mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2107135 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ARENTS-TRENNEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet 2021 et 2 novembre 2021, l'association " Vivre mieux ", représentée par sa gérante en exercice Mme A, et par Me Trennec, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a ordonné la cessation des activités de stockage et de distribution/vente de produits frais et surgelés de l'épicerie solidaire " Mieux vivre au 22 rue de la mare Blanche à Noisiel " ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée;
- elle méconnaît le principe du contradictoire ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par l'association " Vivre mieux ", ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B
- - et les conclusions de M. Zanella, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 1er avril 2021, le préfet de Seine-et-Marne a ordonné la cessation des activités de stockage et de distribution/vente de produits frais et surgelés de l'épicerie solidaire " Mieux vivre " située au 22 rue de la mare Blanche à Noisiel, en raison de la méconnaissance de règles d'hygiène. Par la requête susvisée, l'association " Vivre Mieux ", représentée par sa présidente en exercice, demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n°20/BC/008 du 10 février 2020 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 11 février 2020, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation de signature à de M. Le Vély, secrétaire général de la préfecture, à l'effet notamment de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Seine-et-Marne à l'exception des arrêtés de conflit et des réquisitions des forces armées. Dès lors le moyen tiré du défaut de compétence du signataire de la décision contestée, qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué se fonde sur les dispositions de l'article L. 233-1 du code rural et de la pêche maritime. Il rappelle ensuite les graves manquements aux règles d'hygiène et de stockage d'aliments périssables tels que relevés dans l'établissement visité par l'inspecteur de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations de Seine-et-Marne. Il indique alors que ces manquements sont de nature à présenter des dangers pour la santé publique et qu'il y a urgence à ce que des mesures soient prises pour préserver la santé publique. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code rural et de la pêche maritime : " I. - Lorsque, du fait d'un manquement à l'article L. 231-1 ou à la réglementation prise pour son application, un établissement présente ou est susceptible de présenter une menace pour la santé publique, les agents habilités à cet effet peuvent mettre en demeure l'exploitant de réaliser, dans un délai qu'ils déterminent, les travaux, les opérations de nettoyage, les actions de formation du personnel et les autres mesures nécessaires à la correction de ce manquement ainsi que le renforcement des autocontrôles. / L'exploitant est invité à présenter ses observations écrites ou orales dans le délai qui lui est imparti à compter de la réception de la mise en demeure, le cas échéant en se faisant assister par un conseil de son choix ou en se faisant représenter. En cas d'urgence et pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé publique, l'autorité administrative peut ordonner la fermeture immédiate de tout ou partie de l'établissement ou l'arrêt immédiat d'une ou de plusieurs de ses activités jusqu'à la réalisation des mesures permettant la réouverture de l'établissement ou la reprise des activités sans risque pour la santé publique. / Toute décision prise en application du présent I peut enjoindre à l'exploitant de l'établissement d'afficher, en un endroit visible de l'extérieur, l'intégralité ou un extrait de cette décision. / II. - Si, à l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, l'exploitant n'a pas mis en œuvre les mesures prescrites, l'autorité administrative peut :/ 1° Obliger l'exploitant à consigner entre les mains d'un comptable public une somme correspondant au montant des mesures correctives prescrites, laquelle est restituée à l'exploitant au fur et à mesure de leur exécution. Il est procédé au recouvrement de cette somme comme en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine. Pour le recouvrement de cette somme, l'Etat bénéficie d'un privilège de même rang que celui prévu à l'article 1920 du code général des impôts ; / 2° Faire procéder d'office, aux frais de l'exploitant, à l'exécution des mesures correctives prescrites. Les sommes consignées en application du 1° du présent II peuvent être utilisées pour régler les dépenses entraînées par l'exécution d'office des mesures prescrites ; / 3° Si le délai imparti pour la réalisation des mesures prescrites ne peut être prolongé sans risque pour la santé publique, ordonner la fermeture de tout ou partie de l'établissement ou l'arrêt d'une ou de plusieurs activités jusqu'à la réalisation des mesures prescrites. / Sauf en cas d'urgence, les mesures prévues au présent II sont prises après que l'exploitant a été mis à même de présenter ses observations dans un délai déterminé, le cas échéant en se faisant assister par un conseil de son choix ou en se faisant représenter ".
