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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108140

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108140

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSAUTEREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 septembre 2021 et 12 mai 2022, M. B A, représenté par Me Sautereau, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de Champagne-sur-Seine a refusé de faire droit à sa demande tendant au bénéfice de l'indemnité de licenciement prévue par l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984, révélée par l'article 2 de l'arrêté n° 144-2021 du 15 avril 2021 mettant fin à son détachement sur l'emploi fonctionnel de directeur général des services, le réintégrant dans son cadre d'emploi et l'affectant sur le poste de chef de projet d'administration générale à compter du 1er mai 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 145-2021 du 15 avril 2021 et l'arrêté modificatif n° 243-2021 du 30 juillet 2021 par lesquels le maire de Champagne-sur-Seine l'a nommé chef de projet d'administration générale à compter du 1er mai 2021 ;

3°) d'annuler la décision implicite née le 7 juillet 2021 par laquelle le maire de Champagne-sur-Seine a rejeté son recours gracieux ;

4°) d'enjoindre à la commune de Champagne-sur-Seine de lui verser l'indemnité de licenciement prévue par l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Champagne-sur-Seine la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les arrêtés n° 144-2021 et n° 145-2021 du 15 avril 2021 et la décision implicite rejetant son recours gracieux méconnaissent les dispositions de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 ;

- l'arrêté n° 243-2021 du 30 juillet 2021 vise une décision inapplicable du Conseil d'Etat ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est dépourvu de base légale, la délibération du 29 juillet 2021 n'étant pas exécutoire faute de transmission au représentant de l'Etat ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de la délibération du 29 juillet 2021, celle-ci méconnaissant les dispositions de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984 et étant entachée de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré 25 octobre 2021 présenté par l'AARPI LEXSTEP Avocats, agissant par Me Van Elslande, la commune de Champagne-sur-Seine, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de désignation précise des décisions dont l'annulation est demandée ;

- les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n° 145-2021 sont irrecevables en l'absence d'intérêt pour agir du requérant, dès lors que l'arrêté n° 144-2021 est devenu définitif puisque le requérant ne l'a pas contesté à l'occasion de son recours gracieux et subsistera donc nonobstant l'annulation de l'arrêté n° 145-2021 ;

- les moyens tirés du visa irrégulier d'une décision du Conseil d'Etat et de la méconnaissance de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984 sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 novembre 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourrel Jalon,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- les observations de Me Sautereau, représentant M. A,

- et les observations de Me Van Elslande, représentant la commune de Champagne-sur-Seine.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, titulaire du grade d'attaché territorial principal, a été détaché sur l'emploi fonctionnel de directeur général des services (DGS) de la commune de Champagne-sur-Seine pour une durée de cinq ans, à compter du 1er mai 2007. Ce détachement a été renouvelé en dernier lieu jusqu'au 1er mai 2022 par un arrêté du 29 avril 2019. Par un arrêté n° 144-2021 du 15 avril 2021 du maire de Champagne-sur-Seine, il a été mis fin à son détachement à compter du 1er mai 2021. Par l'article 2 de ce même arrêté, M. A a été réintégré dans son cadre d'emploi et affecté sur l'emploi de chef de projet d'administration générale à compter du 1er mai 2021. Par un arrêté n° 145-2021 du même jour et un arrêté modificatif n° 243-2021 du 30 juillet 2021, le maire de Champagne-sur-Seine l'a nommé chef de projet d'administration générale à compter du 1er mai 2021. Par un courrier reçu le 7 mai 2021, M. A a adressé un recours gracieux au maire de Champagne-sur-Seine. Une décision implicite de rejet est née le 7 juillet 2021 du silence gardé par cette autorité. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de l'article 2 de l'arrêté n° 144-2021, des arrêtés n° 145-2021 et n° 243-2021, ensemble la décision rejetant son recours gracieux.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. () Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. () ". Aux termes de l'article R. 412-1 du même code : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué () ".

3. La commune de Champagne-sur-Seine fait valoir que M. A n'a pas désigné avec suffisamment de précision les décisions attaquées en méconnaissance des dispositions précitées. Toutefois, sa requête initiale, qui tend à l'annulation de la décision par laquelle le maire de Champagne-sur-Seine a refusé de faire droit à sa demande d'indemnité de licenciement et l'a affecté sur le poste de chef de projet d'administration générale, est accompagnée des arrêtés n° 144-2021, n° 145-2021 et n° 243-2021 ainsi que de son recours gracieux et de la preuve de réception de celui-ci. Par la suite, le mémoire en réplique précise que le requérant sollicite l'annulation de l'article 2 de l'arrêté n° 144-2021, des arrêtés n° 145-2021 et n° 243-2021 et de la décision rejetant son recours gracieux. Dans ces conditions, M. A ayant mis le tribunal à même d'identifier les décisions dont il sollicite l'annulation, cette première fin de non-recevoir opposée par la commune de Champagne-sur-Seine doit être écartée.

