mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2108237 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CARLUIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 septembre 2021 et 1er août 2023, M. B A, représenté par Me Carluis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 4 août 2021 par laquelle ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé son exclusion temporaire de fonctions pour une durée de vingt-quatre mois, dont douze avec sursis ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à sa réintégration juridique et à la reconstitution de ses droits dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il doit être regardé comme soutenant que la décision attaquée :
- est entachée d'irrégularité en l'absence de notification du document original ;
- est entachée d'irrégularité en raison d'une notification huit mois après la comparution devant le conseil de discipline ;
-est entachée d'un vice de procédure, du fait de la présence irrégulière d'un membre du conseil de discipline, par manque d'impartialité ;
-est entachée d'un vice de procédure par méconnaissance des droits de la défense ;
-est entachée d'irrégularité en raison d'une seconde sollicitation devant un conseil de discipline ;
-est entachée d'un vice de forme par la mention de dates erronées ;
-est entachée d'irrégularité en raison d'un défaut d'affectation à la date de l'établissement de l'arrêté portant sanction disciplinaire ;
- est entachée d'erreur de fait en présence d'allégations écrites et imaginaires ;
-est entachée d'une inexacte qualification juridique des faits ;
- est entachée d'une disproportion dans la sanction.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2021, le préfet de police conclut à sa mise hors de cause, le ministre de l'intérieur et des outre-mer étant seul compétent pour défendre sur cette affaire.
Par des mémoires en défense, enregistré les 23 août 2023 et 17 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 9 février 2024 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 82-451 du 28 mai 1982 ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le décret n° 2011-1317 du 17 octobre 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rehman-Fawcett,
- les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a exercé ses fonctions de gardien de la paix au sein de la circonscription de sécurité publique de Saint-Maur-des-Fossés (CSP), à compter du 1er septembre 2018. Le 20 septembre 2019, une plainte a été déposée à l'encontre de l'intéressé pour des faits de harcèlement consistant en une multitude d'appels téléphoniques et messages malveillants, de menaces de mort réitérées et de faits de violences sans incapacité par une personne ayant été son concubin. Le même jour, il a été placé en garde à vue et sous contrôle judiciaire, avec interdiction de rentrer en contact avec son ex-concubine et de se rendre à son domicile. Le 9 décembre 2020, il a comparu devant le conseil de discipline de la préfecture de police de Paris. Le 21 juin 2021, il a été affecté à la compagnie de garde et de présentation judiciaire du département du Val-de-Marne. Par un arrêté du 4 août 2021, notifié le 18 août 2021, il a fait l'objet d'une exclusion temporaire de fonction de vingt-quatre mois dont douze mois avec sursis. Il demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les circonstances invoquées par le requérant que la décision notifiée ne constitue pas l'original, qu'elle contient des dates erronées quant à son placement en disponibilité d'office pour raison de santé et a été prononcé alors qu'il ne disposait pas d'une affectation, sont sans incidence sur la légalité d'une sanction disciplinaire portant exclusion temporaire de fonctions. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas du procès-verbal de la réunion du conseil de discipline du 9 décembre 2020, que le directeur territorial adjoint de la sécurité publique du Val-de-Marne, ancien chef de service de l'intéressé, aurait manifesté une animosité ou un parti pris à l'encontre de M. A. La circonstance que son ancien chef de service ait été son supérieur hiérarchique et aurait été à l'origine d'instructions de déplacement de l'intéressé au cours de sa carrière ne saurait révéler par elle-même un défaut d'impartialité de sa part. Par suite, le moyen tiré du défaut d'impartialité du conseil de discipline doit être écarté.
4. En troisième lieu, le respect du principe général des droits de la défense implique que l'agent, après avoir été informé des griefs formulés à son encontre, soit mis à même de demander la communication de son dossier et dispose de la faculté de pouvoir présenter utilement ses observations avant que l'autorité disposant du pouvoir de sanction se prononce.
5. Il ressort des pièces du dossier, que M. A a déclaré d'une part, qu'il a, lors de la procédure disciplinaire, été régulièrement convoqué, mis en mesure de prendre connaissance de son dossier, d'autre part qu'il n'a pas transmis d'observations écrites ni demandé à être assisté par un défenseur. Dans ces conditions le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 19 loi du 13 juillet 1983 susvisée : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. (). Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de l'agent avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire. ". Les faits fautifs ne sont pas frappés par la prescription de trois ans dans le cas où une précédente procédure disciplinaire, à raison des mêmes faits, a eu pour effet d'interrompre la prescription.
7. A supposer que le requérant ait entendu soulever la prescription des faits fondant sa sanction disciplinaire, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a comparu devant le conseil de discipline le 9 décembre 2020 pour des faits fautifs commis au cours des années 2019 et 2020. La sanction ayant été prononcée le 4 août 2021, les faits n'étaient pas prescrits et pouvaient faire l'objet d'une sanction. Il y a lieu par suite d'écarter le moyen.
