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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107961

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107961

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107961
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantEDBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2021, M. A E D, représenté par Me Edberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 31 juillet 2021 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui accorder le renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Le requérant soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que les dispositions de L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision de refus de titre entraîne l'illégalité de cette décision ;

- cette dernière est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

- l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité cette décision ;

- son éventuel départ nécessite un délai de départ volontaire supérieur.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité cette décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Par décision du 20 octobre 2021, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les décisions contestées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 septembre 2022 :

- le rapport de M. B ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant cap-verdien né en 1977, entré en France, selon ses déclarations, en 2002, s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, valable du 22 mai 2017 au 21 mai 2018, dont il a sollicité le renouvellement. Par arrêté du 30 juillet 2021, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé à trente jours le délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination. Par la requête précitée, l'intéressé demande l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité des décisions contestées :

S'agissant de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour,

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

3. Par l'arrêté attaqué, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler la carte de séjour temporaire accordée à M. D au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, au motif notamment que sa présence sur le territoire français constitue une menace à l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des mentions du rapport de police du 3 juin 2019, qu'une perquisition réalisée au domicile de l'intéressé avait permis de découvrir qu'il détenait un faux passeport, deux fausses cartes d'identité et un faux permis portugais. L'utilisation de ces documents d'identité falsifiés lui avait permis, d'une part, l'obtention frauduleuse de diverses prestations sociales pour un montant estimé de 3 324,21 euros au détriment de Pôle Emploi et, d'autre part, la délivrance au profit de sa concubine, Mme C, d'un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union. Par ailleurs, le requérant a été condamné pour " détention frauduleuse de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation ", " déclaration fausse ou incomplète pour obtenir d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public une allocation, une prestation ou un avantage indu " et " faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation " sur la période du 1er janvier 2014 au 3 juin 2019 à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis par un jugement du tribunal correctionnel de Melun en date du 27 août 2019. Dans ces conditions, c'est sans erreur de droit ni d'appréciation que le préfet de Seine-et-Marne a considéré que la présence en France de M. D constitue une menace à l'ordre public au sens de l'article L. 432-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En second lieu, la seule circonstance qu'une carte de séjour temporaire avait été accordée au requérant en 2017 en raison de sa qualité de parent d'enfants scolarisés est insuffisante pour justifier qu'il avait le droit au renouvellement de cette carte. Le moyen tiré de ce que la décision contestée serait privée de base légale ne peut donc qu'être écarté.

5. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. M. D soutient qu'il est présent en France depuis dix-huit ans, qu'il a deux enfants mineurs, nés en 2011 et 2015, qui sont scolarisés, et qu'il dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée. Toutefois, il ne justifie pas de la durée de séjour dont il se prévaut en l'absence de production de la moindre pièce justificative, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents, un frère et une sœur. Il ne justifie pas davantage de liens privés et familiaux sur le territoire national, inscrits dans la durée et la stabilité, ni d'une quelconque insertion dans la société française. De plus, la présence en France de sa concubine, dont le titre de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen européen a été retiré par décision préfectorale du même jour, et de leurs deux enfants ne suffit pas à démontrer que sa vie privée et familiale serait désormais située sur le territoire français, alors que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine où tous ses membres sont légalement admissibles. Ainsi et compte tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire national, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'est donc pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. En l'espèce, il n'est pas établi, par les pièces du dossier, que la décision en litige serait intervenue en méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants du requérant, au sens des stipulations précitées, dès lors que cette décision n'a ni pour objet, ni pour effet de priver ces enfants de la présence de leurs parents et que rien ne s'oppose, par ailleurs, à ce que leur vie familiale se poursuive au Cap-Vert où ils sont tous légalement admissibles, ni à ce que les enfants y poursuivent leur scolarité. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance des stipulations précitées.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français,

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision portant retrait de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code, " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

11. La décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, en particulier les éléments ayant trait à la situation personnelle et familiale du requérant, la menace à l'ordre public que constitue la présence en France de l'intéressé, ainsi que la mention des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 611-1 du CESEDA. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée qui manque en fait, doit être écarté.

12. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ne peut qu'être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours,

13. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, les décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours doit être écartée.

14. En second lieu, si le requérant soutient que son éventuel départ nécessite un délai supérieur à trente jours, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait demandé un tel délai ou fait état, devant le préfet, avant l'édiction de l'arrêté contesté, de circonstances particulières, propres à justifier une prolongation du délai de départ volontaire qui lui a été accordé.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination,

15. Compte tenu de ce qui précède, les décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écartée.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 30 juillet 2021 doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que ses conclusions tendant au bénéfice des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E D, à Me Edberg et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le rapporteur,

P. B La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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