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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107869

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107869

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107869
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 août 2021, M. A C, représenté par

Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer dans les quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre séjour :

-elle est insuffisamment motivée ;

-la fraude alléguée par le préfet n'est pas établie ;

-elle méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 435-1 du même code ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision quant à sa situation personnelle ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation à quitter le territoire français :

-elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

-elle est entachée d'un défaut de motivation ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

-elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

-elle n'est pas spécifiquement motivée ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 21 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant malien, né le 31 décembre 1987 à Kouroukere (Mali), est entré en France selon ses propres déclarations le 31 janvier 2014. Il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 16 janvier 2018 et s'est maintenu sur le territoire depuis lors. Il a sollicité le 28 juin 2019 son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article

L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du

1er avril 2021, dont M. C demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur la motivation de l'arrêté :

2. D'une part, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 313-14 et L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle et familiale de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé pour refuser de délivrer à l'intéressé un titre de séjour et pour l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à compter de sa notification. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé.

3. D'autre part, il ressort des dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque la motivation de l'obligation de quitter le territoire français et celle du refus ou du retrait de titre de séjour dont elle découle nécessairement figurent dans le même arrêté, que ledit refus ou retrait est lui-même motivé et que les dispositions qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, l'autorité administrative n'est pas tenue de faire apparaître dans les motifs de sa décision une mention spécifique à l'obligation de quitter le territoire français. Il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les dispositions de l'article L. 511-1, motive, ainsi qu'il a été dit, la décision portant refus de séjour et précise, après avoir énoncé les éléments relatifs à la vie personnelle et familiale du requérant, que la mesure d'éloignement ne porte pas atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, et alors que la motivation de la décision fixant le délai de départ volontaire n'a pas à être distincte de celle du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français lorsqu'il n'est pas dérogé au délai de droit commun de trente jours, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus d'autorisation de séjour :

4. En premier lieu, si M. C soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit, pour ne pas caractériser la fraude sur laquelle il se fonderait, il ne ressort pas de la décision attaquée qu'elle comporterait un tel motif, le préfet se bornant à constater que l'entreprise EGBM, dont M. C prétend qu'elle l'a employé, était poursuivie depuis le 10 mars 2020 pour " fraude ou fausse déclaration pour faire obtenir ou tenter d'obtenir un titre de travail " concernant dix-huit ressortissants étrangers en situation irrégulière pour la période 2017-2018, qu'elle n'avait pu engager ou proposer une promesse d'embauche à M. C depuis cette date et que l'authenticité et donc la force probante des bulletins de salaires antérieurs était remise en doute. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement retenir, au nombre des éléments de son appréciation, une moindre valeur probante aux pièces présentées comme des bulletins de salaire pour les années 2019 et 2020. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

6. D'une part, M. C fait valoir qu'il justifie de motifs exceptionnels dans la mesure où il réside en France depuis 2014 et y a exercé une activité professionnelle en qualité d'ouvrier du béton au sein de la société BTPI de juin à décembre 2017, d'avril à décembre 2018, puis de février 2019 à juin 2020, puis en cette même qualité pour la société EGBM, et enfin de juillet 2020 à décembre 2021 en qualité de responsable d'exploitation au sein de la société JACOB ELEC sous un nom d'emprunt. Toutefois, M. C qui a été employé de manière discontinue au cours des quatre dernières années et n'a déclaré aucun revenu pour l'année 2019, n'établit pas une intégration professionnelle significative depuis son arrivée en France. D'autre part, l'intéressé, s'il établit une présence continue sur le territoire français depuis au moins 2015, est célibataire sans charge de famille, ne justifie ni même n'allègue être dépourvu de toute attache familiale au Mali, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans au moins. Dans ces conditions, M. C, n'est pas fondé à soutenir qu'il dispose d'éléments d'insertion personnelle tels qu'ils puissent le faire regarder comme justifiant de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que son séjour répond à des considérations humanitaires. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. C fait valoir qu'il est entré en France en 2014, soit depuis sept ans, qu'il dispose d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée à temps plein et qu'il est d'un point de vue professionnel inséré dans la société. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux énoncé au point 6, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, l'arrêté litigieux n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, pour les motifs précédemment exposés, être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " () II. ' L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, d'une part, en assortissant l'obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire fixé à trente jours, le préfet a fait application du régime de droit commun prévu par les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a suffisamment motivé sa décision. D'autre part, M. C, qui n'a d'ailleurs pas demandé à bénéficier d'un délai supérieur, ne fait état d'aucun élément de sa situation justifiant qu'un tel délai lui soit accordé pour quitter volontairement le territoire français, de sorte que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision fixant le délai de départ volontaire doit également être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer à M. C le titre de séjour qu'il sollicitait et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours doivent être rejetées. Doivent également, et par voie de conséquence, être rejetées ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre, premier conseiller,

M. Dumas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

Le rapporteur,

E. ALLEGRELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière,

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