vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2108142 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | MORANDI PAUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 septembre et 22 novembre 2021, les 2 et 15 février, 29 mars et 12 juin 2022, la SCI des Tilleuls demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la délibération du 12 juillet 2021 par laquelle le conseil municipal de Mortcerf a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler les dispositions litigieuses du règlement d'urbanisme lui portant préjudice ;
3°) de condamner la commune de Mortcerf à lui verser une somme de 86 000 euros en réparation du préjudice que lui a causé la décision attaquée ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Mortcerf une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- le mémoire en défense est irrecevable dès lors que le maire n'est pas habilité à ester en justice au nom de la commune ;
- la délibération attaquée est entachée d'illégalité dès lors que le projet d'aménagement et de développement durables, le rapport de présentation et le règlement du plan local d'urbanisme méconnaissent l'objectif fixé par la délibération du 23 juin 2016 prescrivant la révision du plan local d'urbanisme en matière de déplacement et de stationnement ;
- l'affichage de l'avis d'enquête publique méconnaît les dispositions de l'article R. 123-11 du code de l'environnement ;
- la commune de Mortcerf ne pouvait pas retirer la délibération du 19 janvier 2021 et adopter la délibération du 12 juillet 2021 approuvant le plan local d'urbanisme sans procéder à une nouvelle enquête publique ;
- les dispositions de l'article R. 123-13 du code de l'environnement ont été méconnues dès lors que la commune de Mortcerf n'a pas mis en place de registre dématérialisé pour le recueil des observations et des propositions du public ;
- le rapport du commissaire enquêteur aurait dû relever la non réalisation de l'objectif fixé par la délibération du 23 juin 2016 prescrivant la révision du plan local d'urbanisme ;
- le commissaire enquêteur ne pouvait pas, en se fondant uniquement sur le certificat d'affichage du maire du 28 octobre 2019, considérer que les mesures de publicité de l'avis d'enquête publique avaient respecté la réglementation en vigueur ;
- le commissaire enquêteur aurait dû relever le caractère illégal de la suppression du projet de la zone 2AU, l'enquête publique ne s'étant pas encore tenue en application des dispositions des articles L. 123-9 et L. 123-10 du code de l'urbanisme ;
- le commissaire enquêteur aurait dû analyser de façon détaillée toutes les observations du public et se prononcer sur leur bien-fondé ;
- la délibération du 12 juillet 2021 n° 28/ 2021 qui retire la délibération du 19 janvier 2021 ne pouvait pas être immédiatement exécutoire et ainsi servir de base légale à la délibération attaquée ;
- le conseil municipal dans sa séance du 19 janvier 2021 a été irrégulièrement réuni dès lors, notamment, que, dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, le couvre-feu était imposé à partir de 18 heures et que la séance a eu lieu à partir de 18h30 alors que formellement il n'a pas été recouru au huis-clos ;
- le conseil municipal du 19 janvier 2021 a été irrégulièrement composé au regard des dispositions des articles L. 2121-1 et L. 2121-15 du code général des collectivités territoriales, en particulier en ce qui concerne l'intervention de Mme Chanussot, secrétaire générale de mairie ;
- la délibération attaquée du 12 juillet 2021 est entachée de détournement de pouvoir et méconnaît les dispositions de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales ;
- le classement de sa parcelle en " commerce protégé " est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et les dispositions du paragraphe 2-4 de l'article UA du règlement du plan local de la commune de Mortcerf sont entachées d'erreur de droit ;
- le classement de sa parcelle en " commerce protégé " méconnaît les dispositions de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique, le droit de propriété et le principe d'égalité ;
- les dispositions de l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Mortcerf fixent des règles inapplicables et disproportionnées au regard des caractéristiques de la zone UA, contraires au projet d'aménagement et de développement durables et aux objectifs recherchés, et qui s'analysent comme une interdiction de changement de destination de portée générale ;
- sa demande d'indemnisation est justifiée aux motifs qu'elle subit une double interdiction de changement de destination de son bien du fait du paragraphe 2-4 de l'article UA 2 et des dispositions de l'article UA 6, ce qui l'empêche de le vendre autrement que comme commerce et engendre pour elle un préjudice financier estimé à 86 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2021, la commune de Mortcerf, représentée par Me Morandi, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.
