vendredi 29 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2107379 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | DESMOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 août 2021 et le 31 mars 2022, M. E F, représenté par Me Desmot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le maire d'Ozouer-le-Voulgis a préempté les biens cadastrés AE 285 et AE 288 situés rue Jude de Cresne ;
2°) d'enjoindre à la commune d'Ozouer-le-Voulgis de ne pas conclure la vente desdites parcelles dans l'attente du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre à la commune d'Ozouer-le-Voulgis de s'abstenir de revendre à un tiers les biens objets de la préemption ;
4°) d'enjoindre à la commune d'Ozouer-le-Voulgis d'engager la procédure de restitution des biens préemptés dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de la commune d'Ozouer-le-Voulgis la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- il dispose d'un intérêt lui conférant qualité pour agir en sa qualité d'acquéreur évincé des biens faisant l'objet du droit de préemption ;
- la décision de préemption a été attaquée dans le délai de deux mois ;
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente aux motifs qu'il n'est pas établi que la commune avait compétence pour exercer le droit de préemption et que le maire ne disposait pas de la délégation de compétence requise ;
- la décision méconnait les dispositions des articles L. 210-1 du code de l'urbanisme et L. 300-1 du code de l'urbanisme dès lors que la commune ne démontre pas la réalité de son projet de réaliser des équipements collectifs sur la parcelle en cause et qu'aucun élément ne permet de considérer que ces décisions répondent à un intérêt général suffisant.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 janvier 2022, la commune d'Ozouer-le-Voulgis représentée par Me Coche, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée a été signée par une autorité compétente ;
- la réalité et l'intérêt général du projet sont justifiés puisque la commune prévoit de réaliser une aire de stationnement afin de répondre à la problématique de circulation de la commune.
La requête a été communiquée aux consorts B qui n'ont pas produit d'observations.
Par une lettre du 15 avril 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 1er juin 2022 sans information préalable.
Une ordonnance de clôture immédiate a été prise le 30 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,
- les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique,
- et les observations de Me Coche, représentant la commune d'Ozouer-le-Voulgis.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 14 juin 2021, le maire d'Ozouer-le-Voulgis a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur les biens cadastrés AE 285 et AE 288 situés rue Jude de Cresne à Ozouer-le-Voulgis. Par le présent recours, M. F, en qualité d'acquéreur évincé, demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, () par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien selon les dispositions prévues à l'article L. 211-2 ou au premier alinéa de l'article L. 213-3 de ce même code dans les conditions que fixe le conseil municipal ". Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 2122-23 du même code : " Le conseil municipal peut toujours mettre fin à la délégation ". Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal a la possibilité de déléguer au maire, pour la durée de son mandat, en conservant la faculté de mettre fin à tout moment à cette délégation, d'une part, l'exercice des droits de préemption dont la commune est titulaire ou délégataire, afin d'acquérir des biens au profit de celle-ci, et, d'autre part, le cas échéant aux conditions qu'il détermine, le pouvoir de déléguer l'exercice de ces droits à certaines personnes publiques ou au concessionnaire d'une opération d'aménagement à l'occasion de l'aliénation d'un bien particulier, pour permettre au délégataire de l'acquérir à son profit.
3. Il est constant que, par une délibération du 5 juillet 2018, le conseil municipal d'Ozouer-le-Voulgis a décidé d'instituer le droit de préemption urbain sur les zones U et AU du plan local d'urbanisme approuvé le même jour. Si, par cette même délibération, le conseil municipal a délégué l'exercice du droit de préemption au maire pour la durée de son mandat, il ressort, toutefois, des pièces du dossier qu'à la suite des élections municipales qui se sont tenues le 15 mars 2020, le conseil municipal a pris le 18 juin 2020 une nouvelle délibération donnant délégation de signature au maire de la commune dans diverses matières, parmi lesquelles ne figure pas l'exercice du droit de préemption visé par le 15° de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales précité. Dans ces conditions, cette branche du moyen tirée de l'incompétence du maire d'Ozouer-le-Voulgis en ce que la délibération du 18 juin 2020 ne lui donnait pas compétence pour exercer le droit de préemption urbain doit être accueillie.
4. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme (), la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation (), en l'état du dossier ". Pour l'application de ces dispositions, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2021. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. L'article L. 911-1 du code de justice administrative dispose que : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 213-11-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque, après que le transfert de propriété a été effectué, la décision de préemption est annulée ou déclarée illégale par la juridiction administrative, le titulaire du droit de préemption propose aux anciens propriétaires ou à leurs ayants cause universels ou à titre universel l'acquisition du bien en priorité. / Le prix proposé vise à rétablir, sans enrichissement injustifié de l'une des parties, les conditions de la transaction à laquelle l'exercice du droit de préemption a fait obstacle. A défaut d'accord amiable, le prix est fixé par la juridiction compétente en matière d'expropriation, conformément aux règles mentionnées à l'article L. 213-4. / A défaut d'acceptation dans le délai de trois mois à compter de la notification de la décision juridictionnelle devenue définitive, les anciens propriétaires ou leurs ayants cause universels ou à titre universel sont réputés avoir renoncé à l'acquisition. / Dans le cas où les anciens propriétaires ou leurs ayants cause universels ou à titre universel ont renoncé expressément ou tacitement à l'acquisition dans les conditions mentionnées aux trois premiers alinéas du présent article, le titulaire du droit de préemption propose également l'acquisition à la personne qui avait l'intention d'acquérir le bien, lorsque son nom était inscrit dans la déclaration mentionnée à l'article L. 213-2 ".
6. Il appartient au juge administratif, saisi de conclusions en ce sens par l'ancien propriétaire ou par l'acquéreur évincé, d'exercer les pouvoirs qu'il tient des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative afin d'ordonner, le cas échéant sous astreinte, les mesures qu'implique l'annulation, par le juge de l'excès de pouvoir, d'une décision de préemption, sous réserve de la compétence du juge judiciaire, en cas de désaccord sur le prix auquel l'acquisition du bien doit être proposée, pour fixer ce prix. A ce titre, il lui appartient, après avoir vérifié, au regard de l'ensemble des intérêts en présence, que le rétablissement de la situation initiale ne porte pas une atteinte excessive à l'intérêt général, de prescrire au titulaire du droit de préemption qui a acquis le bien illégalement préempté, s'il ne l'a pas entretemps cédé à un tiers, de prendre toute mesure afin de mettre fin aux effets de la décision annulée et, en particulier, de proposer à l'ancien propriétaire puis, le cas échéant, à l'acquéreur évincé d'acquérir le bien, à un prix visant à rétablir, sans enrichissement injustifié de l'une des parties, les conditions de la transaction à laquelle l'exercice du droit de préemption a fait obstacle.
7. La commune d'Ozouer-le-Voulgis n'invoque aucun obstacle au rétablissement de la situation initiale. En particulier, il ne ressort pas des pièces du dossier que les deux parcelles litigieuses aient été employées au projet en vue duquel la commune a exercé le droit de préemption, ni qu'elles ont fait l'objet de travaux significatifs. Il suit de là que le rétablissement de la situation initiale, par la rétrocession des parcelles à leur ancien propriétaire ou à l'acquéreur évincé, ne porte pas une atteinte excessive à l'intérêt général. Dans ces conditions, l'annulation de l'arrêté de préemption implique nécessairement, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que la commune d'Ozouer-le-Voulgis prenne toute mesure afin de mettre fin aux effets de l'arrêté annulé et, en particulier, propose dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à l'ancien propriétaire puis, le cas échéant, à l'acquéreur évincé, d'acquérir le bien, à un prix visant à rétablir, sans enrichissement injustifié de l'une des parties, les conditions de la transaction à laquelle l'exercice du droit de préemption a fait obstacle. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. F, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à la commune d'Ozouer-le-Voulgis. En revanche, il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge de la commune d'Ozouer-le-Voulgis une somme de 1 500 euros à verser à M. F.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le maire d'Ozouer-le-Voulgis a décidé de préempter les parcelles cadastrées AE 285 et AE 288 situés rue Jude de Cresne est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Ozouer-le-Voulgis de prendre toute mesure destinée à mettre fin aux effets de l'arrêté annulé et, en particulier, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de proposer aux anciens propriétaires, Mme A B, M. C B et M. D B puis, le cas échéant, à l'acquéreur évincé M. E F, d'acquérir le bien, à un prix visant à rétablir, sans enrichissement injustifié de l'une des parties, les conditions de la transaction à laquelle l'exercice du droit de préemption a fait obstacle.
Article 3 : La commune d'Ozouer-le-Voulgis versera une somme de 1 500 euros à M. E F sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par la commune d'Ozouer-le-Voulgis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, à la commune d'Ozouer-le-Voulgis, et aux consorts B.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Blanc, conseillère,
Mme Senichault de Izaguirre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.
La rapporteure,
J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
H. KELI
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026