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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107794

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107794

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOURIRINE-BENATMANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 août 2021 au greffe du tribunal administratif d'Amiens et le même jour au greffe du présent tribunal, complétée les 28 et 30 septembre 2022, M. B A F, représentée par Me Tourinine-Benatmane, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 août 2021 par lequel le préfet de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an,

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir,

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de l'Oise) le versement d'une somme de 2.000 euros en application de l'article 37 de la loi de 1991 sur l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision en cause a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle a été prise sans que la commission du titre de séjour ait été consultée, qu'elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il démontre sa présence régulière depuis onze ans et travailler en contrat à durée indéterminée, et qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 23 septembre 2022, le préfet de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- l'ordonnance du président de la 1ère chambre du tribunal administratif d'Amiens en date du 10 septembre 2021 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête formée par M. A F, au motif de la domiciliation déclarée du requérant à Créteil (Val-de-Marne),

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 30 septembre 2022, en présence de Mme Ledrin, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Touririne-Benatmane, représentant M. A F, requérant, présent, qui rappelle qu'il est en France depuis 2009 et qu'il a apporté des preuves de sa présence en France depuis plus de dix ans, qui constate qu'il n'est pas une menace pour l'ordre public et qui indique aussi qu'il est marié avec une personne disposant d'une carte de résident.

Le préfet de l'Oise, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A F, se disant ressortissant égyptien né le 10 novembre 1983 à Gharbeya, entré en France selon ses dires en 2009, également connu sous l'alias " Yassine Mohamed " né le 11 octobre 1983, a fait l'objet, le 29 juillet 2019, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à laquelle il n'a pas déféré, alors que sa légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Paris le 17 octobre 2019. Le 18 août 2021, il a été interpellé sur la voie publique et, dans la mesure où il n'a pas été en mesure de justifier de la régularité de son séjour, il a fait l'objet, le même jour, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Par une requête enregistrée le 20 août 2021, il demande au présent tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;

2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ()". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ()". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;

() 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ". Aux termes enfin de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

3. En premier lieu, par un arrêté du 21 décembre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. G C, sous-préfet, directeur de cabinet de la préfète de l'Oise, pour signer, notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

5. La décision contestée n'a pas été prise à la suite d'une demande d'admission au séjour formée par l'intéressé sur le fondement des dispositions précitées auprès de la préfète de l'Oise, mais à la suite d'une constatation que celui-ci ne disposait pas du droit de se maintenir sur le territoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que la décision contestée aurait été prise sans consultation de la commission du titre de séjour ne pourra qu'être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, la décision querellée du 18 août 2021 de la préfète de l'Oise mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé n'avait pas été en mesure de démontrer son entrée régulière sur le territoire ni d'établir la réalité de sa vie privée et familiale en France, se déclarant marié sans enfant et vivant à Toulouse (Haute-Garonne) et qu'il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La préfète de l'Oise n'était pas tenue en tout état de cause de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et d'examen sérieux et personnalisé de la situation de M. A F doit être écarté.

7. En quatrième lieu, la circonstance, à la supposer établie, que M. A F serait en en France depuis plus de dix ans, qu'il travaillerait et serait marié avec une ressortissante algérienne titulaire d'un certificat de résidence de dix ans est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dans la mesure où lui-même a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en 2019 à laquelle il n'a pas déféré, y compris après le rejet de sa requête en annulation par le tribunal administratif de Paris,, où il ne dispose d'aucune autorisation de travail et où il n'établit pas, et ne soutient d'ailleurs même pas, qu'il aurait déposé une demande de titre de séjour à quelque titre que ce soit depuis cette date.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. M. A F n'établit pas l'impossibilité pour lui de poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, au besoin avec son épouse, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations.

10. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

11. L'intéressé ne faisant valoir aucune circonstance humanitaire justifiant qu'une mesure d'interdiction du territoire ne soit pas prise à son égard et la préfète de l'Oise ayant détaillé les raisons pour lesquelles elle prononçait une interdiction de retour pour une durée d'un an, M. A F n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A F ne pourra qu'être rejetée, dans l'ensemble de ses composantes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A F est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A F, au préfet de l'Oise et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : M. D

La greffière,

Signé : M. E

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. E

N°2107794

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