Par un mémoire distinct enregistré le 8 novembre 2021, la SCI des Tilleuls demande au tribunal, en application de l'article 23-1 de l'ordonnance n°58-1067 du 7 novembre 1958 et à l'appui de sa requête tendant à l'annulation de la délibération du 12 juillet 2021 par laquelle le conseil municipal de Mortcerf a approuvé la révision du plan local d'urbanisme, de transmettre au Conseil d'État la question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution du premier alinéa de l'article L. 151-16 du code de l'urbanisme, dans sa version issue de l'ordonnance n° 2015-1174 du 23 septembre 2015 relative à la partie législative du livre 1er du code de l'urbanisme.
Par un jugement avant-dire-droit n° 2108142 du 7 janvier 2022, le tribunal administratif de Melun a refusé de transmettre au Conseil d'État la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par la SCI des Tilleuls tirée de la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution du premier alinéa de l'article L. 151-16 du code de l'urbanisme, dans sa version issue de l'ordonnance n° 2015-1174 du 23 septembre 2015 relative à la partie législative du livre 1er du code de l'urbanisme.
Par une lettre du 1er avril 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 23 avril 2022.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 1er juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dutour, conseillère,
- les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique,
- et les observations de M. A, gérant de la SCI des Tilleuls.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 12 juillet 2021, le conseil municipal de Mortcerf a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune. La SCI des Tilleuls demande l'annulation de la délibération du 12 juillet 2021 par laquelle le conseil municipal de Mortcerf a approuvé la révision du plan local d'urbanisme et la condamnation de cette commune à lui verser une somme de 86 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi.
Sur l'habilitation du maire à ester en justice au nom de la commune de Mortcerf :
2. Aux termes de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales : " Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'État dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : () 8° De représenter la commune soit en demandant, soit en défendant () ". De plus, l'article L. 2122-22 du même code dispose que : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () " Il résulte des dispositions précitées que le maire d'une commune n'a qualité pour engager une action ou défendre en justice au nom de la collectivité qu'à condition de bénéficier, par délibération de l'organe délibérant, soit d'une délégation générale pour ester en justice ou représenter en justice la collectivité soit, aux mêmes fins, d'une habilitation pour une instance donnée.
3. Aucune délibération transmise au représentant de l'État par laquelle le conseil municipal de la commune de Mortcerf aurait autorisé, de manière générale, le maire à défendre la commune dans les actions intentées contre elle ne ressort des pièces du dossier. Par suite, la SCI des Tilleuls est fondée à soutenir que le mémoire en défense présenté le 13 décembre 2021 pour la commune de Mortcerf par son maire est irrecevable et doit être écarté des débats.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le respect des objectifs poursuivis par l'élaboration du plan local d'urbanisme :
4. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2017 : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. () ".
5. La SCI requérante soutient que la délibération attaquée est entachée d'illégalité dès lors que le projet d'aménagement et de développement durables, le rapport de présentation et le règlement du plan local d'urbanisme méconnaissent l'objectif fixé par la délibération du 23 juin 2016 prescrivant la révision du plan local d'urbanisme en matière de déplacement et de stationnement. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose de respecter les objectifs fixés par la décision qui prescrit la révision du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-11 du code de l'environnement : " I. Un avis portant les indications mentionnées à l'article R. 123-9 à la connaissance du public est publié en caractères apparents quinze jours au moins avant le début de l'enquête et rappelé dans les huit premiers jours de celle-ci dans deux journaux régionaux ou locaux diffusés dans le ou les départements concernés. () / III. - L'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête désigne le ou les lieux où cet avis doit être publié par voie d'affiches et, éventuellement, par tout autre procédé. () / Cet avis est publié quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et pendant toute la durée de celle-ci. / () III. - L'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête désigne le ou les lieux où cet avis doit être publié par voie d'affiches et, éventuellement, par tout autre procédé. () / Ces affiches doivent être visibles et lisibles de la ou, s'il y a lieu, des voies publiques, et être conformes à des caractéristiques et dimensions fixées par arrêté du ministre chargé de l'environnement ".
