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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107647

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107647

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCALVO PARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2021, M. B A, représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juin 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne lui a refusé le bénéfice du regroupement familial partiel au profit de deux de ses enfants ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation de regroupement familial ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet a fait une inexacte application de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant sa demande de regroupement familial partiel ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration :

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, né le 1er janvier 1973, a sollicité le regroupement familial au bénéfice de deux de ses enfants. Par une décision du 8 juin 2021, dont M. A demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de regroupement familial partiel.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée indique qu'elle est prise en application du chapitre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne le caractère partiel du regroupement familial sollicité ainsi que l'absence d'éléments ou de motifs exceptionnels justifiant qu'il soit dérogé au principe du regroupement de l'ensemble de la famille. Elle comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, la décision est suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". Aux termes de l'article R. 434-10 du même code : " Dans le cas où le regroupement sollicité n'est que partiel, la demande comporte, outre les éléments mentionnés aux articles R. 434-8 et R. 434-9 : 1° L'exposé des motifs, tenant notamment à la santé ou à la scolarité du ou des enfants ou aux conditions de logement de la famille, qui justifient, au regard de l'intérêt du ou des enfants, que le regroupement familial ne soit pas demandé pour l'ensemble de la famille / () ".

4. M. A soutient que sa demande de regroupement familial concerne uniquement deux de ses six enfants, en l'espèce D et C, nés en 2014, car, d'une part, son logement de 37 mètres carrés et ses ressources financières ne lui permettent pas d'accueillir toute sa famille et, d'autre part, ils sont en âge d'être scolarisés en école élémentaire alors que les

deux aînés sont déjà scolarisés au Mali et que les deux derniers sont trop jeunes pour être scolarisés. Toutefois, ces motifs ne sont pas suffisants pour considérer qu'il est dans l'intérêt de ces deux jeunes enfants d'être séparés de leur mère, de leurs quatre frères et sœurs et de quitter leur pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige fait une inexacte application de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait dans l'impossibilité d'opérer la réunion de sa famille dans son pays d'origine ni que ses deux enfants, D et C, ne pourraient pas y poursuivre une scolarité. Compte tenu de l'intérêt qui s'attache au maintien des relations étroites entre les enfants, de la rupture de la cellule familiale résultant du déplacement vers la France de deux des six enfants de la fratrie et des relations distendues que le requérant entretient avec ses enfants, qui sont nés postérieurement à son installation en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A fait valoir qu'il réside et travaille de manière habituelle sur le territoire national depuis l'année 2006 au plus tard et que sa compagne et leurs six enfants demeurent au Mali. Toutefois, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées aux points 4 et 6, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et qu'elle ne méconnaît les stipulations citées précédemment.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête présentée par M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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