4. La commune de Champagne-sur-Seine fait également valoir que M. A n'a pas intérêt pour agir contre l'arrêté n° 145-2021 portant nomination au poste de chef de projet d'administration générale. Elle soutient que, le requérant n'ayant pas contesté l'arrêté n° 144-2021 portant réintégration et affectation au poste de chef de projet d'administration générale à l'occasion de son recours gracieux, celui-ci est devenu définitif si bien qu'une éventuelle annulation de l'arrêté n° 145-2021 ne présenterait aucune utilité pour le requérant. Toutefois, si le recours gracieux reçu le 7 mai 2021 ne mentionne expressément que l'arrêté n° 145-2021, il ressort des termes mêmes de ce recours que le requérant a relevé qu'il n'existait aucun emploi vacant sur lequel il pourrait être réintégré si bien que la commune avait méconnu le droit d'option prévu par l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 et a réitéré son choix de bénéficier de l'indemnité de licenciement. Il a ainsi entendu contester sa réintégration et son affectation au poste de chef de projet d'administration générale et doit donc être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement contesté les deux arrêtés du 15 avril 2021 à l'occasion de son recours gracieux. Dans ces conditions, contrairement à ce que fait valoir la commune, l'arrêté n° 144-2021 n'était pas devenu définitif à la date d'introduction de la requête et M. A n'est ni forclos ni dépourvu d'intérêt pour agir. Par suite, cette seconde fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur, désormais codifié aux articles L. 544-4, L. 412-6 et L. 544-1 du code général de la fonction publique : " Lorsqu'il est mis fin au détachement d'un fonctionnaire occupant un emploi fonctionnel mentionné aux alinéas ci-dessous et que la collectivité ou l'établissement ne peut lui offrir un emploi correspondant à son grade, celui-ci peut demander à la collectivité ou l'établissement dans lequel il occupait l'emploi fonctionnel soit à être reclassé dans les conditions prévues aux articles 97 et 97 bis, soit à bénéficier, de droit, du congé spécial mentionné à l'article 99, soit à percevoir une indemnité de licenciement dans les conditions prévues à l'article 98. / Ces dispositions s'appliquent aux emplois : / () - de directeur général des services, de directeur général adjoint des services des communes de plus de 2 000 habitants ; / (). ".

6. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'il est mis fin au détachement d'un fonctionnaire territorial sur un emploi fonctionnel mentionné à l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984, à l'initiative de la collectivité ou de l'établissement au sein de laquelle ou duquel il est détaché sur un tel emploi, que cette fin de fonctions intervienne avant le terme normal du détachement ou résulte du non-renouvellement de celui-ci, ce fonctionnaire est en principe réintégré dans son corps ou cadre d'emplois et réaffecté à la première vacance ou création d'emploi dans un emploi correspondant à son grade relevant de sa collectivité ou de son établissement d'origine. Dans le cas où le fonctionnaire territorial est détaché sur un emploi fonctionnel relevant de sa collectivité ou de son établissement d'origine, il appartient à celle-là ou à celui-ci, pour mettre en œuvre l'obligation de réintégration qui lui incombe en principe, de prendre en compte, sous réserve des nécessités du service, les emplois vacants à la date à laquelle cette collectivité ou cet établissement informe son organe délibérant, en application de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984, de la fin du détachement, ainsi que ceux qui deviennent vacants ultérieurement. Si sa collectivité ou son établissement d'origine n'est pas en mesure, à la date à laquelle la fin du détachement prend effet, de le réaffecter sur un tel emploi, le fonctionnaire est en droit, dans les conditions prévues par l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984, de demander à la collectivité ou à l'établissement dans lequel il occupait l'emploi fonctionnel de bénéficier d'un reclassement, d'un congé spécial ou d'une indemnité de licenciement.