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le maire a certifié par une attestation du 28 octobre 2019 que l'arrêté prescrivant l'enquête publique a été affiché sur les panneaux habituels d'affichage de la commune du 10 septembre 2019 au 28 octobre 2019. Ces panneaux sont visibles et lisibles de la voie publique et conformes aux dispositions de l'article R. 123-11 précité. Au surplus, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance d'un arrêté du 27 novembre 2018 qui réglementerait l'affichage municipal. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que les modalités de la publicité de l'avis d'enquête publique n'auraient pas permis au public de présenter ses observations. D'autre part, si la société requérante soutient qu'aucune publicité relative aux modifications apportées suite au retrait de la délibération approuvant le plan local d'urbanisme et à l'adoption de la nouvelle délibération le 12 juillet 2021 n'a été réalisée, aucune disposition législative ou réglementaire n'exige un affichage spécifique. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté dans toutes ses branches.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 123-23 du code de l'environnement : " I.- Pendant la durée de l'enquête, le public peut consigner ses observations et propositions sur le registre d'enquête, établi sur feuillets non mobiles, coté et paraphé par le commissaire enquêteur ou un membre de la commission d'enquête, tenu à sa disposition dans chaque lieu d'enquête ou sur le registre dématérialisé si celui-ci est mis en place. () ".
9. Les dispositions précitées n'imposent pas à peine d'illégalité la tenue d'un registre dématérialisé. Le moyen doit, par suite, être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 153-43 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête publique, ce projet, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par délibération de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale ou du conseil municipal ".
11. Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.
12. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la SCI requérante ne peut utilement se prévaloir de ce que le rapport du commissaire enquêteur aurait dû relever la non réalisation de l'objectif fixé par la délibération de 2016 prescrivant la révision du plan local d'urbanisme en matière de stationnement et de déplacement. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 7 qu'elle n'est pas fondée à soutenir que le commissaire enquêteur ne pouvait, en se basant uniquement sur le certificat d'affichage du maire du 28 octobre 2019, considérer que les mesures de publicité ont respecté la réglementation en vigueur. De plus, aucune disposition du plan local d'urbanisme n'interdit de modifier le projet arrêté. Ainsi, la circonstance que le commissaire enquêteur aurait dû relever le caractère illégal de la suppression du projet de la zone 2AU dès lors que l'enquête publique ne s'était pas encore tenue est sans incidence sur la légalité de la délibération contestée. Enfin, il ressort du rapport du commissaire enquêteur qu'il a bien examiné chaque observation émise par le public, et notamment celle de M. A, gérant de la société requérante. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté dans toutes ses branches.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la délibération du 19 janvier 2021 :
13. La société requérante soutient que la séance du conseil municipal du 19 janvier 2021 était irrégulière dès lors que, dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, le couvre-feu était imposé à partir de 18 heures, que la séance a commencé à 18h30 alors que formellement il n'a pas été recouru au huis-clos et que le conseil municipal était irrégulièrement composé, en particulier en ce qui concerne l'intervention de Mme Chanussot, secrétaire générale de mairie. Toutefois, la SCI des Tilleuls ne peut utilement invoquer l'illégalité de la délibération du 19 janvier 2021 qui a été définitivement retirée par une délibération du 12 juillet 2021 antérieure à celle attaquée dans la présente instance. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne le moyen tiré l'absence de base légale de la délibération du 12 juillet 2021 :
14. Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'État dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. () ".
15. Après avoir procédé à un tel retrait, il peut légalement être procédé à l'approbation du nouveau plan local d'urbanisme destiné à remédier aux illégalités constatées, sans engager la procédure de modification après enquête publique prévue à l'article L. 123-13 du code de l'urbanisme, ni même procéder à une nouvelle enquête publique, dès lors que les rectifications visant à assurer sa légalité ne remettent pas en cause l'économie générale du projet de plan et procèdent de l'enquête publique à laquelle celui-ci a été soumis.
