lundi 7 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2107939 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BANOUKEPA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 août 2021 au greffe du tribunal administratif de Montreuil et le 23 août 2021 au greffe du présent tribunal, M. F E, représenté par Me Banoukepa, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 11 août 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative de lui délivrer une carte de séjour temporaire, assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative, ou à défaut sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, injonction assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative;
3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme sur le fondement de l'article 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est entachée d'une erreur de droit sur le fondement de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il dispose d'un logement, qu'elle ne peut être reconduite au Cameroun car elle y risque des traitements inhumains et dégradants, et que l'interdiction de retour pour une durée de deux ans méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il vit en France avec sa concubine et leurs deux enfants depuis neuf ans ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- l'ordonnance du président du tribunal administratif de Montreuil en date du 19 août 2022 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M. E au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Meaux (Seine-et-Marne),
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 7 octobre 2022, en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu les observations de Me Banoukepa, représentant M. E, requérant, absent, qui précise qu'il dispose d'une résidence régulière et qu'il est le père d'un enfant résidant en France.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. F E, ressortissant camerounais né le 27 octobre 1982 à Baleveng (Région de l'Ouest), entré en France selon ses dires en 2013, a fait l'objet, le 1er décembre 2016, par le préfet de la Seine-Saint-Denis, d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, non contestée et non exécutée. Il a présenté, le 21 août 2020, auprès du préfet de Seine-et-Marne une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour, enregistrée le 12 octobre 2020 et complétée selon ses dires le 6 mai 2021. Le 11 août 2021, dans le cadre d'une enquête pour aide à l'entrée irrégulière d'une personne de nationalité camerounaise et aux termes de laquelle il a fait l'objet d'un rappel à la loi par le procureur de la République de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris à son encontre une nouvelle obligation de quitter le territoire français et a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, après avoir été informé par la préfecture de Seine-et-Marne que l'intéressé n'avait pas donné suite à sa demande de titre de séjour. La requête tendant à l'annulation de cette décision, enregistrée le 13 août 2021 au greffe du tribunal administratif de Montreuil, a été transmise au présent tribunal le 29 août au motif de l'adresse déclarée de l'intéressé à Meaux (Seine-et-Marne), 61 rue Apollinaire, résidence Argonne.
2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;
()". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ()". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;() 4". Aux termes enfin de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1836 du 19 juillet 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, ainsi qu'en cas d'absence ou d'empêchement à Madame C A, adjointe au chef de bureau de l'éloignement, à l'effet de signer notamment les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Madame A, signataire de la décision en litige, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision querellée du 11 août 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé n'avait pas été en mesure de démontrer son entrée régulière sur le territoire ni qu'il disposait d'un titre de séjour en cours de validité et qu'il n'avait pas donné suite à sa demande de titre de séjour présentée en août 2020. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu en tout état de cause de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels il a fondé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige, dans toutes ses dispositions, et d'examen sérieux et personnalisé de la situation de M. E doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes d'une part de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ", et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Aux termes d'autre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
7. Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, et le respect des droits de l'enfant, doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Si l'intéressé soutient que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaitrait ces stipulations et ces dispositions, en particulier en ce qu'elle prononce une interdiction de retour pour une durée de deux ans, il est constant que la personne qu'il déclare comme sa concubine ne dispose pas d'un titre de séjour régulier et qu'il a déclaré dans sa demande de titre de séjour devant le préfet de Seine-et-Marne qu'il avait deux autres enfants restés dans son pays d'origine. Rien ne s'oppose donc à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale dans celui-ci. Ce moyen qui ne pourra donc qu'être écarté, la circonstance qu'il serait en France depuis plus de huit ans à la date de la décision contestée, étant par ailleurs sans incidence sur sa légalité.
9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Si l'intéressé soutient que la décision en litige méconnaitrait ces stipulations et dispositions, il n'apporte ici aussi aucun élément permettant de juger du bien-fondé de ce moyen qui ne pourra donc qu'être également écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. E ne pourra qu'être rejetée, tant en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire que les décisions qui l'accompagnent.
D E C I D E :
Article 1er La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. F E, au préfet de la Seine-Saint-Denis et au préfet de la Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé : M. AymardLa greffière,
Signé : N. Riellant
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Riellant
2107939
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026