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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107335

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107335

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantLUDOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 août 2021 et 8 novembre 2021, Mme D C, représentée par Me Landot, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2021 par lequel le maire de la Queue-en-Brie a ordonné l'interruption des travaux sur un terrain cadastré section AV n° 4 situé Route de Brie (La Queue-en-Brie).

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit dès lors que le défrichement d'un espace boisé classé est autorisé jusqu'à 5 000 mètres carrés ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors que les gravats ne sont pas des déchets de chantier ;

- elle ne savait pas qu'une autorisation d'urbanisme était nécessaire.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par des mémoires, enregistrés les 7 octobre 2021 et 18 juillet 2022, la commune de la Queue-en-Brie, représentée par son maire en exercice, a présenté des observations. Elle conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit enjoint à la requérante, d'une part, de remettre le terrain en état et, d'autre part, de mettre fin aux travaux sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne contient l'exposé ni de faits précis, ni de moyens ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Zanella, rapporteur public,

- et les observations de Me Ludot, représentant Mme C, et de M. E, représentant la commune de la Queue-en-Brie.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C a fait l'objet d'un procès-verbal d'infraction aux règles d'urbanisme dressé le 22 juillet 2021 pour avoir effectué, sans autorisation, des coupes d'arbres sur un terrain lui appartenant cadastré section AV n° 4 situé au Route de Brie sur le territoire de la commune de La Queue-en-Brie. Par un arrêté du 23 juillet 2021, le maire de cette commune a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, ordonné à Mme C d'interrompre ces travaux. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du 3ème alinéa de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. ". L'article L. 480-2 du même code dispose que " L'interruption des travaux peut être ordonnée soit sur réquisition du ministère public agissant à la requête du maire, du fonctionnaire compétent ou de l'une des associations visées à l'article L. 480-1, soit, même d'office, par le juge d'instruction saisi des poursuites ou par le tribunal correctionnel. / () / Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : () g) Les coupes et abattages d'arbres dans les bois, forêts ou parcs situés sur le territoire de communes où l'établissement d'un plan local d'urbanisme a été prescrit, ainsi que dans tout espace boisé classé en application de l'article L. 113-1 ; () ". Aux termes de l'article R. 421-23-2 du même code : " Par exception au g de l'article R. 421-23, une déclaration préalable n'est pas requise pour les coupes et abattages : / 1° Lorsque le propriétaire procède à l'enlèvement des arbres dangereux, des chablis et des bois morts ; / 2° Lorsqu'il est fait application des dispositions du livre II du code forestier ; / 3° Lorsqu'il est fait application d'un plan simple de gestion agréé conformément aux articles L. 312-2 et L. 312-3 du code forestier, d'un règlement type de gestion approuvé conformément aux articles L. 124-1 et L. 313-1 du même code ou d'un programme des coupes et travaux d'un adhérent au code des bonnes pratiques sylvicoles agréé en application de l'article L. 124-2 de ce code ; / 4° Lorsque les coupes entrent dans le cadre d'une autorisation par catégories définies par arrêté préfectoral, après avis du Centre national de la propriété forestière. / La demande d'autorisation de défrichement présentée en application des articles L. 312-1 et suivants du code forestier dans les cas prévus au troisième alinéa de l'article L. 113-2 vaut déclaration préalable de coupe ou d'abattage d'arbres au titre de cet article. ". Aux termes de l'article 1 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone " N " : " 1.1. Usages et affectations des sols, types d'activités, destinations et sous-destinations interdits / Dans l'ensemble de la zone N sont interdits tous les usages et affectations des sols, types d'activités, destinations et sous-destinations, à l'exception de ceux soumis à des conditions particulières à l'article / Dans les Espaces boisés classés, au titre des articles L.113-2 et L.421-4 du Code de l'urbanisme : / Le classement en Espace Boisé Classé interdit tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements. Y sont notamment interdits, les recouvrements du sol par tous matériaux imperméables : ciment, bitume ainsi que les remblais. Les coupes et abattages d'arbres sont soumis à déclaration préalable. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'infraction du 22 juillet 2021 et n'est pas utilement contesté, que les coupes d'arbres constatées ont été effectuées sur la parcelle cadastré section AV n° 4 en lisière de la forêt domaniale de Notre-Dame, qui correspond à un espace boisé classé au sens de l'article L. 113 1 du code de l'urbanisme, la parcelle étant classée par ailleurs en zone N du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de la Queue-en-Brie. Il résulte des dispositions citées au point précédent que toutes coupes et abattages d'arbres sont soumis à déclaration préalable et que sont interdits, les recouvrements du sol par tous matériaux imperméables : ciment, bitume ainsi que les remblais.

5. D'une part, la requérante, qui se borne à soutenir qu'elle a procédé au nettoyage de son terrain, n'apporte au soutien de son allégation aucun élément permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. En outre, elle ne saurait utilement soutenir que les coupes d'arbres auxquelles elle a procédé n'étaient pas soumises à la procédure de déclaration préalable en application des dispositions des articles L. 341-1 et suivants du code forestier dès lors que ces dispositions n'ont pas pour objet de dispenser d'autorisation d'urbanisme certaines coupes d'arbres, y compris en l'absence de défrichement, lorsqu'elles s'effectuent dans un espace boisé classé en application de l'article L. 113-1 de ce code.

6. D'autre part, la requérante ne conteste pas sérieusement avoir procédé à des dépôts de gravats sur le terrain objet du litige. Dans ces conditions, la circonstance que ceux-ci ne seraient pas des " déchets de chantier " tels que qualifiés dans l'arrêté attaqué mais des " gravats de démolition " est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

7. En second lieu, la circonstance que Mme C ignorait que les travaux qu'elle avait entrepris étaient soumis à déclaration préalable est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, nul n'étant censé ignorer la loi.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de la Queue-en-Brie, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 480-5 du code de l'urbanisme : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé. ". En outre, aux termes de l'article L. 480-5 du même code : " En cas de condamnation d'une personne physique ou morale pour une infraction prévue aux articles L. 480-4 et L. 610-1, le tribunal, au vu des observations écrites ou après audition du maire ou du fonctionnaire compétent, statue même en l'absence d'avis en ce sens de ces derniers, soit sur la mise en conformité des lieux ou celle des ouvrages avec les règlements, l'autorisation ou la déclaration en tenant lieu, soit sur la démolition des ouvrages ou la réaffectation du sol en vue du rétablissement des lieux dans leur état antérieur. ".

10. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge pénal, saisi en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, de prononcer des mesures de remise état en cas de condamnation du mis en cause.

11. D'autre part, aux termes de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. Pour les infractions aux prescriptions établies en application des articles L. 522-1 à L. 522-4 du code du patrimoine, le représentant de l'Etat dans la région ou le ministre chargé de la culture peut, dans les mêmes conditions, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux ou des fouilles. () / Le maire peut prendre toutes mesures de coercition nécessaires pour assurer l'application immédiate de la décision judiciaire ou de son arrêté, en procédant notamment à la saisie des matériaux approvisionnés ou du matériel de chantier. "

12. Une collectivité publique est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre. Il appartient au maire de la Queue-en-Brie, s'il s'y croit fondé, de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il détient en application des dispositions de l'article L. 480-2 précité afin d'assurer l'exécution de son arrêté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la commune de la Queue-en-Brie, à les supposer recevables, ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : les conclusions à fin d'injonction présentées par la commune de la Queue-en-Brie sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la préfète du Val-de-Marne et à la commune de la Queue-en-Brie.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

Mme Morisset, première conseillère,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023

Le rapporteur,

P.Y. A

Le président,

M. L'HIRONDELLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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