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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108004

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108004

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantOUEDRAOGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 août 2021 et 11 mars 2022, M. B A, représenté par Me Ouedraogo et par Me Falah, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 avril 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une irrégularité de procédure ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entache d'illégalité la décision contestée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entache d'illégalité la décision contestée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne a conclu au rejet de la requête.

Par décision du 21 juillet 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A.

Vu :

- les décisions contestées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 septembre 2022 :

- le rapport de M. C ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1964, est entré en France le 29 mars 2015. Il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité d'étranger malade. Par arrêté du 29 avril 2021, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par la requête précitée, l'intéressé demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour,

2. En premier lieu, l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit, à son article 2, que " () L'avis communiqué au préfet par le collège des médecins de l'OFII ne comporte aucune information couverte par le secret médical, détaillé en annexe I, ni aucun élément susceptible de révéler la pathologie du demandeur. Le rapport médical mentionné au premier alinéa du présent article n'est communicable ni à cette autorité administrative ni à aucune autre. Les conditions de transmission du certificat médical, telles que prévue dans l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont assurées dans le respect du secret médical, qui implique que les agents des services préfectoraux ne puissent pas accéder à une information médicale couverte par ce secret. Ces agents ne peuvent faire état d'informations médicales concernant un étranger que celui-ci a, de lui-même, communiquées, que dans le cadre d'une procédure contentieuse ".

3. En l'espèce, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, en particulier les éléments ayant trait à la situation personnelle et familiale de M. A, ainsi que la mention des stipulations des articles 6-7 de l'accord franco-algérien et 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 313-11 et L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision mentionne également l'avis défavorable rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 8 juin 2020. Par suite et au regard du nécessaire strict respect du secret médical, tel que rappelé au point précédent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de l'avis précité du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 8 juin 2020, communiqué à l'appui des écritures en défense du préfet, que le médecin-rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

6. Dans l'avis du 8 juin 2020, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut ne pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé et que cet état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par arrêté du 29 avril 2021, le préfet de Seine-et-Marne a, quant à lui, considéré que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que cet état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est atteint d'une pathologie chronique invalidante qui entraîne des déformations au niveau des articulations de tout le corps et notamment des hanches et des genoux, pour laquelle il a subi plusieurs interventions chirurgicales, ainsi que le mentionne un certificat médical du 21 janvier 2020. Toutefois, le requérant, qui n'établit pas suivre un traitement médicamenteux, ne justifie pas ne pas pouvoir effectivement bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie en Algérie au sens des stipulations précitées de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Il suit de là qu'en refusant de délivrer au requérant un certificat de résidence algérien, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas méconnu ces stipulations.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français,

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

9. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire et sans enfant sur le territoire français, où il est entré à l'âge de cinquante-et-un ans, et qu'il ne justifie pas de liens privés et familiaux sur le territoire, inscrits dans la durée et la stabilité. La seule circonstance qu'il y bénéficie d'une prise en charge médicale par le biais de l'aide médicale d'Etat ne suffit pas à établir que la décision contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Compte tenu de ce qui précède, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écartée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 29 avril 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

12. Par voie de conséquence de ce qui vient d'être dit, les conclusions de la requête à fin d'injonction, ainsi que celles au titre des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le rapporteur,

P. C La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. BOURGAULT

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