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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107476

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107476

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP ARENTS-TRENNEC

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2105141, enregistrée le 1er juin 2021, M. B A et la société à responsabilité limitée Multi Loisirs, représentés par Me Jobelot, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2020 par lequel le maire de Villevaudé a refusé de délivrer le permis d'aménager portant sur la démolition de l'existant et la création d'un lotissement de quinze lots à bâtir sur un terrain situé 54 rue de la Tour, ensemble la décision portant rejet du recours gracieux contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre à la commune de Villevaudé de réexaminer leur demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villevaudé une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation dès lors que le projet, qui demeure sensiblement identique aux autres projets déposés, a été refusé en raison de nouveaux motifs alors que chaque décision de rejet doit comporter l'intégralité des motifs ;

- le dossier de demande de permis d'aménager était complet dès lors que la commune n'a jamais sollicité la formalisation d'une convention de servitude pour l'implantation des réseaux, convention que les pétitionnaires étaient disposés à signer ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est possible d'implanter un réseau d'eaux pluviales et, plus particulièrement, des surverses de sécurité sur la sente du Trou Ladouce et que la commune s'oppose par principe à tout raccordement via la sente du Trou Ladouce ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors que le refus de permis d'aménager est fondé sur le refus des pétitionnaires de conclure la convention de projet urbain partenarial proposée par la commune.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2022, la commune de Villevaudé, représentée par Me Trennec, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge solidaire de M. A et de la SARL Multi Loisirs sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'ensemble des mentions figurant dans l'arrêté du 9 décembre 2020 démontrent qu'il est suffisamment motivé ;

- le projet ayant été modifié au cours du temps, chaque décision de rejet doit tenir compte de la particularité de chaque dossier présenté ;

- le réseau d'eaux pluviales nécessaire au projet de lotissement devant être implanté dans l'emprise du chemin " La sente du Trou Ladouce " relevant du domaine privé, la faisabilité de l'ouvrage se heurte à la conclusion d'une convention de servitude que les pétitionnaires ne peuvent imposer ;

- les motifs de refus étant clairement exposés dans l'arrêté contesté, aucun détournement de pouvoir n'est établi.

Par une lettre du 12 septembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 14 octobre 2022 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 3 novembre 2022.

Par une lettre du 16 février 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction au maire de Villevaudé de délivrer aux requérants le permis d'aménager sollicité.

Des observations ont été présentées pour les requérants le 27 février 2023.

II. Par une requête n° 2107476 enregistrée le 9 août 2021, M. B A et la société à responsabilité limitée Multi Loisirs, représentés par Me Jobelot, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2021 par lequel le maire de Villevaudé a refusé de délivrer le permis d'aménager portant sur la démolition de l'existant et la création d'un lotissement de quinze lots à bâtir sur un terrain situé 54 rue de la Tour, ensemble la décision portant rejet du recours gracieux contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre à la commune de Villevaudé de réexaminer leur demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villevaudé une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation dès lors que le projet, qui demeure sensiblement identique aux autres projets déposés, a été refusé en raison de nouveaux motifs alors que chaque décision de rejet doit comporter l'intégralité des motifs ;

- le dossier de demande de permis d'aménager était complet dès lors que la commune n'a jamais sollicité la formalisation d'une convention de servitude pour l'implantation des réseaux, convention que les pétitionnaires étaient disposés à signer ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est possible d'implanter un réseau d'eaux pluviales et plus particulièrement des surverses de sécurité sur la sente du Trou Ladouce et que la commune s'oppose par principe à tout raccordement via la sente du Trou Ladouce ;