8. En cinquième lieu, si le requérant soutient qu'il a fait l'objet de deux convocations à des conseils de discipline, il ressort des pièces du dossier que la seconde convocation du 8 septembre 2020, adressée à la suite d'une première convocation du 9 juin 2020, se bornait à rectifier la précédente convocation en spécifiant que le conseil de discipline du 9 décembre 2020 porterait sur les quatre procédures administratives diligentées à son encontre. Par suite, cette seconde convocation est sans incidence sur la légalité de la décision du 4 août 2020.
9. En sixième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est illégale en raison de son absence d'affectation à sa date d'édiction, cette dernière circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de sa sanction disciplinaire. Par suite, il y a lieu, d'écarter ce moyen.
10. En septième lieu, le requérant soutient que les propos et les postures qui lui sont imputés à la suite de son déplacement le 8 novembre 2020, ainsi qu'au cours des journées des 14, 19 et 20 août 2020 ne sont établis par aucune pièce du dossier. Il ressort toutefois d'un compte-rendu du 8 novembre 2019 rédigé par le capitaine de police, chef de la circonscription de sécurité de proximité de Saint-Maur, que le requérant a déclaré qu'il rédigerait " son joli rapport bientôt " à son supérieur hiérarchique. De même, il ressort de comptes rendus des 14, 19 et 20 août 2020, rédigés dans le cadre d'une enquête administrative, que le requérant a refusé de porter le masque sanitaire se prévalant de sa santé et de sa liberté individuelle, qu'il a déclaré que son chef de service " n'avait pas eu le courage de franchir les trois pas " qui les séparaient afin d'entendre ses explications et que ses supérieurs hiérarchiques pouvaient l'aider pour le lavage du parc automobile, s'ils trouvaient une éponge. Par suite, pour regrettables et déplacés qu'aient été certains ordres, il y a lieu d'écarter, le moyen tiré de l'erreur de fait.
11. En huitième lieu, d'une part, aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité () ". Aux termes de l'article 29 de cette loi : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. " Aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. () / Troisième groupe : () l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois à deux ans ". D'autre part, l'article R. 434-2 du code de la sécurité intérieure prévoit que : " Au service des institutions républicaines et de la population, policiers et gendarmes exercent leurs fonctions avec loyauté, sens de l'honneur et dévouement () ", Selon son article R. 434-4 : " () II. Le policier ou le gendarme porte sans délai à la connaissance de l'autorité hiérarchique tout fait survenu à l'occasion ou en dehors du service, ayant entraîné ou susceptible d'entraîner sa convocation par une autorité de police, juridictionnelle, ou de contrôle ". Selon l'article R.434-5 du même code : " I. Le policier ou le gendarme exécute loyalement et fidèlement les instructions et obéit de même aux ordres qu'il reçoit de l'autorité investie du pouvoir hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. () ". Aux termes de son article R. 434-9 : " Le policier ou le gendarme exerce ses fonctions avec probité. () " Selon son article R. 434-27 : " Tout manquement du policier ou du gendarme aux règles et principes définis par le présent code de déontologie l'expose à une sanction disciplinaire () ".
12. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur les questions de savoir si les faits reprochés à un agent public constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes
13. Si M. A soutient que certains des faits qui lui sont reprochés, intervenus dans un cadre privé, ne sont pas constitutifs d'une faute, il ressort toutefois des pièces du dossier que les faits reprochés de violence, de menaces, qui ont donné lieu à sa garde à vue, elle-même suivie d'un placement sous contrôle judiciaire, bien qu'ayant eu lieu en dehors de l'exercice de ses fonctions sont susceptibles de porter atteinte à l'image et la réputation de son service, dès lors sont de nature à justifier le prononcé d'une sanction disciplinaire. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et ainsi qu'il a été exposé au point 10 du présent jugement, que le requérant a commis des actes de violence à l'encontre de son ex-compagne, également gardien de la paix. Du fait de ces violences et des menaces qu'il a proférées à l'encontre de son ex-compagne, il a été, ainsi qu'il a été dit, placé en garde à vue, puis sous contrôle judiciaire, dans le cadre de l'instruction pénale, qu'il n'a pas porté à la connaissance à son autorité hiérarchique, alors même qu'il en avait l'obligation. De plus, il ressort des pièces du dossier, qu'il a, à maintes reprises, refusé de se soumettre à des ordres directs de sa hiérarchie, faisant preuve d'insolence et d'insubordination. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l'intérieur aurait prononcé à son encontre une sanction disproportionnée en l'excluant de ses fonctions pour une durée de vingt-quatre mois, dont douze mois avec sursis.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dewailly, président,
Mme Iffli, conseillère,
M. Rehman-Fawcett, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
C. Rehman-Fawcett
Le président,
S. Dewailly La greffière,
L. Sueur
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ;
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026