16. Il en résulte que la société requérante ne peut utilement soutenir que, dès lors que la délibération n° 28/2021 du 12 juillet 2021 n'a été transmise au contrôle de légalité que le 15 juillet 2021, elle n'est devenue exécutoire qu'à cette date et n'a pas pu servir de base légale à la délibération contestée du 12 juillet 2021 n° 29/2021 adoptée postérieurement le même jour. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le classement en " commerce protégé " de sa parcelle :
17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-16 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et délimiter les quartiers, îlots et voies dans lesquels est préservée ou développée la diversité commerciale, notamment à travers les commerces de détail et de proximité, et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer cet objectif. " Aux termes de l'article UA 2 du règlement du plan local d'urbanisme de Mortcerf : " Mixité fonctionnelle est sociale : () 2.4 - Quartiers dans lesquels doit être préservé ou développée la diversité commerciale. / Les commerces existants à la date d'approbation du présent P.L.U et identifiés sur les documents graphiques seront conservés dans leur destination ".
18. La société requérante soutient que le classement de la parcelle lui appartenant cadastrée section B 966 en " commerce protégé " est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et que les dispositions du paragraphe 2-4 de l'article UA du règlement du plan local de la commune de Mortcerf sont entachées d'erreur de droit. Elle fait valoir qu'il n'est pas loisible aux communes de désigner individuellement les commerces qu'elles souhaitent protéger, que la SARL Pharmacie de Mortcerf a été dissoute et sa licence d'exploitation déclarée caduque par l'agence régionale de santé, que les locaux sont vacants de toute activité commerciale depuis le 31 octobre 2019, qu'ainsi à la date d'approbation du plan local d'urbanisme cette parcelle ne pouvait pas être considérée comme un commerce et qu'enfin ce classement est contraire aux dispositions des axes 1 et 3 du projet d'aménagement et de développement durable et que d'autres commerces pourtant présents en zone UA ne figurent pas au document graphique et ne sont pas classés en commerces protégés.
19. D'une part, il résulte des dispositions précitées qu'un plan local d'urbanisme peut interdire les changements de destination des locaux commerciaux mais que de telles restrictions doivent être fondées sur des motifs d'urbanisme et non de concurrence, être strictement circonscrites géographiquement et ne pas être générales et absolues. Par suite, les dispositions du paragraphe 2-4 de l'article UA du règlement du plan local de la commune de Mortcerf ne sont pas entachées d'erreur de droit.
20. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme précise qu'il est nécessaire de développer et de préserver le commerce de proximité dans la commune, que l'axe 2.1 du projet d'aménagement et de développement durables prévoit la mise en valeur des atouts de la commune notamment ses commerces de proximité et que l'axe 3 prévoit dans le centre-bourg de favoriser la préservation des commerces par l'interdiction de la transformation de commerces en logements. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, si le bâtiment appartenant à la SCI des Tilleuls était une pharmacie, celle-ci a été dissoute et la licence d'exploitation déclarée caduque par l'agence régionale de santé et que le bâtiment est vacant de toute activité commerciale depuis le 31 octobre 2019 soit près de deux ans à la date de la délibération contestée. Par suite, le bâtiment appartenant à la SCI des Tilleuls ne pouvait être regardé comme un " commerce existant " au sens des dispositions de l'article UA 2 du plan local d'urbanisme de la commune de Mortcerf à la date de son approbation. Dans ces conditions, la commune ne pouvait classer sa parcelle en " commerce protégé ". Il résulte de ce qui précède que la SCI des Tilleuls est fondée à soutenir que le classement de sa parcelle en " commerce protégé " est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen doit être accueilli.
