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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107131

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107131

jeudi 18 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAMELLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 29 juillet et 14 septembre 2021, Mme D C, représentée par Me Amellou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2021 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

* a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire et du droit d'être entendu ;

* est entachée d'une erreur de fait ;

* est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des articles 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2021, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E ;

- les observations de Me Amellou, représentant Mme C assistée de Mme B épouse A qui, après avoir prêté serment à l'audience, a exercé à titre exceptionnel la fonction d'interprète en langue thaïlandaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- Mme C.

Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h25.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante thaïlandaise, née le 8 avril 1968 à Khon Kaen (Royaume de Thaïlande), est entrée en France dans la zone Schengen par la République d'Autriche le 9 juillet 2001 et en France mi-juillet 2001 selon ses déclarations. L'intéressée a été interpellée le 10 juin 2021 lors d'un contrôle d'identité effectué sur son lieu de travail et a été placée le jour même en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par arrêté du 10 juin 2021, le préfet de police de Paris a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 10 juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, ainsi qu'elle l'a affirmé lors de son audition du 10 juin 2021 à 13 heures 30, dispose d'un passeport valide et justifie être entrée légalement dans la zone Schengen par l'Autriche le 9 juillet 2001 même si elle ne justifie pas de son entrée en France. Elle justifie de tous ses passeports, dont la validité du premier a été étendue au consulat du Royaume de Thaïlande à Paris en 2004, qui ne portent aucune mention d'une sortie du territoire. Elle justifie avoir tenté à de plusieurs reprises de solliciter un titre de séjour en France. Elle justifie également avoir travaillé, avec un contrat à durée indéterminée à temps plein, d'avril 2017 à janvier 2021. Elle justifie être hébergée chez la même famille depuis avril 2004, ce que confirme au demeurant les documents présentés à son nom. Enfin, elle présente sept attestations dont certaines sont particulièrement circonstanciées sur sa présence dans la famille qui l'héberge depuis 2004 précisant qu'elle a été la nourrice du plus jeune de la famille, et précisant ses qualités humaines et relationnelles tant au sein de la famille qu'au sein de son cercle d'amis. Si ces attestations sont postérieures à la décision en litige, elles révèlent clairement une situation préexistante depuis de nombreuses années. Dans ces conditions, en obligeant Mme C à quitter le territoire français, le préfet de police de Paris a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 10 juin 2021 par laquelle le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de l'autre décision attaquée, privée de base légale, par laquelle cette autorité a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet de police de Paris réexamine la situation de Mme C et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

7. L'annulation prononcée induit nécessairement que l'administration efface le signalement dont elle fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission mentionnée à l'article 4 de l'arrêté attaqué. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

8. Enfin, les annulations prononcées n'impliquent aucune autre injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 juin 2021 par lequel le préfet de police de Paris a obligé Mme D C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme D C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de Mme D C dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'État (préfet de police de Paris) versera à Mme D C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : G. E

La greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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