6. D'une part, si la requérante soutient que le préfet de Seine-et-Marne ne se trouvait pas à la date du 1er avril dans des conditions d'urgence et de gravité telles qu'il ne pouvait pas s'affranchir de la procédure contradictoire, il ressort au contraire des pièces du dossier et notamment des énonciations non contestées de l'arrêté attaqué que suivant un rapport établi le 25 mars 2021 par des contrôleurs de la direction régionale et inter-départementale de l'hébergement et du logement (DRIHL ), l'association " Vivre mieux " a mis en vente de nombreuses denrées réfrigérées avec une date limite de consommation dépassée, y compris des viandes hachées congelées, correspondant à environ 30 kg de denrée à détruire. Le même constat a été effectué par des agents de la direction départementale de la protection des populations (DDPP) de Seine-et Marne qui, dans leur rapport établi le 31 mars 2021, ont relevé de nombreuses non-conformité, avec pour toutes les denrées, la présence de moisissures non technologiques et pour une partie d'entre elles une absence de traçabilité empêchant de gérer efficacement une éventuelle alerte alimentaire. Ce rapport mentionne que pour les denrées très périssables, leur sécurité n'est plus garantie à l'expiration de la date limite de consommation du fait que certains germes pathogènes, comme le listeria monocytogène, sont susceptibles de se multiplier tout au long de la vie du produit réfrigéré non stabilisé. Il en est de même pour les denrées à conserver réfrigérées exposées à des températures trop élevées par rapport aux cibles réglementaires ou aux indications des fabricants, de sorte que leur qualité et leur sécurité ne sont plus garanties, de nombreux germes de putréfaction ou pathogènes pouvant alors se multiplier dans les denrées. Ce dernier rapport conclut que " les températures des denrées stockées ne sont pas maîtrisées, la quasi-totalité des denrées alimentaires réfrigérées, des fruits et des certaines boites de conserve stockées présentent des non-conformités (par exemple : DLC dépassées, moisissures, cabosses, ) ayant fait l'objet d'aucune action correctives. Le plan de maîtrise sanitaire de l'établissement n'est pas connu ou n'a pas été assimilé par le personnel de l'établissement caritatif ". Il ressort également des pièces du dossier que les consommateurs de ces produits sont des personnes particulièrement vulnérables et que ces comportements sont de nature à porter atteinte à la santé et à la salubrité publiques. Dans ces conditions, alors que les dispositions précitées de l'article L. 233-1 du code rural et de la pêche maritime ont notamment pour objet la mise en place de prescriptions pour prévenir les dangers graves et imminents de contamination des aliments et d'intoxication alimentaire, les manquements constatés par l'administration révélaient une telle situation et par suite, l'urgence à ordonner une fermeture immédiate de l'établissement. Il suit de là que le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure pour ne pas avoir été pris sans mise en demeure ni procédure contradictoire préalables doit être écarté.
7. D'autre part, les dispositions des deux premiers alinéas de l'article L. 233-1 du code rural et de la pêche maritime précités permettent au préfet de prononcer la fermeture d'un établissement présentant ou susceptible de présenter une menace pour la santé publique afin qu'il soit mis en conformité avec les règlementations que ces dispositions mentionnent. En principe, une telle décision intervient pour que soient réalisées les mesures correctives ordonnées par l'administration et prévoit la réouverture de l'établissement lorsque les services compétents auront constaté sa mise en conformité.
8. Si la requérante entend se prévaloir d'une formation suivie a posteriori, par sa présidente et ainsi avoir pu prendre des mesures correctives, elle n'établit pas que, conformément aux dispositions de l'article 2 de l'arrêté querellé, la réalisation des mesures correctives nécessaires pour résoudre les non-conformités relevées a été constatée par des agents habilités afin de permettre l'abrogation totale ou partielle de cet arrêté. Elle ne conteste pas, par ailleurs, la réalité des faits qui lui sont reprochés. Il ressort au surplus des pièces du dossier que l'établissement exploité par l'association requérante a déjà fait l'objet en 2018 de constats de non-conformité établis par un rapport d'inspection de la direction départementale de la protection de populations (DDPP) de Seine-et-Marne ainsi que d'un arrêté de cessation des activités de stockage et de distribution/vente de produits frais et surgelés notifié le 23 juillet 2018. Dans ces conditions, les prescriptions prises par le préfet de Seine-et-Marne, eu égard au caractère répété et à la gravité des dysfonctionnements qui y ont été relevés, ne revêt pas un caractère disproportionné.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par l'association " Vivre mieux " doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que le conseil de l'association " Vivre mieux " demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association " Vivre mieux " est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Vivre mieux ", et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. C, président,
Mme Morisset, conseillère,
M. Cabal, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
La rapporteure,
A. B
Le président,
M. CLa greffière,
L. DARNAL
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026