- la commune ne pouvait exiger un extrait de la convention de projet urbain partenarial dès lors qu'elle n'a jamais justifié la nécessité de réaliser des équipements publics alors qu'il est indispensable de définir le périmètre géographique auquel la convention s'applique, ainsi que les équipements financés, leur coût et les conditions de leur réalisation ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors que le refus de permis d'aménager est fondé sur le refus des pétitionnaires de conclure la convention de projet urbain partenarial proposée par la commune en 2019.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, la commune de Villevaudé, représentée par Me Trennec, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge solidaire de M. A et de la SARL Multi Loisirs sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'ensemble des mentions figurant dans l'arrêté contesté démontrent qu'il est suffisamment motivé ;

- le projet ayant été modifié au cours du temps, chaque décision de rejet doit tenir compte de la particularité de chaque dossier présenté ;

- le réseau d'eaux pluviales nécessaire au projet de lotissement devant être implanté dans l'emprise du chemin " La sente du Trou Ladouce " relevant du domaine privé, la faisabilité de l'ouvrage se heurte à la conclusion d'une convention de servitude que les pétitionnaires ne peuvent imposer ;

- les motifs de refus étant clairement exposés dans l'arrêté contesté, aucun détournement de pouvoir n'est établi.

Par une lettre du 12 septembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 14 octobre 2022 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 3 novembre 2022.

Par une lettre du 16 février 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction au maire de Villevaudé de délivrer aux requérants le permis d'aménager sollicité.

Des observations ont été présentées pour les requérants le 27 février 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- et les observations de Me Drouet, substituant Me Jobelot, représentant les requérants.

Une note en délibéré présentée pour M. A et la SARL Multi Loisirs, représentés par Me Jobelot, a été enregistrée le 13 mars 2023. Elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et la SARL Multi Loisirs ont déposé, le 22 juillet 2020, une demande de permis d'aménager portant sur la démolition de l'existant et la création d'un lotissement de quinze lots à bâtir sur un terrain situé 54 rue de la Tour à Villevaudé. Par un arrêté du 9 décembre 2020, le maire de Villevaudé a refusé de leur délivrer le permis d'aménager sollicité. Par une première requête, enregistrée sous le n° 2105141, les requérants demandent l'annulation de cette décision, ainsi que celle rejetant implicitement leur recours gracieux contre l'arrêté. Les requérants ont déposé, le 22 janvier 2021, une seconde demande de permis d'aménager portant sur la démolition de l'existant et la création d'un lotissement de quinze lots à bâtir sur un terrain situé 54 rue de la Tour à Villevaudé. Par un arrêté du 24 mars 2021, le maire de Villevaudé a refusé de leur délivrer le permis d'aménager sollicité. Par une seconde requête, enregistrée sous le n° 2107476, les requérants demandent l'annulation de cette décision.

2. Les requêtes n° 2105141 et n° 2107476 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2020 :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " () Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 161-5 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux ". Et l'article D. 161-15 de ce code dispose que : " Nul ne peut, sans autorisation délivrée par le maire, faire aucun ouvrage sur les chemins ruraux et notamment ouvrir, sur le sol de ces chemins ou de leurs dépendances, aucune fouille ou tranchée ou enlever de l'herbe, de la terre, du gravier, du sable ou autres matériaux, y installer des canalisations, y faire aucun dépôt, de quelque nature que ce soit, y étendre aucune espèce de produits ou matières ". Il résulte de ces dispositions qu'une autorisation d'utilisation du sol étant délivrée sous réserve du droit des tiers, l'autorité administrative vérifie seulement la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme et non le respect des autres réglementations, notamment les règles de droit privé.

