mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2107865 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABANES ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré enregistré le 25 août 2021, la préfète du Val-de-Marne demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel le maire de Saint-Maur-des-Fossés a interdit la circulation des véhicules dont le poids total en charge excède 19 tonnes sur les routes départementales n°s 3, 118, 123 et 130.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige portant interdiction de circulation est insuffisamment motivé et est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il n'est pas justifié par des troubles à la sécurité et à la tranquillité publiques ;
- il méconnaît le principe de liberté du commerce et de l'industrie et porte atteinte à la liberté de circulation dès lors que l'itinéraire de substitution pour les véhicules concernés par l'interdiction emporte des conséquences excessives, ayant pour effet de compromettre gravement et immédiatement l'activité commerciale des sociétés implantées sur le port de Bonneuil-sur-Marne.
Par des mémoires en intervention, enregistrés les 8 mars 2022 et 21 juillet 2022, l'établissement public de l'Etat " Le Grand Port Fluviomaritime de l'Axe Seine ", représenté par le cabinet Seban et associés, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête par les mêmes moyens que ceux soutenus par la préfète du Val-de-Marne.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mai 2022 et 1er septembre 2022, la commune de Saint-Maur-des-Fossés, représentée par la SELARL cabinet Cabanes avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'intervention de l'établissement public de l'Etat " Le Grand Port Fluviomaritime de l'Axe Seine " est irrecevable dès lors que ce dernier ne justifie pas d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Duhamel,
- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,
- et les observations de Me Cochelard, représentant la commune de Saint-Maur-des-Fossés.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 2 juin 2021, le maire de Saint-Maur-des-Fossés a interdit la circulation des véhicules dont le poids total autorisé en charge (PTAC) est supérieur à 19 tonnes sur les routes départementales n°s 3, 118, 123 et 130 traversant la commune. Par un courrier du 2 août 2021, la préfète du Val-de-Marne lui a demandé de retirer cet arrêté. En l'absence de réponse de la part de la commune, la préfète du Val-de-Marne demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021.
Sur l'intervention de l'établissement public Grand Port Fluviomaritime de l'Axe Seine :
2. L'établissement public Grand Port Fluviomaritime de l'Axe Seine est chargé d'aménager et d'exploiter les infrastructures portuaires en Ile-de-France et notamment le port de Bonneuil-sur-Marne situé sur la commune du même nom. L'arrêté en litige privant le port d'un de ses accès aux poids lourds de plus de 19 tonnes par la voie RD n°130, il impacte nécessairement l'activité du port et les entreprises qui y sont implantées et est, par suite, susceptible de préjudicier aux intérêts défendus par l'établissement public. Il justifie, dans ces conditions, d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision attaquée. Par suite, son intervention à l'appui de la requête formée par la préfète du Val-de-Marne est recevable.
Sur les conclusions aux fin d'annulation et d'injonction :
3. Aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : "Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. A l'extérieur des agglomérations, le maire exerce également la police de la circulation sur les voies du domaine public routier communal et du domaine public routier intercommunal, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation ". Selon l'article L. 2213-4 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, interdire l'accès de certaines voies ou de certaines portions de voies ou de certains secteurs de la commune aux véhicules dont la circulation sur ces voies ou dans ces secteurs est de nature à compromettre soit la tranquillité publique, soit la qualité de l'air, soit la protection des espèces animales ou végétales, soit la protection des espaces naturels, des paysages ou des sites ou leur mise en valeur à des fins esthétiques, écologiques, agricoles, forestières ou touristiques./. Dans ces secteurs, le maire peut, en outre, par arrêté motivé, soumettre à des prescriptions particulières relatives aux conditions d'horaires et d'accès à certains lieux et aux niveaux sonores admissibles les activités s'exerçant sur la voie publique, à l'exception de celles qui relèvent d'une mission de service public./. Ces dispositions ne s'appliquent pas aux véhicules utilisés pour assurer une mission de service public et ne peuvent s'appliquer d'une façon permanente aux véhicules utilisés à des fins professionnelles de recherche, d'exploitation ou d'entretien des espaces naturels ". Enfin, aux termes de l'article R. 411-8 du code de la route : " Les dispositions du présent code ne font pas obstacle au droit conféré par les lois et règlements aux () maires de prescrire, dans la limite de leurs pouvoirs, des mesures plus rigoureuses dès lors que la sécurité de la circulation routière l'exige. Pour ce qui les concerne, () les maires peuvent également fonder leurs décisions sur l'intérêt de l'ordre public. / Lorsqu'ils intéressent la police de la circulation sur les voies classées à grande circulation, les arrêtés () du maire fondés sur le premier alinéa sont pris après avis du préfet ".
