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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107411

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107411

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire ampliatif enregistrés le 2 août 2021 et le 12 novembre 2021, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées les 12 et 17 novembre 2021, M. E F, représenté par Me Adrien Namigohar, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°/ d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2021 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°/ d'ordonner à l'autorité préfectorale la communication de l'ensemble de son dossier ;

3°/ à titre principal, d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°/ à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°/ d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais d'assurer l'effacement du signalement de l'intéressé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

6°/ de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;

Sur les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans :

- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation au sens de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est affectée d'erreur de droit dès lors que l'intéressé, de nationalité ukrainienne, dispensé de visa, a justifié lors de son contrôle d'identité être entré sur le territoire national avec son passeport biométrique en cours de validité ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle viole l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision portant refus du délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un vice de procédure privant l'intéressé d'une garantie.

Un mémoire en production de pièces, enregistré le 9 août 2021, a été versé à l'instance par le préfet du Pas-de-Calais.

Vu les autres pièces du dossier :

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C A, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique, après présentation du rapport de M. A, les observations de Me Cabory substituant Me Namigohar, représentant M. F, absent de l'audience, qui confirme ses écritures. Le préfet du Pas-de-Calais n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions en annulation :

1. M. F demande l'annulation de l'arrêté du 31 juillet 2021 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

2. Il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet du Pas-de-Calais a, pour décider l'éloignement de M. F à destination de son pays d'origine, l'Ukraine, estimé qu'il ne résulte pas de l'examen approfondi de la situation familiale de l'intéressé que l'arrêté attaqué méconnaîtrait sa situation familiale et qu'il porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Or il ressort des pièces du dossier que M. F, qui est entré régulièrement en France depuis 2015, a sa résidence habituelle sur le territoire français et démontre son intégration dans la société française par une situation professionnelle stable attestée par des bulletins de paie correspondant à des emplois à temps plein, dans une première entreprise, du 1er janvier 2016 jusqu'au 31 décembre 2019, son ancienneté étant fixée au 7 décembre 2015, puis dans une seconde entreprise, du 6 janvier 2020 jusqu'au 31 juillet 2021, soit plus de 5 ans et demi de de vie professionnelle continue. Il ressort également des pièces du dossier et notamment d'un certificat médical établi par le docteur D à l'hôpital Armand Trousseau à Paris, que l'enfant B F, née le 11 juillet 2011 en Ukraine et, dont le lien de filiation avec

M. F, est dûment établi, doit résider en France auprès de son père dès lors qu'elle souffre d'une maladie grave dite " neutropénie congénitale en rapport avec une mutation du gène Elane ", qu'elle est suivie au pôle " Oncologie Hématologie " de l'hôpital Armand Trousseau et que cette pathologie l'expose à des risques d'infection sévère voire mortelle alors, qu'à la date de l'arrêté attaqué, le traitement contre cette maladie était très difficile d'accès en Ukraine et qu'aucun expert n'était identifié en Ukraine pour le traitement de cette maladie qui est qualifiée d'" extrêmement rare " par le Docteur D. Dès lors, au regard de la situation personnelle de M. F et de la nécessité de sa présence sur le territoire, notamment, pour la poursuite des soins de son enfant B, la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et de ses conséquences sur celle-ci. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 31 juillet 2021 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a décidé d'obliger l'intéressé à quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquences, les autres décisions distinctes du même jour.

Sur les conclusions en injonction :

3. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

4. Eu égard au motif d'annulation exposé au point 2, la présente décision implique seulement le réexamen de la situation de M. F et l'intervention d'une nouvelle décision sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet au préfet de Seine-et-Marne, département dans lequel réside l'intéressé, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable le temps de ce réexamen en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. et de mettre fin au signalement de M. F dans le système d'information Schengen. Il n'y a pas lieu, en revanche, de prononcer l'astreinte prononcée.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet du Pas-de-Calais) le versement de la somme de 1 000 euros à M. F au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Les décisions du 31 juillet 2021 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a fait obligation à M. F de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la situation de M. F dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable le temps de ce réexamen en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de mettre fin au signalement de M. F dans le système d'information Schengen.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat (préfet du Pas-de-Calais) le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, au préfet du Pas-de-Calais et au préfet de Seine-et-Marne.

Jugement rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le premier vice-président,

Signé : B. GUEVELLa greffière,

Signé : S. AIT MOUSSA

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais et au préfet de Seine-et-Marne en ce qui les concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. AIT MOUSSA

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