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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107956

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107956

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantFAUVEAU IVANOVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 août 2021, M. B A, représenté par Me Fauveau-Ivanovic, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter de la date à laquelle leur bénéfice a été interrompu, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée et ne contient aucun élément factuel propre à sa situation ;

- son droit à l'information, garanti par les articles L. 551-10, D. 551-16, R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 5.1 et 5.2 de la directive n° 2013/33/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 a été méconnu ;

- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, en méconnaissance des articles 20.5 et 22.1 de la directive n° 2013/33/UE et des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son état de vulnérabilité n'a pas fait l'objet d'une évaluation, alors qu'il souffre de séquelles physiques et psychologiques ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- il n'a pas dissimulé aux autorités en charge de l'asile qu'il avait précédemment bénéficié de la protection internationale au Danemark.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés le 5 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né en 1998, a sollicité le bénéfice de l'asile en France le 9 juillet 2021, et a accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Par une décision du 29 juillet 2021, dont il demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a mis fin à son profit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, en dissimulant le fait qu'il avait déjà obtenu la protection internationale au Danemark.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 22 septembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée, après avoir visé les articles L. 551-16 et R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique qu'il est mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A au motif que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, en dissimulant le fait qu'il avait déjà obtenu la protection internationale au Danemark le 21 novembre 2016. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la directrice territoriale de l'OFII de Créteil n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. A avant de prendre la décision litigieuse. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article D. 551-16 de ce code : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23. ". Aux termes de l'article R. 551-23 de ce code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du document intitulé " Offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil ", signé par M. A le jour de l'enregistrement de sa demande d'asile le 9 juillet 2021, que ce dernier a été informé, avec le concours d'un interprète dans une langue qu'il comprend, des conditions et des modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil, ainsi que des éléments devant être portés à sa connaissance conformément aux dispositions précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à l'information et de l'absence de notification, dans une langue qu'il comprend, des modalités de cessation des conditions matérielles d'accueil, ne peut être qu'écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

9. Il résulte des dispositions précitées que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil.

10. Il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'il l'a lui-même certifié en réponse à l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil, M. A a bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa vulnérabilité le 9 juillet 2021, lors de l'enregistrement de sa demande au guichet unique des demandeurs d'asile, au cours duquel il a déclaré ne souffrir d'aucun problème de santé. Par suite, et alors que l'intéressé n'établit pas avoir apporté d'éléments nouveaux relatifs à sa situation, il ne saurait utilement se prévaloir de l'absence d'évaluation de sa vulnérabilité avant l'édiction, le même mois, de la décision mettant fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu accorder la protection internationale par les autorités danoises le 21 novembre 2016, ce que l'intéressé ne conteste pas. Par suite, l'Office n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que l'intéressé, qui se borne à soutenir sans l'établir qu'il n'a pas dissimulé cette information, n'avait pas fourni toutes les informations utiles à l'instruction de sa demande et en mettant fin, en conséquence, au bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avait été antérieurement accordé.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 () prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".

14. M. A, qui soutient avoir été victime de violences physiques et psychologiques dans son pays d'origine qu'il a quitté alors qu'il était encore mineur, n'établit pas, par ces seules allégations, qu'il serait dans une situation de vulnérabilité particulière. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 10, l'intéressé a déclaré lors de l'entretien réalisé le 9 juillet 2021 ne connaître aucun problème de santé, et il ne fait état d'aucun élément nouveau qui serait survenu postérieurement à cet entretien, de nature à caractériser une situation de vulnérabilité. Dans ces conditions, la directrice territoriale de l'OFII n'a pas, par la décision attaquée, inexactement apprécié la vulnérabilité de l'intéressé.

15. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation n'est, au vu de ce qui précède, pas établie.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 juillet 2021. Il convient également de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Fauveau-Ivanovic et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

M. C

La présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N° 2007956

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