21. En second lieu, si la société requérante soutient que le classement de sa parcelle en " commerce protégé " méconnaît les dispositions de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique, le droit de propriété et le principe d'égalité, ces moyens sont dépourvus des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et par suite ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne les règles de stationnement :
22. Aux termes de l'article L. 151-33 du code de l'urbanisme : " Lorsque le règlement impose la réalisation d'aires de stationnement pour les véhicules motorisés, celles-ci peuvent être réalisées sur le terrain d'assiette ou dans son environnement immédiat. / Lorsque le bénéficiaire du permis ou de la décision de non-opposition à une déclaration préalable ne peut pas satisfaire aux obligations résultant du premier alinéa, il peut être tenu quitte de ces obligations en justifiant, pour les places qu'il ne peut réaliser lui-même, soit de l'obtention d'une concession à long terme dans un parc public de stationnement existant ou en cours de réalisation et situé à proximité de l'opération, soit de l'acquisition ou de la concession de places dans un parc privé de stationnement répondant aux mêmes conditions. () ". L'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme dispose que : " Stationnement : 1 - Principes / Le stationnement des véhicules de toute nature correspondant aux besoins des constructions et installations nouvelles, doit être assuré au-dehors de la voie publique. / Il devra être réalisé, à l'occasion de toute construction, division, aménagement ou installation nouvelle, des aires de stationnement sur le terrain propre à l'opération et selon les normes fixées au paragraphe 2 ci-après du présent article. / Cette obligation s'applique en cas de changement de destination, de division, ainsi qu'en cas de construction ou d'aménagement de logements multiples (plusieurs logements dans un même bâtiment, avec ou sans parties communes) ou d'individuels accolés. () Le constructeur peut toutefois soit, sauf pour les logements individuels : - être autorisé, à réaliser sur un autre terrain situé dans un rayon maximum de 300 m., les surfaces de stationnement qui lui font défaut, à condition que soit apportée la preuve de leur réalisation effective ; / - être tenu quitte de cette obligation en justifiant de l'obtention d'une concession à long terme dans un parc public de stationnement, ou dans le cadre d'un projet urbain partenarial, en application de l'article L. 151-33 du code de l'urbanisme. () ".
23. La SCI des Tilleuls soutient que l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme de Mortcerf fixe en matière de stationnement des règles inapplicables et disproportionnées aux caractéristiques de la zone UA, contraires au projet d'aménagement et de développement durables et aux objectifs recherchés et qui s'analysent comme une interdiction de changement de destination de portée générale. Elle soutient également que si l'article UA 6 du plan local d'urbanisme prévoit une dérogation, celle-ci n'est pas applicable en l'espèce. D'une part, il ressort du rapport de présentation du plan local d'urbanisme que celui-ci prévoit au sein de l'objectif " amélioration du cadre bâti et des espaces publics " l'accroissement du stationnement, notamment en centre-ville. D'autre part, il résulte de ce qui précède que le règlement du plan local d'urbanisme est en droit de fixer les règles de stationnement applicables. Enfin, la circonstance qu'il n'y aurait pas à l'heure actuelle d'aires de stationnement que la SCI des Tilleuls pourrait louer ou acquérir pour satisfaire à cette obligation est sans incidence sur la légalité de l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme.
En ce qui concerne le moyen tiré du détournement de pouvoir et la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales :
24. Aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires ".
25. Il résulte de ce qui précède que s'agissant d'une délibération déterminant des prévisions et règles d'urbanisme applicables dans l'ensemble d'une commune, la circonstance qu'un conseiller municipal intéressé au classement d'une parcelle ait participé aux travaux préparatoires et aux débats précédant son adoption ou à son vote n'est de nature à entraîner son illégalité que s'il ressort des pièces du dossier que, du fait de l'influence que ce conseiller a exercée, la délibération prend en compte son intérêt personnel.
26. Il est constant qu'une ancienne conseillère municipale et son époux sont propriétaires de parcelles ayant été classées en zone constructible par le document d'urbanisme en litige. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette dernière aurait exercé une influence sur le vote du conseil municipal lors de l'approbation de ce plan local d'urbanisme. Ainsi, cette circonstance n'a pas, en l'espèce, été de nature à vicier la procédure d'élaboration de ce document d'urbanisme, ni n'a entaché la délibération contestée d'un détournement de pouvoir.
27. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI des Tilleuls est seulement fondée à demander l'annulation de la délibération attaquée approuvant le plan local d'urbanisme de la commune de Mortcerf en tant qu'elle a classé sa parcelle en " commerce protégé " au sens des dispositions de l'article UA 2 du plan local d'urbanisme, dans les termes rappelés au point 20 du présent jugement.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
28. Il résulte de ce qui précède que la SCI des Tilleuls est seulement fondée à demander l'annulation de la délibération attaquée en tant qu'elle a classé sa parcelle en " commerce protégé " au sens des dispositions de l'article UA 2 du plan local d'urbanisme, dans les termes rappelés au point 20 de ce jugement. La société requérante soutient que ce classement erroné lui a interdit de changer la destination de son bien et qu'ainsi elle n'a pas pu le mettre en vente plus cher. Elle demande ainsi réparation d'un préjudice financier qu'elle estime à un montant de 86 000 euros correspondant à la différence de valeur de son bien vendu en tant que commerce et en tant que maison d'habitation. Toutefois, il résulte de l'instruction que ce préjudice financier ne présente pas un caractère certain eu égard à l'ensemble des considérations devant être prises en compte lors de la vente d'un bien immobilier, dont la vente n'est d'ailleurs pas intervenue. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation de la SCI des Tilleuls fondées sur la faute dont résulterait un tel classement ne peuvent qu'être écartées.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
29. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 105-1 du code de l'urbanisme : " N'ouvrent droit à aucune indemnité les servitudes instituées par application du présent code en matière de voirie, d'hygiène et d'esthétique ou pour d'autres objets et concernant, notamment, l'utilisation du sol, la hauteur des constructions, la proportion des surfaces bâties et non bâties dans chaque propriété, l'interdiction de construire dans certaines zones et en bordure de certaines voies, la répartition des immeubles entre diverses zones. / Toutefois, une indemnité est due s'il résulte de ces servitudes une atteinte à des droits acquis ou une modification à l'état antérieur des lieux déterminant un dommage direct, matériel et certain. Cette indemnité, à défaut d'accord amiable, est fixée par le tribunal administratif, qui tient compte de la plus-value donnée aux immeubles par la réalisation du plan local d'urbanisme approuvé ou du document en tenant lieu ".
30. Ces dispositions instituent un régime spécial d'indemnisation exclusif de l'application du régime de droit commun de la responsabilité sans faute de l'administration pour rupture de l'égalité devant les charges publiques. Elles ne font toutefois pas obstacle à ce que le propriétaire dont le bien est frappé d'une servitude prétende à une indemnisation dans le cas exceptionnel où il résulte de l'ensemble des conditions et circonstances dans lesquelles la servitude a été instituée et mise en œuvre, ainsi que de son contenu, que ce propriétaire supporte une charge spéciale et exorbitante, hors de proportion avec l'objectif d'intérêt général poursuivi.
31. Il ne résulte pas de l'instruction que la SCI des Tilleuls supporterait une charge spéciale et exorbitante hors de proportion avec l'objectif d'intérêt général poursuivi par la commune.
32. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la société requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
33. D'une part, en l'absence de dépens exposés dans le cadre de la présente instance, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la SCI des Tilleuls au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
34. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mortcerf la somme que demande la SCI des Tilleuls, qui n'est pas représentée par un avocat, au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 12 juillet 2021 par laquelle le conseil municipal de Mortcerf a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune est annulée en tant que le plan local d'urbanisme classe la parcelle de la SCI des Tilleuls en " commerce protégé " au sens des dispositions de l'article UA 2 du plan local d'urbanisme.
Article 2 : La requête est rejetée pour le surplus des conclusions.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière des Tilleuls et à la commune de Mortcerf.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Blanc, conseillère,
Mme Dutour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.
La rapporteure,
L. DUTOURLa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
H. KELI
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026