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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108124

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108124

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantMAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 septembre 2021, M. F B, représenté par Me Maire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en fait et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions du 4°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié dès lors que le requérant est le père de la jeune A, enfant français mineur, qu'il dispose de l'autorité parentale et qu'il subvient aux besoins de sa fille ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

S'agissant de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le requérant est entré en France en 2015, qu'il demeure marié à une ressortissante portugaise, qu'il est pleinement impliqué dans l'éducation et le suivi médical de sa fille, que la cellule familiale du requérant ne pourrait se reconstituer dans un autre pays, tous les membres du même foyer n'ayant pas la même nationalité ;

S'agissant de la légalité de la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

En application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Verdeil, substituant Me Maire, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 30 juillet 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par la présente instance, le requérant demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ".

3. La décision attaquée a été signée par M. D C, nommé préfet de Seine-et-Marne par décret du président de la République du 30 juin 2021, publié le 1er juillet 2021 au Journal Officiel de la République française (texte n° 62). Celui-ci était compétent tant pour prendre la décision attaquée que la signer sans, contrairement à ce qu'allègue le requérant, être titulaire d'une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision manque en fait et ne peut ainsi qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de Seine-et-Marne a fait application pour refuser la délivrance d'un titre de séjour au requérant ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Elle mentionne également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. Ainsi, à sa seule lecture, cette décision permet au requérant de comprendre les motifs du refus de titre qui lui sont opposés même si elle ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant. Par suite, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de refuser de lui accorder de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco algérien modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

7. Tout d'abord, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, le requérant ne conteste pas sérieusement que, comme le fait apparaître la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires, il a, entre 2015 et 2021, détenu des stupéfiants, procédé à des ventes à la sauvette et a commis des violences sur conjoint. Il a été condamné le 11 août 2020 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, sur conjoint. Il a de nouveau été interpellé le 3 février 2021 pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Ainsi, et bien que le requérant justifie d'un suivi psychologique, compte tenu de la répétition des faits, de leur gravité et de leur caractère récent, le requérant doit être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation quant à la menace que le requérant représente pour l'ordre public doit être écarté.

8. Ensuite, s'il est constant que le requérant est le père de la jeune A de nationalité française, née le 26 juillet 2019 de sa relation avec une ressortissante portugaise et jouit de l'autorité parentale à l'égard de sa fille et qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer de plein droit un certificat de résidence en application des stipulations du 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien précitées sans avoir à établir qu'il subvient effectivement aux besoins de sa fille, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, sa présence en France constitue une menace à l'ordre public. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations précitées du 4°) de l'article 6 de l'accord franco algérien modifié.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, ainsi qu'il a été indiqué précédemment, l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour au requérant ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, le moyen présenté à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance, 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Ainsi qu'il a été exposé au point 7, les faits mentionnés, dont la matérialité peut être tenue pour établie, suffisent à justifier le refus de renouvellement de titre contesté, ainsi que l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, ainsi qu'il a été indiqué précédemment, l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour au requérant ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, le moyen présenté à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté.

15. En second lieu, la décision vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que le requérant n'allègue pas encourir des risques de traitements contraires à ces stipulations. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

17. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du préfet de Seine-et-Marne du 30 juillet 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Jeannot, première conseillère,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La rapporteure,

F. ELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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