sa mère et qu'il avait quitté depuis trois ans seulement à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ressort de ce qui vient d'être dit que le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit à mener une vie privée et familiale normale.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2021, par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle de M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E et à la Préfecture de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote , conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023

La rapporteure,

S. D

Le président,

S. DEWAILLY La greffière,

H. BOURDAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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