4. Les requérants soutiennent que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est possible d'implanter le réseau de collecte des eaux pluviales, et plus particulièrement des surverses de sécurité sur la sente du Trou Ladouce, que la commune s'oppose par principe à tout raccordement via la sente du Trou Ladouce et que la formalisation d'une convention de servitude pour l'implantation des réseaux était possible. Si la commune fait valoir que le réseau de collecte des eaux pluviales nécessaire au projet de lotissement doit être implanté dans l'emprise du chemin " La sente du Trou Ladouce " relevant du domaine privé et que la faisabilité de l'ouvrage se heurte à la conclusion d'une convention de servitude que les pétitionnaires ne peuvent imposer, le motif tiré de ce que le réseau de collecte des eaux pluviales auquel le lotissement sera raccordé serait irrégulièrement implanté sur le domaine privé de la commune ne peut légalement fonder l'arrêté contesté dès lors qu'une décision relative au permis d'aménager, délivrée sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise ou qu'il refuse avec la législation et la réglementation d'urbanisme et que les dispositions précitées du code rural et de la pêche maritime, qui confèrent des pouvoirs de police au maire sur les chemins ruraux, ne contiennent aucune règle d'urbanisme utilement opposable à la demande de permis d'aménager présentée par les pétitionnaires. En outre, il ressort des pièces du dossier de permis d'aménager, plus particulièrement du plan d'assainissement, que le projet prévoit un raccordement au réseau public au niveau de la rue de la Tour, ainsi que l'exige l'avis émis le 17 août 2020 par la communauté de communes Plaines et Monts de France. Ce raccordement, tel que le précise le programme des travaux produit au soutien de la demande, sera précédé d'un bassin de régulation enterré sous la future zone de retournement des véhicules. Le dossier de demande précise également que son dimensionnement sera effectué avec une pluie d'occurrence décennale, qu'il sera équipé en sortie d'une station de refoulement ainsi que d'une surverse de sécurité. Enfin, une note de calcul établie par un bureau d'étude environnementale détaille les données prises en compte pour établir la faisabilité technique de ce raccordement. Dans ces conditions, alors que la commune ne fait état d'aucun élément circonstancié de nature à remettre en cause, dans le cadre du présent dossier de demande de permis d'aménager, le système de collecte des eaux pluviales prévu par les pétitionnaires alors que le projet avait reçu un avis favorable de la communauté de communes plaines et Monts de France, service gestionnaire de l'assainissement, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être accueilli.

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public. " Et aux termes de l'article R. 421-4 du code de l'urbanisme : " Sont également dispensés de toute formalité au titre du présent code, en raison de leur nature, les canalisations, lignes ou câbles, lorsqu'ils sont souterrains ".

6. Les requérants soutiennent qu'aucune convention de servitude pour l'implantation des réseaux ne peut être exigée. Il ressort des pièces du dossier que les travaux projetés concernant le raccordement au réseau d'eaux pluviales ne visent qu'à enterrer une canalisation d'eau ou un point de raccordement au réseau public et qu'ils ne constituent pas une construction au sens des dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme. Ainsi, le maire ne pouvait régulièrement exiger la production d'une pièce exprimant l'accord du gestionnaire pour la réalisation de canalisations enterrées sous le chemin rural. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être accueilli.

7. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme (), la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation (), en l'état du dossier ". Pour l'application de ces dispositions, aucun autre moyen n'est de nature à justifier l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2020.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 mars 2021 :

9. En premier lieu, ainsi qu'il a été exposé au point 4, alors que la commune ne fait état d'aucun élément circonstancié de nature à remettre en cause, dans le cadre du présent dossier de demande de permis d'aménager, le système de collecte des eaux pluviales prévu par les pétitionnaires alors que le projet avait reçu un avis favorable de la communauté de communes plaines et Monts de France le 18 février 2021, service gestionnaire de l'assainissement, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être accueilli.

10. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été exposé au point 6, le maire ne pouvait régulièrement exiger la production d'une pièce exprimant l'accord du gestionnaire pour la réalisation de canalisations enterrées sous le chemin rural. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être accueilli.

11. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 332-11-3 du code de l'urbanisme : " I. - Dans les zones urbaines et les zones à urbaniser délimitées par les plans locaux d'urbanisme ou les documents d'urbanisme en tenant lieu, lorsqu'une ou plusieurs opérations d'aménagement ou de construction nécessitent la réalisation d'équipements autres que les équipements propres mentionnés à l'article L. 332-15, une convention de projet urbain partenarial prévoyant la prise en charge financière de tout ou partie de ces équipements peut être conclue entre les propriétaires des terrains, les aménageurs, les constructeurs et : / 3° () la commune ou l'établissement public compétent en matière de plan local d'urbanisme. (). / II. - Lorsque des équipements publics ayant vocation à faire l'objet d'une première convention de projet urbain partenarial desservent des terrains autres que ceux mentionnés dans le projet de ladite convention, par décision de leur organe délibérant, la commune ou l'établissement public compétent en matière de plan local d'urbanisme, (), fixe les modalités de partage des coûts des équipements et délimite un périmètre à l'intérieur duquel les propriétaires fonciers, les aménageurs ou les constructeurs qui s'y livrent à des opérations d'aménagement ou de construction participent, dans le cadre de conventions, à la prise en charge de ces mêmes équipements publics, qu'ils soient encore à réaliser ou déjà réalisés, dès lors qu'ils répondent aux besoins des futurs habitants ou usagers de leurs opérations. Les conventions successivement établies peuvent viser des programmes d'équipements publics différents lorsque les opérations de construction attendues dans chaque périmètre de convention ne nécessitent pas les mêmes besoins en équipements. / Le périmètre est délimité par délibération du conseil municipal ou de l'organe délibérant de l'établissement public () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 431-23-2 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés font l'objet d'une convention de projet urbain partenarial ou portent sur une construction à édifier dans un périmètre de projet urbain partenarial mentionné au II de l'article L. 332-11-3, la demande est accompagnée d'un extrait de la convention précisant le lieu du projet urbain partenarial et la durée d'exonération de la taxe d'aménagement ".

12. Les requérants soutiennent que la commune ne peut exiger un extrait de la convention de projet urbain partenarial dès lors qu'elle n'a jamais justifié la nécessité de réaliser des équipements publics alors qu'il est indispensable de définir le périmètre géographique auquel la convention s'applique, ainsi que les équipements financés, leur coût et les conditions de leur réalisation. La commune ne produit, en défense, aucun élément de nature à fixer les modalités de partage des coûts des équipements et à délimiter un périmètre à l'intérieur duquel les propriétaires fonciers, les aménageurs ou les constructeurs qui s'y livrent à des opérations d'aménagement ou de construction participent, dans le cadre de conventions, à la prise en charge de ces mêmes équipements publics, qu'ils soient encore à réaliser ou déjà réalisés, dès lors qu'ils répondent aux besoins des futurs habitants ou usagers de leurs opérations. Elle n'allègue pas, ni même n'établit, qu'une délibération du conseil municipal fixerait le périmètre des grandes opérations d'urbanisme pouvant faire l'objet d'une convention de projet urbain partenarial. Dès lors, faute de déterminer les éléments qui, requis par l'article L. 332-11-3 du code de l'urbanisme, sont nécessaires à la mise en œuvre du projet urbain partenarial dans le périmètre déterminé, la commune n'a donc pu légalement fonder, en l'espèce, l'exigence de la production d'une convention de projet urbain partenarial. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être accueilli.

13. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme (), la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation (), en l'état du dossier ". Pour l'application de ces dispositions, aucun autre moyen n'est de nature à justifier l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2021.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au maire de Villevaudé de délivrer aux requérants les permis d'aménager sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge des requérants, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, les sommes que réclame la commune de Villevaudé au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Villevaudé la somme totale de 3 000 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 décembre 2020 du maire de Villevaudé est annulé.

Article 2 : L'arrêté du 24 mars 2021 du maire de Villevaudé est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au maire de Villevaudé de délivrer les permis d'aménager sollicités le 22 juillet 2020 (PA 077 517 20 00001) et le 22 janvier 2021 (PA 077 517 21 00001) dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : La commune de Villevaudé versera à M. A et à la société Multi Loisirs la somme totale de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Villevaudé présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la société Multi Loisirs et à la commune de Villevaudé.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Jeannot, première conseillère,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

La rapporteure,

F. CLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos 2105141

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