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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108256

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108256

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2021, complétée le 5 octobre 2022, M. D B F E, représentée par Me Fournier, demande au tribunal, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) d'annuler la décision en date du 8 septembre 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an,

2°) d'ordonner la communication de l'ensemble des documents sur lesquels le préfet a fondé sa décision,

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement de sa mention dans le système d'information Schengen,

4°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet des Hauts-de-Seine) une somme de 1.200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision fixant le pays de destination n'est pas motivée, et que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 7 octobre 2022, en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, présenté son rapport, et en l'absence du requérant et du préfet des Hauts-de-Seine, ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B F E, ressortissant colombien né le 12 mai 1988 à Pereira (Département de Risaralda), entré en France le 18 novembre 2018 selon ses dires, a été interpellé à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) le 8 septembre 2021. Ne pouvant justifier de la régularité de son séjour en France, il a fait l'objet, le même jour d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour pour une durée d'un an. Il a indiqué résider à Sucy-en-Brie (Val-de-Marne), 35 bis rue du Grand Val.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Aux termes de l'article 61 du décret du 20 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux f

4. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ()". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ()". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;; ()". Aux termes enfin de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

5. En premier lieu, par un arrêté du 6 mai 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à Madame A C, attachée, adjointe au chef de bureau des examens spécialisés et de l'éloignement à la direction des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté, pour l'ensemble des décisions qu'il contient.

6. En deuxième lieu, la décision querellée du 8 septembre 2021 du préfet des Hauts-de-Seine mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé n'avait pas été en mesure de justifier de la régularité de son séjour, qu'il n'avait présenté aucun document de voyage et qu'il était célibataire et sans charge de famille en France. Le préfet des Hauts-de-Seine n'était pas tenu en tout état de cause de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels il a fondé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige, dans toutes ses dispositions, et d'examen sérieux et personnalisé de la situation de M. F E doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Si l'intéressé soutient que la décision en cause méconnaitrait ces stipulations parce qu'il occuperait un emploi stable et serait en mesure de subvenir à ses besoins, ces circonstances, à les supposer établies, ne l'empêchent pas de poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, dès lors qu'y réside sa famille. Ce moyen qui ne pourra donc qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, et ainsi qu'il l'a été dit plus haut, le requérant n'établissant pas avoir sollicité un titre de séjour et étant resté en France au-delà de trois mois après son entrée sur le territoire, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait, sans erreur de droit, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.() ".

11. En l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine a pu, sans erreur d'appréciation, se fonder sur la situation de l'intéressé au regard de son droit au séjour pour prononcer une interdiction de retour pour une durée d'un an.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. F E ne pourra qu'être rejetée sans qu'il soit besoin de demander au préfet des Hauts-de-Seine ne communiquer l'entier dossier du requérant en application des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

D E C I D E :

Article 1er. M. F E est admis à l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : La requête de M. F E est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. D B, au préfet des Hauts-de-Seine et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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