jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2107902 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ATGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 août 2021 et le 20 octobre 2023,
M. B A, représenté par Me Atger, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 20 juillet 2021, par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quarante-huit heures à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours sous la même condition d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui-même si l'aide juridictionnelle n'est pas accordée.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité pourtant établie par plusieurs certificat médicaux ; l'OFII ne peut se fonder sur un entretien datant de l'année 2020 qui est incomplet ;
- l'OFII s'est cru en situation de compétence liée eu égard à ses absences en préfecture ;
- ses absences sont légitimes pour des raisons médicales et la décision litigieuse est en conséquence entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la privation des conditions matérielles d'accueil est inconventionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
22 décembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Lalande, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan, né le 4 avril 1985 à Paktia (Afghanistan), a présenté une demande d'asile qui a été placée en procédure " Dublin " le 17 septembre 2020. Il ne s'est pas présenté à trois rendez-vous et a été déclaré en fuite. L'OFII l'a informé de son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil par lettre du 5 juillet 2021 ; M. A a fait part de ses observations le 15 juillet 2021 ; néanmoins par une décision du 20 juillet 2021, l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 décembre 2021. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur (). 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. () ". Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article
L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Sans préjudice de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, en cas de refus ou d'abandon de l'hébergement proposé en application du premier alinéa du présent article, le demandeur d'asile ne peut être hébergé dans un établissement mentionné au 8° du I de l'article L. 312-1 du même code et à l'article L. 322-1 dudit code ou bénéficier de l'application de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation. Après avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, un décret en Conseil d'Etat détermine les informations qui doivent être fournies par l'Office français de l'immigration et de l'intégration au service intégré d'accueil et d'orientation pour la mise en œuvre du troisième alinéa du présent article. ".
4. Dans sa décision du 31 juillet 2019, association La CIMADE et autres, nos 428530, 428564, le Conseil d'État a jugé que, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et
L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, d'un entretien de vulnérabilité à l'issue duquel sa situation a fait l'objet d'une évaluation, qui a conclu à l'absence de facteur particulier de vulnérabilité. Si le requérant justifie qu'il était suivi en Suède, puis en France, notamment pour un état de stress post-traumatique, il ne résulte pas des pièces produites que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas tenu compte de ces éléments avant de prendre la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'évaluation de la vulnérabilité de
M. A ne peut être accueilli.
6. En deuxième lieu, si M. A soutient que l'OFII s'est cru en situation de compétence liée eu égard à ses absences en préfecture, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a notamment pris attache avec les services de la préfecture de l'Essonne s'agissant du placement en fuite du requérant, se serait cru lié par l'absence de l'intéressé aux convocations.
7. En troisième lieu, M. A soutient qu'il lui était impossible de se rendre à ses convocations des 9 et 16 juin 2021 en raison d'une grave détresse psychologique induite par la crainte d'être renvoyé en Afghanistan. Toutefois, les certificats médicaux établis par un médecin généraliste les 7 juin et 19 juillet 2021, qu'il a produits pour justifier ses absences, se bornent à indiquer qu'il n'a pu se présenter à ces rendez-vous " pour des raisons médicales ", celui du
19 juillet précisant seulement que l'intéressé est régulièrement suivi pour un " syndrome de stress post traumatique très marqué compliqué d'épisode dépressif caractérisé sévère avec idées suicidaires ", mais sans donner d'indication précise sur son état de santé les jours concernés. Ainsi, les documents produits ne justifient que le requérant était dans l'incapacité de se rendre à ses convocations. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
8. En quatrième lieu, le requérant soulève l'inconventionnalité des dispositions du droit interne français au regard des objectifs et dispositions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, tels qu'interprétés par la Cour de justice de l'Union européenne, au motif qu'elles ne garantiraient pas un niveau de vie digne à tous les demandeurs d'asile et en toutes circonstances. Toutefois, la suspension des conditions matérielles d'accueil en vertu des dispositions nationales applicables n'interdit ni même n'empêche au demandeur d'asile d'en solliciter le rétablissement en faisant valoir tout élément relatif à sa situation personnelle, l'Office français de l'immigration et de l'intégration étant alors tenu de les prendre en compte. Il ne ressort en outre d'aucune disposition que la suspension des conditions matérielles d'accueil ferait en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Dès lors, l'exception d'inconventionnalité soulevée par le requérant n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil prise à son encontre. Le moyen doit donc être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Atger, et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Dumas, premier conseiller,
M. Pradalié, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
Le président-rapporteur,
D. LALANDE L'assesseur le plus ancien,
M. DUMAS
La greffière,
C. BOURGAULT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026