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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107161

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107161

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107161
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSMAIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Smail, demande au tribunal :

1°) de condamner le grand hôpital de l'Est francilien (GHEF), à lui verser la somme de 11 959,50 euros en réparation des conséquences dommageables des conditions de sa prise en charge au centre hospitalier de Marne-la-Vallée les 6, 9 et 20 avril 2018 ;

2°) de mettre à la charge du GHEF les dépens ainsi que la somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute du GHEF est engagée à raison d'un retard de diagnostic de son hémorragie méningée et de la luxation de son poignet droit, d'un retard dans la prise en charge chirurgicale de cette luxation, de la réalisation fautive d'une manchette plâtrée trop longue ainsi que d'une attente anormalement longue dans les couloirs de l'hôpital avant son opération ;

- le retard de diagnostic et de prise en charge chirurgicale de la luxation de son poignet droit lui a fait perdre 50% de chance d'échapper à l'algodystrophie dont il souffre ;

- il est ainsi fondé à demander réparation de son préjudice personnel à hauteur des sommes suivantes : 3 000 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ; 2 126 euros au titre des souffrances endurées ; 5 693,50 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ; 1 140 euros au titre du préjudice d'agrément.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, le GHEF, représenté par Me Boileau, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- et à titre subsidiaire, à ce que la condamnation prononcée à son encontre soit limitée à la somme de 635,50 euros.

Il soutient que :

- si le retard dans l'établissement du diagnostic n'est pas contesté, il n'existe pas de lien de causalité entre la faute commise par le GHEF et l'algoneurodystrophie dont souffre le requérant ;

- à titre subsidiaire, l'indemnisation des préjudices personnels du requérant devra être limitée à la somme de 635, 50 euros.

Par un mémoire, enregistré le 8 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines a fait savoir au tribunal qu'elle n'entendait pas intervenir dans l'instance introduite par M. A.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère

- et les conclusions de Mme Linda Mentfakh, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 avril 2018, M. A a été conduit par les pompiers aux urgences du centre hospitalier de Marne-la-Vallée, à la suite d'un accident de voiture. Après un examen clinique et une radiographie du poignet, seule une contusion du poignet droit a été diagnostiquée et l'intéressé a été renvoyé à son domicile avec une attelle. Le 9 avril 2018, M. A s'est présenté à nouveau au service des urgences du centre hospitalier de Marne-la-Vallée, se plaignant de vertiges, de céphalées et d'un œdème important au dos de la main droite. Une scanographie cérébrale a révélé une hémorragie méningée et M. A a été hospitalisé pour observation jusqu'au 10 avril 2018. Le 19 avril suivant, souffrant de fortes douleurs ainsi que d'un œdème au niveau de la main droite, il a consulté un chirurgien orthopédique du centre hospitalier de Marne-la-Vallée qui a, alors, diagnostiqué une luxation complète du carpe droit qui a nécessité une intervention chirurgicale le lendemain. M. A a ensuite été plâtré jusqu'au 26 juillet 2018. Des radiographies réalisées les 16 août et 26 septembre 2018 ont révélé que M. A souffrait une algoneurodystrophie. Après avoir saisi, dans le cadre de la procédure de règlement amiable prévue par l'article L. 1142-7 du code de la santé publique, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (CCI) d'Ile-de-France, qui s'est déclarée incompétente, M. A demande au tribunal de condamner le grand hôpital de l'Est francilien (GHEF), qui vient aux droits et obligations du centre hospitalier de Marne-la-Vallée, à lui verser une indemnité en réparation des conséquences dommageables de sa prise en charge les 6, 9, et 20 avril 2018.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui la responsabilité du groupe hospitalier Est francilien :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".

3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expert désigné par la CCI que les radiographies réalisées le 6 avril et le 9 avril 2018 du poignet droit de M. A ont été interprétées toutes deux, de manière erronée, comme normales alors qu'elles montraient clairement une luxation du poignet droit et qu'en conséquence, le diagnostic de luxation du poignet droit n'a été fait ni le 6 avril 2018 ni le 9 avril 2018 par le service des urgences du centre hospitalier de Marne-la-Vallée mais seulement le 19 avril 2018 par le chirurgien orthopédique consulté par le requérant qui a, alors, immédiatement retenu la nécessité d'une intervention chirurgicale. Dans ces conditions, le retard dans l'établissement du diagnostic de luxation du poignet droit qui a été à l'origine d'un retard de prise en charge chirurgicale constitue une faute de nature à engager la responsabilité du GHEF.