4. En premier lieu, pour interdire, par l'arrêté contesté du 2 juin 2021, la circulation des véhicules dont le PTAC est supérieur à 19 tonnes sur les routes départementales n°s 3, 118, 123 et 130, le maire de Saint-Maur-des-Fossés s'est fondé, en droit, sur les dispositions des articles L. 2212-1 et suivants et L. 2213-1 et suivants du code général des collectivités territoriales. Il s'est fondé, en fait, sur la nécessité de préserver la sécurité et la tranquillité des riverains et usagers ainsi que de minimiser les troubles compte tenu, d'une part, de ce que la circulation de ces véhicules crée, eu égard aux caractéristiques du tissu urbain, des risques importants pour la sécurité des usagers de la voirie, en particulier les cyclistes et les piétons et, d'autre part, de ce que leur passage en transit sur la commune engendre des nuisances sonores importantes et porte une atteinte peu tolérable à la qualité de vie de ses habitants. Par suite, l'arrêté attaqué étant bien motivé en droit et en fait, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et n'est pas sérieusement contesté, que les axes concernés par l'arrêté en litige sont particulièrement accidentogène, la commune de Saint-Maur-des-Fossés ayant vu le nombre d'accidents y progresser de 40 % entre 2016 et 2020, 56 % de ces accidents impliquant des poids lourds. Il est également constant que ces axes traversent un quartier résidentiel de la commune marqué par la présence de nombreux établissements accueillant des piétons dits " vulnérables ", dont huit établissements scolaires représentant près de 5 000 élèves. En outre, ainsi qu'il résulte notamment d'une étude d'impact réalisée par l'association " bruitparif " et d'une étude de l'établissement public " Centre d'études et expérience en risques, environnement, mobilité et urbanisme ", les poids-lourds émettent un bruit équivalent à celui de 4 à 10 véhicules légers et ces types de véhicules sont particulièrement polluants lorsqu'ils roulent à faible allure en agglomération. En l'espèce, ainsi qu'il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies et plaintes de riverains, les axes dont il s'agit sont fréquentés par de nombreux poids lourds de plus de 19 tonnes dont la circulation est très ralentie du fait d'encombrements, ce qui est de nature à créer des nuisances sonores importantes et avoir des effets notables sur la pollution de l'air. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit, ni de ce qu'il aurait inexactement apprécié les circonstances de l'espèce.
6. En troisième lieu, lorsqu'il examine, dans le cadre du contrôle de proportionnalité, la légalité d'une mesure portant atteinte aux droits fondamentaux des personnes, notamment l'atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie et à la liberté de circulation, le juge de l'excès de pouvoir examine successivement si la mesure en cause est adaptée, nécessaire et proportionnée à la finalité qu'elle poursuit.
7. D'une part, l'arrêté attaqué ne concerne que les véhicules dont le poids total autorisé en charge (PTAC) est supérieur à 19 tonnes mais ne vise pas les véhicules affectés aux transports en commun, les véhicules de secours, les véhicules ayant pour origine ou destination la commune, et les véhicules affectés d'une manière générale à l'intérêt public. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, l'arrêté du 2 juin 2021 du maire de Saint-Maur-des-Fossés est, pour les véhicules auquel il s'applique, justifié et adapté compte tenu des risques et nuisances occasionnés par cette circulation. Ainsi, l'interdiction, qui n'est ni générale, ni absolue, est par suite adaptée et nécessaire à la finalité qu'elle poursuit.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'il existe des itinéraires alternatifs reliant les différents secteurs de la commune aux autres axes routiers et autoroutiers. En particulier, ainsi qu'en atteste un constat d'huissier du 2 septembre 2021 réalisé à la demande du maire de Saint-Maur-des-Fossés, les itinéraires alternatifs occasionnent des distances supplémentaires de sept à neuf kilomètres sur les trajets les plus longs et des temps de parcours majorés de quinze à quarante minutes par trajet selon les conditions de circulation, attestés par des constats d'huissier réalisés à la demande d'une des entreprises implantées au sein du port. Si au soutien de son intervention, le Grand Port Fluviomaritime de l'Axe Seine produit douze témoignages d'entreprises implantées sur le site de Bonneuil-sur-Marne, ces documents ne font pas état d'une impossibilité d'exercer leur activité mais seulement de potentiels surcoûts occasionnés par l'interdiction de circulation de certains de leurs plus gros véhicules, sans que des solutions alternatives, notamment l'utilisation de véhicules plus légers, soit étudiées. Dans ces conditions, la mesure d'interdiction ne peut être regardée comme entrainant une charge excessive pour les entreprises implantées sur le port de Bonneuil-sur-Marne de sorte que l'interdiction querellée apparaît proportionnée à la finalité qu'elle poursuit. Pour le même motif, elle ne saurait caractériser une atteinte excessive à la liberté de commerce et de l'industrie et à la liberté de circulation.
9. Il résulte de ce qui précède que la préfète du Val-de-Marne n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué emporte des conséquences excessives en ce qu'il porte atteinte au principe de liberté du commerce et de l'industrie et à la liberté de circulation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la préfète du Val-de-Marne doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat (préfecture du Val-de-Marne) la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Maur-des-Fossés et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : L'intervention de l'établissement public Grand Port Fluviomaritime de l'Axe Seine est admise.
Article 2 : La requête de la préfète du Val-de-Marne est rejetée.
Article 3 : L'Etat (préfecture du Val-de-Marne) versera à la commune de Saint-Maur-des-Fossés une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la préfète du Val-de-Marne, à la commune de Saint-Maur-des-Fossés et à l'établissement public Le Grand Port Fluvio-Maritime de l'Axe Seine.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. B , président,
M. Duhamel, premier conseiller,
M. Cabal, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
Le rapporteur,
B. DUHAMEL
Le président,
M. BLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026