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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107526

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107526

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantAYMARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 août 2021 et le 14 février 2022, M. C, représentée par Me Aymard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 27 juillet 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un certificat de résidence " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un certificat de résidence " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre, à titre très subsidiaire, au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées par l'incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les stipulations du titre III du protocole additionnel et du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- c'est à tort que le préfet a considéré que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 18 mars 2000 a, sollicité le renouvellement du certificat de résidence portant la mention " étudiant " dont il était titulaire. Par un arrêté du 27 juillet 2021, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il lui refuse un titre de séjour et porte obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, la signataire de l'arrêté en litige, Mme Stéphanie Pérez, secrétaire générale de la sous-préfecture de Meaux, a reçu délégation du préfet du Seine-et-Marne par un arrêté n° 21/BC/086 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat confiées à la sous-préfecture de Meaux. La police des étrangers ne figurant pas au nombre des matières exclues de cette délégation de signature, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

2. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables et mentionne des éléments relatifs à la situation familiale et professionnelle de M. B ainsi que ses antécédents judiciaires. Il comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire. Par suite, l'arrêté est suffisamment motivé au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

3. En troisième lieu, aux termes du titre III du protocole additionnel à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". Aux termes du 5° de l'article 6 de ce même accord : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 30 août 2019 par le tribunal judiciaire de Meaux à 2 ans d'emprisonnement dont 1 an avec sursis et à l'interdiction de détenir une arme pendant 3 ans pour le délit de tentative d'extorsion. Le préfet de

Seine-et-Marne pouvait légalement prendre en considération la nature de l'infraction et la gravité de la peine prononcée à l'encontre de M. B, quand bien même il s'agirait de la première condamnation pénale du requérant. Dans ces conditions, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet a considéré que sa présence en France constituait une menace à l'ordre public faisant obstacle à ce qu'il puisse se prévaloir d'un droit au séjour au regard des dispositions citées au point 3.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article

L. 5221-2. / L'autorisation de travail est accordée de droit à l'étranger autorisé à séjourner en France pour la conclusion d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation à durée déterminée. () ".

6. Il résulte des dispositions du même code régissant le contrat d'apprentissage que l'apprenti, qui est titulaire d'un contrat de travail, doit être regardé, alors même que ce contrat a pour finalité de lui assurer une formation professionnelle, comme exerçant une activité professionnelle salariée au sens des dispositions précitées.

7. Il est constant M. B disposait d'une autorisation provisoire de travail valable jusqu'en mai 2020 dans le cadre d'un contrat d'apprentissage conclu avec la société Berbère le Marronnier, située à Verneuil-en-Halatte (60), que le requérant a ensuite conclu un contrat d'apprentissage avec la société Hotels Val de Bussy située à Bussy-Saint-Georges (77), contrat au titre duquel il demande le renouvellement de sa carte de résidence " étudiant ". Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que son employeur aurait sollicité, antérieurement à la décision du préfet, une demande d'autorisation provisoire de travail. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en estimant qu'à défaut de justifier d'une autorisation provisoire de travail, le requérant ne remplissait pas les conditions du titre III du protocole additionnel à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 pour se voir délivrer un certificat de résidence " étudiant ".

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B fait valoir qu'il réside et est scolarisé en France depuis 2014 et que son frère et ses deux sœurs y résident également. Par ces seuls éléments, l'intéressé, qui est célibataire et sans enfant, ne peut toutefois être regardé comme ayant tissé en France des liens privés et familiaux tels qu'il aurait vocation à y rester eu égard à la durée et aux conditions de son séjour qui avait pour objectif de lui permettre de suivre des études et au regard des liens conservés dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de quatorze ans et où demeurent et travaillent ses deux parents. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de Seine-et-Marne lui faisant obligation de quitter le territoire porte à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de

Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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