7. En l'espèce, M. A a été détaché sur un emploi fonctionnel de directeur général des services relevant de sa collectivité d'origine, la commune de Champagne-sur-Seine, à compter du 1er mai 2007. Par un arrêté n° 144-2021 du 15 avril 2021, le maire de Champagne-sur-Seine a mis fin à ce détachement, l'a réintégré dans le cadre d'emploi des attachés territoriaux et l'a affecté sur le poste de chef de projet d'administration générale. Par un arrêté n° 145-2021 du même jour, cette autorité l'a nommé chef de projet d'administration générale à compter du 1er mai 2021. Il ressort des pièces du dossier que le conseil municipal de Champagne-sur-Seine a été informé de la fin de ce détachement le 22 février 2021. M. A soutient qu'à compter de cette date et jusqu'au 1er mai 2021, date à laquelle la fin du détachement a pris effet, période durant laquelle il pouvait exercer le droit d'option visé à l'article 53 de la loi 26 janvier 1984, il n'existait aucun emploi vacant correspondant à son grade si bien que la commune ne pouvait pas le réintégrer et aurait dû faire droit à sa demande d'indemnité de licenciement, présentée le 18 mars 2021 et réitérée à l'occasion de son recours gracieux.

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du tableau des effectifs du 14 avril 2021, que l'unique emploi d'attaché territorial principal de la commune était alors pourvu. La commune soutient qu'il s'agit d'une erreur, M. A étant comptabilisé deux fois dans ce tableau, une fois en qualité de titulaire de l'emploi fonctionnel de directeur général des services et une fois en qualité d'attaché principal, ce qui ressort de la liste des agents par service et par grade établie au 1er janvier 2021 faisant effectivement apparaître deux fois l'intéressé au grade d'attaché principal. Toutefois, le tableau des effectifs arrêté au 31 décembre 2007, alors que M. A figurait déjà dans les cadres de la commune, mentionne quant à lui que l'emploi de directeur général des services est pourvu alors que celui d'attaché principal est vacant. Eu égard à cette contradiction, non levée par la production d'une capture d'écran d'une déclaration, le 15 avril 2021, de la vacance du poste de chef de projet d'administration générale, la commune ne démontre pas la double comptabilisation qu'elle invoque et par suite qu'il existait bien un emploi d'attaché territorial principal vacant entre la date à laquelle le conseil municipal a été informé de la fin du détachement de M. A et la date à laquelle la fin du détachement a pris effet. Dans ces circonstances, et alors même que par une délibération du 29 juillet 2021, au demeurant ambiguë, le conseil municipal de Champagne-sur-Seine a créé un " poste " ou un " emploi " relevant du cadre d'emploi des attachés territoriaux, M. A est fondé à soutenir qu'à la date des arrêtés attaqués, il n'existait pas d'emploi vacant correspondant à son grade si bien qu'il était en droit, dans les conditions prévues par l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984, de demander à la commune de bénéficier d'une indemnité de licenciement.

9. Il résulte de ce qui précède que l'article 2 de l'arrêté n° 144-2021 du 15 avril 2021 doit être annulé. Par voie de conséquence, l'arrêté n° 145-2021 du 15 avril 2021, la décision implicite du 7 juillet 2021 et l'arrêté modificatif n° 243-2021 du 30 juillet 2021 du maire de Champagne-sur-Seine, doivent également être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () ".

11. Compte tenu des motifs d'annulation de l'article 2 de l'arrêté n° 144-2021 du 15 avril 2021, de l'arrêté n° 145-2021 du même jour, de la décision implicite du 7 juillet 2021 et de l'arrêté n° 243-2021 du 30 juillet 2021, l'exécution du présent jugement implique que la commune de Champagne-sur-Seine verse à M. A l'indemnité de licenciement prévue par l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984, dans les conditions prévues par l'article 98 de cette loi, et ce dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Champagne-sur-Seine une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. Les dispositions de cet article font, par ailleurs, obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la commune de Champagne-sur-Seine soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : L'article 2 de l'arrêté n° 144-2021 du 15 avril 2021, l'arrêté n° 145-2021 du 15 avril 2021, l'arrêté n° 243-2021 du 30 juillet 2021 et la décision implicite née le 7 juillet 2021, édictés par le maire de Champagne-sur-Seine, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Champagne-sur-Seine de verser à M. A l'indemnité de licenciement prévue par l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 dans les conditions prévues par l'article 98 de cette loi, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Champagne-sur-Seine versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Champagne-sur-Seine au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Champagne-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Issard, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La rapporteure,

A. BOURREL JALON

La présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

L. LE GRALL

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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