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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107829

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107829

lundi 19 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantSELARL SAMSON & WEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 août et 9 novembre 2021,

M. A B, représenté par Me Samson, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de donner acte de son désistement de ses conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 5 mai 2016, 14 juillet 2016,

18 juillet 2016, 7 août 2017, 2 janvier 2018, 23 février 2019, 14 juin 2020 et 22 juin 2020 ;

2°) d'annuler les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 4 juillet 2018, 23 janvier, 9, 12 et 14 octobre 2019 ;

3°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 4 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le solde de points de son permis de conduire n'est pas nul dès lors qu'il aurait dû bénéficier d'une reconstitution partielle du capital de points à la suite des infractions relevées les 7 août 2017 et les 14 et 22 juin 2020 conformément aux dispositions de l'alinéa 3 de l'article

L. 223-6 du code de la route ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-2 et R. 223-3 du code de la route s'agissant des infractions relevés les 4 juillet 2018, 23 janvier 2019, 9, 12 et

14 octobre 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut, à titre principal, au non-lieu partiel à statuer sur la requête de M. B et, à titre subsidiaire, au rejet du surplus des conclusions de sa requête.

Il fait valoir que :

- les points retirés consécutivement aux infractions commises les 18 juillet 2016,

2 janvier 2018, 4 juillet 2018, 23 février 2019 et 14 octobre 2019 ont été restitués à M. B les 21 mars 2017, 13 août 2018, 9 avril 2019, 6 novembre 2019 et 21 juillet 2020 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route ; les conclusions dirigées contre ces retraits de points sont sans objet ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au

22 janvier 2022 à 12 heures.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 4 juillet 2018 et 14 octobre 2019 dès lors que ces points ont été restitué à M. B les 9 avril 2019 et 21 juillet 2020, soit antérieurement à l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bonneau-Mathelot, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bonneau-Mathelot a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis différentes infractions au code de la route les 5 mai 2016,

14 juillet 2016, 18 juillet 2016, 7 août 2017, 2 janvier 2018, 4 juillet 2018, 23 janvier 2019, 23 février 2019, 9 octobre 2019, 12 octobre 2019, 14 octobre 2019, 14 juin 2020 et 22 juin 2020 ayant entraîné la perte de dix-sept points. Par une décision référencée " 48SI " du 4 mai 2021, le ministre de l'intérieur a récapitulé les décisions de retraits de points, constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis. Par la présente requête, M. B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prendre acte de son désistement partiel et d'annuler les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 4 juillet 2018, 23 janvier, 9, 12 et

14 octobre 2019 ainsi que la décision référencée " 48 SI " en tant qu'elle invalide son permis de conduire.

Sur le désistement partiel :

2. Par un mémoire, enregistré le 9 novembre 2021, M. B déclare se désister de ses conclusions tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions relevées les 5 mai 2016, 14 juillet 2016, 18 juillet 2016, 7 août 2017, 2 janvier 2018, 23 février 2019, 14 juin 2020 et 22 juin 2020. Ce désistement partiel est pur et simple. Par suite, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait des points consécutives aux infractions relevées les 4 juillet 2018 et 14 octobre 2019 :

3. Il résulte de l'instruction et, notamment, du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. B, édité le 2 août 2021 et produit par le ministre de l'intérieur, que les points retirés sur son permis de conduire consécutivement aux infractions constatées les 4 juillet 2018 et 14 octobre 2019 lui ont été restitués respectivement les 9 avril 2019 et 21 juillet 2020, soit avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de ces décisions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant des décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions commises les 23 janvier, 9 et 12 octobre 2019 :

4. La délivrance, préalablement au règlement de l'amende, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité des décisions de retrait de points. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. En vertu de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins soit que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet, soit qu'il démontre que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé, auquel cas la réception d'un avis d'amende forfaitaire majorée ne peut être regardée comme établie.

5. Il résulte de l'instruction et, notamment, des mentions du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. B, édité le 2 août 2021, produit par le ministre de l'intérieur, que l'intéressé a commis les 23 janvier, 9 et 12 octobre 2019 des infractions au code de la route relevées par radar automatique, ainsi que l'atteste la mention " CNT-CSA " portées sur ce relevé, qui ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée respectivement les 16 avril 2019, s'agissant de l'infraction du 23 janvier 2019, et 21 janvier 2020, s'agissant des infractions des 9 et 12 octobre 2019. Le ministre de l'intérieur fait valoir que M. B s'est acquitté du paiement des amendes forfaitaires majorées et produit, à l'appui de son argumentation, les attestations par lesquelles le trésorier du contrôle automatisé établit l'encaissement des amendes forfaitaires majorées respectivement de 375 euros, s'agissant des infractions des 23 janvier et 9 octobre 2019, et de 180 euros, s'agissant de l'infraction du 12 octobre 2019. Ce faisant, relève le ministre de l'intérieur, en payant les amendes forfaitaires majorées après réception des avis de contravention contenant l'information préalable, M. B, qui n'établit ni même n'allègue avoir reçu des avis de contravention incomplets ou avoir formé une réclamation recevable sur le fondement de l'article 530 du code de procédure pénale, est réputé avoir bénéficié de l'information. Toutefois, M. B verse au débat les avis de saisie administrative à tiers détenteur des 24 octobre 2019 et 13 août 2020, qui démontrent que les sommes correspondant aux amendes forfaitaires majorées pour les trois infractions litigieuses ont fait l'objet de paiement dans le cadre de procédures de recouvrement forcé. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément probant produit par le ministre de l'intérieur, ce dernier n'établit pas que M. B a reçu, préalablement au recouvrement forcé des amendes forfaitaires majorées, des avis de contravention comportant les informations requises par les dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que les décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions commises les 23 janvier, 9 et 12 octobre 2019 doivent être regardées comme étant intervenues au terme d'une procédure irrégulière.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions portant retrait d'un point, deux points et d'un point consécutivement aux infractions commises respectivement les 23 janvier, 9 et 12 octobre 2019.

S'agissant de la décision référencée " 48SI " en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. B :

7. La décision du ministre de l'intérieur constatant l'invalidation du permis de conduire de M. B récapitule les décisions de retrait de points. En vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Par le présent jugement, il est procédé à l'annulation des décisions portant retrait d'un point, deux points et d'un point consécutivement aux infractions constatées les 23 janvier, 9 et 12 octobre 2019. Eu égard à ces annulations, le solde de points rattaché au permis de conduire de M. B est redevenu positif. Dès lors, la décision référencée " 48SI " du 4 mai 2021 doit être annulée.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions constatées les 5 mai 2016, 14 juillet 2016, 18 juillet 2016, 7 août 2017, 2 janvier 2018, 23 février 2019,

14 juin 2020 et 22 juin 2020.

Article 2 : Les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions relevées les 23 janvier 2019, 9 octobre 2019 et 12 octobre 2019 et la décision référencée " 48SI " du

4 mai 2021 en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. B sont annulées.

Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 1 000 (mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. A B et au

ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.

La magistrate désignée,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2107829

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