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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107940

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107940

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107940
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHEYDARI-MALAYERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2021 au greffe du tribunal administratif de Paris et le 25 août 2021 au greffe du présent tribunal, M. B A, représenté par Me Heydari, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 6 août 2021 par laquelle le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer son dossier dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les conditions de délai et d'astreinte,

Il soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est entachée d'un défaut de motivation et qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2021, le préfet de police de Paris, représenté par Me Orier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- l'ordonnance du président du tribunal administratif de Paris en date du 24 août 2022 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M. A au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne),

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 7 octobre 2022, en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, présenté son rapport, en l'absence du requérant et du préfet de police de Paris ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 26 mai 1995 à Alger, entré en France en 2016 selon ses dires a fait l'objet, le 20 octobre 2020, par le préfet du Val d'Oise d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour pour une durée d'un an, non contestée et non exécutée. Depuis 2018, il avait été mis en cause dans au moins neuf délits sous son nom ou sous l'alias de " Abdellah Zenadji ". Interpellé à nouveau le 9 août 2021 dans le cadre d'une enquête sur un vol en flagrant délit à Paris le 6 août 2021, il a été destinataire le même jour d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire de deux ans. La requête tendant à l'annulation de cette décision, enregistrée le 8 août 2021 au greffe du tribunal administratif de Paris, a été transmise au présent tribunal le 25 août au motif de l'adresse déclarée de l'intéressé à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), 18 rue Gaston Monmousseau.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;

()". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ()". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;() 4". Aux termes enfin de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, par un arrêté n° 2021-00539 du 9 juin 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°75-2021-292 du même jour, le préfet de police a donné à Mme C, attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, la décision querellée du 9 août 2021 du préfet de police de Paris mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé avait fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 20 octobre 2020 et que l'intéressé se déclarait en concubinage sans en apporter la preuve. Le préfet de police de Paris n'était pas tenu en tout état de cause de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels il a fondé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige, dans toutes ses dispositions, et d'examen sérieux et personnalisé de la situation de M. A doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Si l'intéressé soutient qu'il serait " en couple avec une femme de nationalité française ", laquelle serait enceinte de ses œuvres et résiderait à Bourg-en-Bresse (Ain), il ne l'établit par aucune des pièces du dossier. Ce moyen qui ne pourra donc qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A ne pourra qu'être rejetée, tant en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire que les décisions qui l'accompagnent.

D E C I D E :

Article 1er La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A, au préfet de police de Paris et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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