4. En revanche. il résulte de l'instruction et de l'expertise diligentée par la CCI, que la luxation du poignet dont souffrait M. A a été parfaitement réduite et correctement immobilisée par brochage lors de l'intervention chirurgicale du 20 avril 2018. Si M. A soutient, en s'appuyant sur le rapport non contradictoire du médecin-conseil de son assureur, d'une part, que sa prise en charge le 20 avril 2018, jour de l'intervention chirurgicale, a eu lieu dans de mauvaises conditions en raison d'un délai d'attente dans le couloir et, d'autre part, que la manchette plâtrée qui lui a été posée le même jour était trop longue, l'expert spécialisé en chirurgie orthopédique désigné par la CCI a estimé, au regard du dossier médical qui lui était soumis et de l'examen du requérant, que la prise en charge de la luxation du poignet droit avait été conforme aux règles de l'art. Par suite, aucune faute ne peut être retenue à l'encontre du GHEF sur ce fondement.

5. Enfin, s'il est constant qu'une scanographie cérébrale n'a été effectuée que le

9 avril 2018 à la suite des céphalées et vertiges présentés par le requérant et qu'à cette occasion a été diagnostiquée une hémorragie méningée minime ne nécessitant aucune intervention chirurgicale, il ne résulte pas de l'instruction et notamment de l'expertise diligentée par la CCI, qu'au vu de l'examen clinique de M. A le 6 avril 2018, l'absence de réalisation d'une scanographie le même jour constitue une faute de nature à engager la responsabilité du GHEF sur ce fondement.

En ce qui concerne le préjudice indemnisable :

6. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expert désigné par la CCI que, la date de consolidation de l'état de santé de M. A peut être fixée au 30 mars 2019 et qu'en outre, l'algoneurodystrophie modérée que présente M. A et plus globalement, l'évolution de son état de santé postérieurement à l'intervention chirurgicale du 20 avril 2018 sont en lien direct avec la sévérité de son traumatisme initial.

S'agissant des postes de préjudice temporaire :

7. En premier lieu, si M. A demande l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire qu'il a subi du 6 avril 2018 au 14 janvier 2019, il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expertise que seule la période de déficit fonctionnel temporaire du 6 au 19 avril 2018 est directement imputable à la faute du GHEF à hauteur de 25 %. Il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence qui en ont résulté en lui allouant à ce titre une somme de 70 euros.

8. En deuxième lieu, M. A a enduré des souffrances en lien avec le retard de diagnostic de la luxation de son poignet droit estimées à 1 sur une échelle de 1 à 7 par l'expert désigné par la CCI. Il sera fait une juste appréciation de ces souffrances en lui allouant une somme de 1 000 euros.

9. En troisième lieu, s'il résulte de l'instruction que M. A reste atteint, après consolidation de son état de santé, d'un déficit fonctionnel permanent résultant de la raideur du son poignet droit, qui peut être évalué à 6 %, celui-ci n'est imputable qu'au traumatisme initial et non pas au retard fautif de diagnostic du GHEF. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander une indemnisation au titre de ce poste de préjudice.

10. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point précédent, M. A n'est pas fondé à demander une indemnisation au titre de son préjudice d'agrément.

11. Il résulte de ce qui précède que le grand hôpital de l'Est francilien doit être condamné à verser à M. A une somme de 1 070 euros.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge du grand hôpital de l'Est francilien une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande le grand hôpital de l'Est francilien à ce titre.

D E C I D E:

Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et à l'Etat.

Article 2 : Le grand hôpital de l'Est francilien est condamné à payer à M. A une somme de 1 070 euros.

Article 3 : Le grand hôpital de l'Est francilien versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au grand hôpital de l'Est francilien, à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

M. Cyril Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. GallaudLe président,

T. Gallaud

La greffière,

C. Kiffer

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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